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Centaurée à Ménez Dregan

Publié le par DL

Fleurs de centaurée épanouies sur la lande de Ménez Dregan en Plouhinec (Finistère). Octobre 2019.

Compte tenu du grand nombre d'espèces de cette famille (dont le bleuet), il est assez difficile de déterminer à laquelle ce spécimen appartient. Toutefois, compte tenu de l'aspect de son feuillage, il pourrait s'agir d'une centaurée noire (Centaurea nigra ou Centaurea nigrescens).

Liens:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Centaurea

https://www.ukwildflowers.com/Web_pages/centaurea_nigrescens_tyrol_knapweed.htm

http://flore-chaumont-vexin-thelle.fr/fr/c/77-centauree-noire-centaurea-nigra-214.html

http://science.halleyhosting.com/nature/plants/sun/button/centaurea/nigrescens.html

http://ww2.bgbm.org/EuroPlusMed/PTaxonDetail.asp?NameCache=Centaurea&PTRefFk=7000000

Publié dans Flore littorale

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Procris de l'oseille à Plogoff

Publié le par DL

Un joli papillon bleu surpris en train de butiner dans la lande au-dessus de Porzan en Plogoff (Finistère). Mai 2019

C'est un Procris de l'oseille (Adscita statices), aussi appelé Turquoise ou Turquoise de la sarcille. Son nom commun, Procris de l'oseille, vient de ce que sa chenille se nourrit préférentiellement de plantes du genre Rumex (oseille), et en particulier de l'oseille commune.

Lien:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Adscita_statices

Publié dans Faune littorale

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Aplysie échouée sur la plage de Kermor

Publié le par DL

Un gros spécimen d'aplysie échoué encore vivant sur le sable de la plage de Kermor en Combrit (Finistère). Octobre 2019.

Aussi appelée lièvre de mer ou pisse-vinaigre (en raison du jet d'encre qu'elle peut secréter pour se défendre), ce spécimen est sans doute une aplysie fasciée (aplysia fasciata), compte tenu de sa couleur presque noire.

Sur ces clichés, on distingue les rhinophores, organes sensoriels en forme de courtes cornes évoquant des oreilles, qui ont valu à cette espèce le surnom de lièvre de mer. 

Liens:

https://doris.ffessm.fr/Especes/Aplysia-fasciata-Aplysie-fasciee-785

https://fr.wikipedia.org/wiki/Aplysia

Publié dans Laisses de mer

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Sable éolien

Publié le par DL

Si une plage de sable doit sa formation aux apports de la mer, une dune littorale doit la sienne essentiellement au vent. C'est également le vent qui est la cause principale du déplacement des dunes de sable.

Par fort coup de vent, le long des dunes de Tréguennec et du cordon de galets de Tréogat (Finistère), on peut voir du sable se déplacer sur la plage et sur la dune.

Bien entendu, ce sont les grains les plus fins et les plus légers que le vent parvient à arracher à la plage et qui "volent" au ras du sol.  Ce sont aussi les grains les plus fins et les plus légers qui tourbillonnent sur le flanc et au sommet des dunes et qui vont se déposer plus loin, faisant insensiblement se déplacer celles-ci.

Publié dans Géologie

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La batterie de Créménec en Plouhinec

Publié le par DL

Sur la côte Sud de Plouhinec (Finistère), au niveau de Roz Lezarouan, une pointe rocheuse s'avance, une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de la mer.

Si on en croit l'Etude normative des toponymes de la commune de Plouhinec (Office de la langue bretonne / 2009), cet endroit s'appelle maintenant Kermeur Lanneg. La plus ancienne graphie connue de ce toponyme, remontant à 1426, serait Quémeur, qui viendrait du mot vieux-breton Cai, retranchement, et de l'adjectif meur, signifiant grand, important.

Marguerite Le Bars, dans sa Recherche du passé [de Plouhinec] à travers le cadastre et les réformations (Revue Gwechall / 1980), parle d'un manoir de Quémeur, et de Guermeur (1445). Henri Pérennès signale, lui aussi, un manoir à "Guermeur, à Jehan Kerangar", lors de la Réformation du domaine ducal de 1455 (Plouhinec et Poulgoazec, Monographie de deux paroisses / 1942).

Il n'est pas surprenant qu'en raison de sa position particulière, assez facilement défendable, on ait fait de cet endroit un retranchement et qu'on y ait construit un manoir. Entre la plage de Kersiny et la grève de Saint-Julien, c'est, avec la pointe de Karreg Léon, un des points les plus élevés de la côte (une vingtaine de mètres). 

Après une évolution de ce nom de lieu sous différentes graphies, on est donc arrivé aujourd'hui à cette forme de Kermeur Lanneg. Toutefois, on peut noter que selon l'Etude normative pré-citée, il avait été écrit Cremenac en 1693.

               C'est sans doute de cette carte de 1693 que l'Etude normative des toponymes de Plouhinec tire cette référence à la graphie Créménac. 6ème carte particulière des costes de Bretagne ... par Charles Pene. 1693. Source: gallica.bnf.fr

C'est sous une forme approchante, Créménec et ses variantes (Créménec'h, Créménet, Tremenec, et même Treguennec en Plouhinec !) , que ce lieu a laissé le plus de traces dans la littérature.

En effet, c'est à cet endroit qu'avait été établie la "batterie de Créménec".

Sur cet extrait de la carte ci-dessus, on voit qu'un édifice a été figuré au niveau de la pointe de "Cremenac". S'agit-il déjà d'un dispositif de défense de la côte ?

Les prémices d'une organisation visant à protéger les côtes du duché de Bretagne et du royaume de France remontent au Moyen Age. C'est d'abord le guet de la mer, c'est-à-dire la surveillance des côtes par les habitants des paroisses littorales,  Il s'agit surtout de repérer les navires susceptibles de présenter un danger pour les habitants du littoral, les pêcheurs ou le cabotage commercial, et d'en avertir les autorités. De simples corps de garde sont établis à des distances permettant de communiquer entre guetteurs au moyen de signaux.

La capitainerie d'Audierne en 1734. Sur cette carte, on peut remarquer qu'il n'est encore figuré aucun corps de garde à Plouhinec, contrairement à Plogoff, Primelin, Esquibien, Audierne, Plozévet ou Plovan. Source: gallica.bnf.fr

Au guet de la mer se substituent, au 18° siècle, les milices garde-côtes regroupées en capitaineries. Si leur mission est encore de surveiller le littoral, les milices garde-côtes sont aussi en charge de sa défense.

Un règlement du 12 mars 1726 détermine l'étendue des 29 Capitaineries de garde-côtes de Bretagne. Plouhinec relève de la Capitainerie d'Audierne qui comprend alors 41 paroisses du Cap-Sizun, du Cap-Caval et d'une partie de ce qu'on appelle aujourd'hui le pays Glazic, jusqu'aux portes de Quimper (Penhars, Plomelin).

La XIV° capitainerie de garde-côtes d'Audierne. Réglement pour la division et l'estenduë des Capitaineries Garde-Costes de Bretagne du 12 mars 1726. Source: gallica.bnf.fr

On le voit, la surveillance et la défense des côtes est l'affaire de toutes les paroisses, y compris celles qui n'ont pas de littoral (comme Pouldergat, Meilars, Penhars, Landudec, etc.), alors qu'en principe, devraient en être dispensées celles qui se trouvent à plus de 2 lieues de la mer. Toutefois, si beaucoup de paroisses du littoral sont en charge de la surveillance des côtes, toutes ne sont pas dotées de moyens de défense. 

La date d'édition de cette carte intitulée [Côtes de Bretagne, position des batteries], est imprécise (16..-17..), mais elle est sans doute postérieure à 1734 puisque, contrairement à la carte précédente, une batterie est figurée à Créménec. Cela pourrait donc être le plus ancien document cartographique attestant la présence de cette batterie. Source: gallica.bnf.fr

C'est donc au cours du 18° siècle que la côte Sud de la Cornouaille, et Plouhinec en particulier, sont vraiment dotés de moyens de défense. La Guerre de Sept ans, qui oppose notamment la France à l'Angleterre (1756-1763) a sans doute incité a établir des points de défense et à renforcer ceux qui existent. Il s'agit d'empêcher des débarquements anglais et des incursions de corsaires sur la côte.

A Plouhinec, le lieu retenu, Créménec, n'est pas choisi par hasard. C'est à la fois sa proximité avec l'entrée du port d'Audierne et sa position élevée qui en font un site intéressant. En effet, de l'avis de certains stratèges, il est recommandé que les batteries de canons se trouvent à une altitude comprise entre 7 et 9 toises (14 et 18 mètres) pour que leurs tirs atteignent un vaisseau distant de 100 toises (200 mètres), tout en restant à l'abri des tirs de celui-ci, les navires de l'époque ne dépassant généralement pas 2 à 3 toises d'élévation au niveau de leurs batteries de canons.

Sur cette carte des côtes de Bretagne (date d'édition 1750-1800), on voit que la batterie de la "Pte deTremenec" peut croiser ses feux avec ceux de la "Pte d'Audierne". Toujours à Plouhinec, un corps de garde (C.G.) est établi à la "Pte du Corbeau".

C'est encore vers le milieu du 18° siècle (1756-1759), que l'étendue de la capitainerie dont relève Plouhinec est réduite à 30 paroisses et que son siège est transféré à Pont-Croix.  

Une ordonnance royale de 1759 fixe, pour chaque paroisse, et proportionnellement à sa population, le nombre d'hommes qu'elle doit fournir pour le service de garde-côtes et le montant de son imposition destinée à subvenir aux dépenses (appointements de la hiérarchie, solde des officiers et soldats lors des revues générales, entretien de l'armement et de l'équipement, etc.) 

A cette époque, c'est la compagnie de Peumerit (paroisse située entre Pouldreuzic et Plonéour), qui est affectée à la batterie de Créménec, ce qui illustre bien l'implication des paroisses éloignées du littoral dans la défense des côtes.

Ordonnance du roi portant imposition pour la défense annuelle de la Garde-côte de Bretagne du 27 août 1759. Etat des hommes à fournir et des sommes à payer pour les paroisses du Cap Sizun. Source: gallica.bnf.fr

La guerre d'indépendance américaine (1774-1783) à laquelle la France apporte son soutien contre l'Angleterre, amène encore à se préoccuper de la sécurité du littoral. Le risque est bien réel: au début de ce conflit, un petit corsaire de Guernesey capture quatre bâtiments français à l'entrée de la rivière d'Audierne. En 1778-1779, on fait donc le point de la situation de la capitainerie de Pont-Croix, chargée de la défense du port d'Audierne et de la protection du cabotage. Elle compte alors 4 batteries côtières et 9 bouches à feu: Audierne (3 canons de 18), Créménec (2 canons de 22), Guilvinec (2 canons de 8) et Loctudy (2 canons de 12).

Aux batteries côtières sont affectées des compagnies dites "détachées", constituées de personnels formés et appointés, choisis parmi les meilleurs éléments des paroisses littorales. Les autres habitants de ces paroisses sont  seulement chargés que de la surveillance de la côte.

Entre deux périodes de conflit, les batteries sont désarmées et les canons transportés à l'arsenal de Brest.

C'est au début de 1793, après l'exécution de Louis XVI et la formation d'une coalition hostile à la France, conduite par la Grande-Bretagne, que l'on se préoccupe à nouveau de la défense des côtes. Pour cette période, l'essentiel de ce qui suit est tiré du site " Le district de Pont-Croix 1790-1795 " (https://district.plozerche.fr/) qui transcrit les délibérations du directoire du district entre 1790 et 1795. Il n'est repris ici que ce qui concerne la batterie de Créménec.

La date d'édition de cette autre carte intitulée [Carte des côtes de Bretagne avec position et numérotation des batteries] est tout aussi imprécise (1700-1800) que celle dont elle est inspirée et datée de 16..-17.., mais elle est certainement postérieure à celle-ci parce qu'elle fait état d'une batterie à Lervily. La batterie de Créménec y porte le n° 37. Source: gallica.bnf.fr

Le 14 février 1793, le directoire du district de Pont-Croix constate: "Les corps de garde sont vides, les batteries en mauvais état et en nombre évidemment insuffisant dans les guerres même ordinaires, puisqu'il [n'y] en a eu aucune dans lesquelles il n'ait été fait sur ce territoire quelques incursions", et demande "l'armement de toutes les batteries de la côte".

Trois officiers d'artillerie viennent alors inspecter les batteries qui défendent l'entrée du port d'Audierne. Concernant celle de Créménec, ils rendent le rapport suivant:

"Pointe de Créménec.

Sur la pointe de Créménec située à gauche de la rivière d'Audierne, est une batterie très élevée de deux pièces de 12 avec affûts de côte. Cette batterie défend le passage de l'Est du port. L'épaulement est en bon état, le corps de garde est très éloigné de la batterie [il se trouve à la pointe du Corbeau, NDR], il serait nécessaire que l'on en construisit un plus à proximité. Celui qui existe est en bon état et pourrait servir pour la sûreté du port. Il est pourvu de son lit de camp et des meubles. La poudrière très à proximité de la batterie est en bon état.

Nous pensons qu'il serait utile d'échanger une des pièces de 12 qui sont sur cette batterie pour une de 24 qui resteront sur la batterie d'Audierne, avec d'autant plus de raisons que la largeur du passage de l'Est est plus considérable que celle du passage de l'Ouest. Les pièces de canon doivent être visitées et peintes ainsi que leur affût. L'état approximatif de la dépense nécessaire à l'armement, approvisionnement, transport des munitions, ustensiles, peintures, changement de canon et affût, peut être porté à la somme de 800 francs.

Il a été convenu que pour la garde et le service de cette batterie il fallait y mettre un garde d'artillerie, un caporal et six hommes."

          Maquette d'un canon de marine de 12 livres sur affût de côte (système Gribeauval; échelle 1/4).           Collection du Musée de l'armée. Avec l'aimable autorisation de la Réunion des Musées Nationaux.

Ce modèle de canon équipait la batterie de Crémenec.  "Pour une question de coût, les bouches à feu du service de côte sont en grande partie issues de l’artillerie de marine. En effet, cette dernière utilise des canons en fonte de fer qui sont moins coûteux à fabriquer que des canons en bronze.  Pour être en mesure de suivre et de toucher la cible mobile que représente un navire, les pièces employées dans les batteries de côtes sont placées sur des affûts particuliers. Ceux-ci, de types marins, reposent sur des rouleaux, puis sur un châssis à roues capable de se mouvoir latéralement. La forte inclinaison de ce châssis permet, lors du tir, de réduire le recul du canon et de faciliter sa remise en place et son repointage. Puisqu’ils subissent le climat marin, ces affûts sont majoritairement en bois et les ferrures sont réduites au strict nécessaire pour éviter la détérioration du matériel " (Source: Musée de l'armée).

Ce sont des canons semblables à celui de la batterie de l'Aber-Ildut, à Lanildut, qui équipaient la batterie de Créménec: canon de marine de 12 livres sur affût de côte, modèle 1786. Reproduction de l'affût par la SEGPA du collège de Kerhallet à Brest. Canon fondu en 2007. Photo publiée avec l'aimable autorisation du site  patrimoine-iroise.fr/

  Le 11 mai 1793, le directoire du district, "considérant que le corps de garde de Créménec [en fait, celui de la pointe du Corbeau, près de l'entrée du port d'Audierne] est distant du fort [la batterie de Créménec] au moins de 600 toises et qu'à une aussi grande distance il est inutile ou extrêmement dangereux, considérant que la reconstruction de ce corps de garde ne serait pas très dispendieuse, après avoir oui le procureur sindic, est d'avis que le département ordonne la démolition du corps de garde actuel de Créménec et la reconstruction d'un nouveau auprès de la poudrière [de la batterie de Crémenec] avec ses matériaux, qu'en conséquence le département requiert la descente du citoyen Detaille pour en dresser un devis et qu'il en autorise l'adjudication au rabais.

Le 15 mai, le directoire du district de Pont-Croix constate que l'effectif destiné à la batterie (16 hommes) est complet, et confirme le citoyen Jean Violent (ou Viollant) de Plouhinec dans la place de gardien de la batterie de Plouhinec. Il nomme "les citoyens Jean Quemener pour premier caporal et Yves Pichavant pour second caporal", qui serviront sous les ordres du chef de poste. Il décide en outre que le procureur syndic fournira à cette batterie une chaudière pour 16 hommes, une casserole, un trépied, un plat de faïence commune pour la viande, un pot à eau, tous objets confisqués aux aristocrates émigrés. 

Le 4 juin 1793, le directoire accepte de fournir au citoyen Viollant, gardien de la batterie de Créménec, les deux fusils qu'il a réclamés, et le 13 juin, quatre couvertures, cinq fusils, un "trois pieds" et 15 cartouches. Le 14 juin, il organise la fourniture de bois de chauffage et de chandelles aux garnisons des batteries.

La décision a été prise de transférer à côté de la batterie de Créménec le corps de garde qui se trouvait jusque là à la pointe du Corbeau. Les 11 et 12 juillet 1793, "le conseil, sur la demande faite par le citoyen Moullec chargé de la construction des corps de garde de Lervily et Créménec, d'une autorisation à prendre, soit dans les maisons des émigrés soit dans la chapelle ruinée de Lochrist, les ardoises, planches ou belettes [??] et bois de charpente nécessaires à leur construction, ouï le procureur sindic, arrête que les ardoises de Lescongar, le lambris et le bois de charpente de l'église de Lochrist, seront mis à la disposition du citoyen Moullec jusqu'à concurrence de ses besoins, parce qu'il sera fait toutefois, des objets qu'il prendra et avant l'enlèvement, un état et une estimation préalables".

Les matériaux nécessaires à la construction du nouveau corps de garde de Créménec sont pris à la chapelle de Lochrist et au manoir de Lescongar. Carte dite "de Cassini", publiée en 1784. Source: gallica.bnf.fr

Le 29 août, le citoyen Moullec a pris 6.000 ardoises au manoir de Lescongar ayant appartenu au noble immigré Laporte-Vezin, et le conseil de district "arrête que le citoyen Moullec versera à la caisse du séquestre à Pont-Croix la somme de 132 livres pour 6 milliers d'ardoises à raison de 22 livres pour chaque millier".

Le 29 juillet 1793, le conseil du district de Pont-Croix est informé par le "citoyen Guillier commissaire du département, sur la négligence des citoyens à se rendre tous les dimanches sur les batteries de Créménec à l'exercice du canon".

Le 3 août, "le conseil, sur la réquisition du citoyen Monter commandant du canton de Pont-Croix, et ouï le procureur sindic, arrête qu'il sera livré, des magasins de la République, 6 piques au citoyen Monter pour la garde de la batterie de Créménec"

Au printemps 1794, le chef de brigade commandant à Quimper Brutus David, inspectant la côte, note:

"Batterie de Cremenet.

La batterie de Cremenet a deux pièces de 12, en fer, montées sur affût de côte. Elle défend l'entrée de la rade d'Audierne du côté de l'Est. Elle a pour chef Viollan, 2 caporaux, 14 canonniers, 8 fusils, 8 piques et 376 livres de poudre et 95 boulets."

A propos des deux canons, il ajoute: "Ces deux pièces auroient besoin d'être changées pour de meilleures, vu que leur ancienneté et leur difformité les mettent dans le cas de ces vieux serviteurs qui ne sont bons que pour les invalides."

Malgré les préconisations des officiers d'artillerie venus inspecter la batterie en février 1793, on ne l'a pas équipée d'un canon de 24.

C'est en août 1794 que la batterie de Créménec est appelée à accomplir son devoir. Mais cela se passe dans des conditions qui interrogent. Le 23 août 1794, l'Espion, corvette de 18 canons et 145 hommes d'équipage,  basée à Brest et commandée par le lieutenant de vaisseau Jean-Jacques Magendie, est de retour d'une mission sur les côtes anglaises. Elle est attaquée dans la baie d'Audierne par deux frégates anglaises, la Flora, de 42 canons et l'Arethusa, de 44 canons. 

Mais l'Espion s'échoue sur le haut-fond de la Gamelle, face à l'entrée du port d'Audierne. L'équipage n'en engage pas moins le combat face aux deux frégates qui s'approchent pour l'achever. Le combat dure plus de trois heures. Les anglais tirent à boulets rouges et des incendies se déclarent à bord de la corvette française. Le grand mât, le mât d'artimon et celui de misaine sont abattus, des canons détruits, six hommes sont tués et trente sont blessés. Ce n'est que quand, la marée descendant, l'Espion, toujours bloqué sur la Gamelle, se couche, rendant impossible l'utilisation des canons, que le lieutenant Magendie fait évacuer l'équipage sur des chaloupes.

On imagine très bien qu'une canonnade de trois heures au large du Raoulic et de la pointe de Créménec a attiré l'attention des riverains. D'ailleurs, un témoin délivre une attestation dithyrambique au lieutenant de vaisseau Magendie, sans doute en prévision des comptes que celui-ci aura à rendre à la Commission de la Marine:

«Je soussigné Raymond-Charles Le Bris, agent national provisoire de la commune de Pont-Croix, district du dit nom, département du Finistère, atteste avoir été saisi d'admiration du courage vraiment républicain qu'a montré l'équipage de la corvette l'Espion pendant environ quatre heures de combat qu'il a essuyé de la part de deux frégattes anglaises paroisant porter quarante pièces de canons chacune.
J'atteste que le citoyen Magendie, capitaine et son Etat-Major n'ont quitté leur navire qu'à la dernière extrémité et au moment où il paroissoit couler bas.
Certifie que le pavillon national n'a été mis bas qu'au moment que le capitaine s'est embarqué dans une chaloupe où il l'a déployé, se rendant à terre malgré la grêle de boulets et de mitraille que ces lâches anglais faisoient pleuvoir autour d'eux.
Atteste enfin qu'au moment où les chaloupes arrivoient à terre, l'équipage chantoit l'hymne des Marseillois et autres et que rendus à terre, différents marins se sont aussitôt empressés de faire ronfler le canon de la batrie Cremenec.
Pont-Croix le 7 fructidor, an 2e de la République Française une et indivisible.
LE BRIS, Agent National.
»

On retiendra surtout que ce sont "différents marins" (sous-entendu "de la corvette l'Espion"), qui, une fois rendus à terre, ont fait "ronfler" le canon de la batterie de Créménec. Les canonniers affectés à la batterie n'avaient-ils donc pas songé à faire "ronfler" leur canon avant l'arrivée des rescapés de l'Espion ?

La corvette l'Espion. C. Slade 1803 (Source:  https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_(1793_ship))

Sur la peinture ci-dessus, le navire arbore les couleurs britanniques. C'est que, construit à Nantes en 1793 et baptisé Robert, il est capturé par les anglais et renommé HMS Espion. Repris par les français, il devient l'Espion. Après son combat en baie d'Audierne, le navire est renfloué, réparé et il reprend du service. Repris par les anglais en 1795, qui le rebaptisent HSM Spy, il sera vendu en 1801 et deviendra navire négrier, puis baleinier. Capturé par les français en 1805, il est envoyé en Guadeloupe. 

​​​​​​​La suite de l'histoire de la batterie de Créménec s'écrit principalement à travers la cartographie.

La batterie est figurée sur l'extrait de cette "Carte de la côte du département du Finistère". Non datée, elle est postérieure à la construction, en octobre 1793, des batteries de Lervily et de Pen an Enez en Esquibien (cette dernière défend l'anse du Cabestan) et qui sont, elles aussi, représentées.

Carte de la côte du département du Finistère. Sans date. Source: Gallica.bnf.fr

La batterie de Créménec apparaît ensuite sur la "carte de l'Etat major" (entre 1820 et 1866). Elle est sans doute désarmée et n'est plus signalée que comme "corps de garde".

Carte de l'Etat- major (1820-1866). Source: geoportail.gouv.fr

La batterie de Créménec et l'ancien corps de garde de la pointe du Corbeau figurent encore sur la carte de la baie d'Audierne incluse dans le recueil "Pilote français" publié en 1822.

Sur cette "Carte particulière des côtes de France (Baie d'Audierne) / Pilote français de 1822", la batterie et l'ancien corps de garde (ou leurs vestiges) sont représentés, mais sans mention de de leur nature. Source: gallica.bnf.fr

En outre, dans le même recueil "Pilote français", les deux bastions sont représentés "vus de la mer".

L'alignement du corps de garde de la pointe du Corbeau avec le moulin de Poulgoazec marque la limite Ouest du haut-fond de la Gamelle. Même source que ci-dessus.

La batterie de Créménec constitue un repère à gauche de l'alignement entre la Pierre du Chenal et le moulin du Compas qui marque la limite Est du haut-fond de la Gamelle. Même source que ci-dessus.

Sur le cadastre dit "napoléonien" de 1835, la batterie de Créménec est clairement figurée.

Cadastre de Plouhinec. 1835. Section 2 de Lezarouan. Archives départementales du Finistère.

Une des dernières mentions administratives relative à la batterie de Créménec apparaît lors du déclassement de places et ouvrages de défense, adopté en mai 1889. On notera que les batteries de "Penavenez", de Lervilly, d'Audierne et de "Créménec'h" sont regroupées sous le titre "Anse du Cabestan".

Bulletin des lois de la République française. Déclassement des places et ouvrages de défense. Mai 1889. Source: gallica.bnf.fr

La pointe de Créménec, en tant que point de repère, est encore citée dans le journal "L'Union agricole et maritime", à l'occasion d'un naufrage intervenu dans la nuit du 28 au 29 janvier 1891.

L'Union agricole et maritime du 1er février 1891. Source: Archives départementales du Finistère.

Dans "l'Almanach du marin breton" de 1908, les instructions de pilotage pour la baie d'Audierne précisent: «A droite, sur le haut de la terre de Poulgoazec, la Pyramide Blanche du Compas, puis, au bord de la côte, celle de la Pierre du Chenal située à droite de la batterie en ruines de Crémenec. ». Les vestiges de la batterie sont donc encore visibles.

Sur des photos aériennes de 1929 et 1961, on distingue, grâce à son ombre portée, ce qui doit être un reste de l'épaulement, face à la mer, de la batterie de Créménec.

Photographie aérienne Institut géographique national du 26/09/1929. Source: remonterletemps.ign.fr 

Photographie aérienne Institut géographique national du 28/08/1961. Source: remonterletemps.ign.fr 

Selon Jean-Jacques Doaré (Plouhinec autrefois, tome II, pages 396 et 398), des restes de l'épaulement en maçonnerie de la batterie de Créménec étaient encore visibles en 1998, et les matériaux du bâtiment proprement dit furent récupérés par des riverains.

Aujourd'hui, une maison est bâtie à la place de la batterie de Créménec.

Liens:
Les milices garde-côtes bretonnes (1483-1759)

Les milices garde-côtes en Bretagne (1756-1778)

Réglement du 12 mars 1726 pour la division et l'estendue des capitaineries garde-costes de Bretagne

Ordonnance du roi du 27 août 1759 portant imposition pour la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne

La batterie de Lanildut

La restauration de la batterie de l'Aber-Ildut

Le canon de la batterie de l'Aber

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