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Grippe aviaire

Publié le par DL

Il n'est pas rare de trouver des oiseaux marins morts sur les plages de Tréogat et de Tréguennec (Finistère). Exceptionnellement, il peut s'agir d'un fou de Bassan (Morus bassanus), mort d'épuisement ou piégé par un bout ou un hameçon (1).

Mais en ce mois d'août 2022, c'est pas moins de seize cadavres de fous de Bassan que la mer a déposés sur le sable sur une distance de 2 kilomètres entre Kerbinigou (Tréogat) et Kermabec (Tréguennec). (Voir la vidéo en fin de cet article).

Curieusement, alors qu'une colonie de goélands (Larus argentatus et Larus marinus) réside en permanence au centre de cette zone, aucun cadavre de ces espèces n'y a été trouvé.

En revanche, le corps d'un cygne (Cygnus olor) gît derrière le cordon de galets au bord d'une partie de l'étang de Trunvel. 

Il n'est pas douteux que cette hécatombe est due à l'épidémie de grippe aviaire qui sévit à cette époque en Bretagne et en particulier dans le Finistère. 

Il est probable que la promiscuité qui règne dans les immenses colonies de fous de Bassan au moment de la reproduction et de l'élevage des poussins (Les Sep Îles dans les Côtes d'Armor pour la Bretagne) favorise la contamination de la grippe aviaire. Les adultes, partis pêcher en mer, y meurent. 

Publié dans Laisses de mer

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Lavande de mer à l'Île Chevalier

Publié le par DL

A l'extrémité Sud de l'Île Chevalier en Pont l'abbé (Finistère), une plante aux fleurs bleues s'épanouit dans le sable entre les affleurements rocheux. Juin 2022.

C'est de la Lavande de mer (Limonium vulgare), aussi appelée Statice de mer, Immortelle bleue, Saladelle, Lilas de mer ...

Comme la salicorne, la lavande de mer aime les milieux salés. C'est une plante protégée qu'il est interdit de cueillir.

Liens:

http://platier.free.fr/limonium_vulgare.php

https://www.lestaxinomes.org/media11480

https://fr.wikipedia.org/wiki/Limonium_vulgare

https://identify.plantnet.org/fr/the-plant-list/species/Limonium%20vulgare%20Mill./data

Publié dans Flore littorale

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Le recul du trait de côte à l'Île-Tudy et Combrit

Publié le par DL

Sur la plage du Teven, à la limite de Combrit et de l'Île-Tudy (Finistère), comme tous les hivers, la mer a emporté au large d'importantes masses de sable. Cela a dégagé de grandes plaques sombres assez compactes. Février 2021.

Par endroits, à la surface  de ces plaques, on voit les traces laissées par des racines de plantes.

Ce phénomène illustre le recul du trait de côte à cet endroit, et en particulier le recul de la dune.

En effet, ces plaques sombres sont les vestiges de la lagune (aussi appelée marais arrière-dunaire) qui se trouvait à l'arrière de la dune et qui, après avoir été en grande partie asséchée, forme aujourd'hui un polder.

Jusqu'au milieu du 19° siècle, l'Île-Tudy était vraiment une île partiellement reliée à la terre par un cordon de dunes discontinu attaché, au Nord-Est, à la pointe de Combrit.

Sur cette carte marine de l'entrée de la rivière de Pont-l'Abbé (1771-1785), le cordon dunaire reliant l'Île-Tudy à la pointe de Combrit est nettement représenté. Source: gallica.bnf.fr

Autre carte marine tirée du Pilote français (1819-1822). Source: gallica.bnf.fr

A chaque marée haute, la mer envahissait l'arrière de la dune par la passe entre Loctudy et l'Île-Tudy et par l'anse de Pouldon, ainsi que par quelques trouées (ou graux) non permanentes dans le cordon dunaire (que l'on peut voir sur la carte précédente), et déposait des sédiments. A marée basse, le marais ainsi formé s'asséchait. La superficie noyée par la mer dépendait naturellement de l'importance du coefficient de chaque marée. Aujourd'hui, un phénomène similaire se produit dans ce qu'on appelle "la Mer Blanche" entre la pointe de Bénodet et celle de Mousterlin à Fouesnant.

Jusqu'au milieu u 19° siècle, le marais arrière-dunaire entre l'Île-Tudy et Combrit devait avoir un aspect similaire à la Mer Blanche entre Bénodet et la pointe de Mousterlin. Photo aérienne. Source: geoportail.gouv.fr

Détail de la photo précédente. C'est la partie de la Mer Blanche qui n'est submergée par la mer que lors des marées hautes de vives eaux. Le marais arrière-dunaire de l'Île-Tudy-Combrit devait avoir cet aspect. Même source que ci-dessus. 

Les sédiments déposés par la mer dans ce marais s'accumulaient progressivement, et dans des secteurs recouverts seulement aux grandes marées, quelques plantes supportant la salinité du sol s'implantaient (salicorne par exemple). 

Dans les années 1852-1853, deux aristocrates, Duplessis de Grénédan et De Crésolles, désireux de mettre en valeur ces espaces à l'arrière de la dune, entreprennent la construction de la digue de Kermor, entre la partie Sud-Ouest du cordon dunaire et la pointe du Haffond, séparant ainsi la lagune de l'anse de Pouldon. Dans le même temps, les trouées dans le cordon dunaire, au niveau du Treustel sont comblées. Ces travaux entraînent la poldérisation de l'ancien marais.

Photo aérienne des lieux. Source: geoportail.gouv.fr

Mais si cette zone à l'arrière de la dune se trouve ainsi figée, il n'en va pas de même pour la dune proprement dite. Elle recule, du moins dans cette partie au niveau de la plage du Téven. Avec des phases d'amaigrissement et d'engraissement successifs de la plage, la dune aurait reculé en moyenne de 40 centimètres par an entre 1852 et 1990 (Préfecture du Finistère. Plan de prévention des risques naturels prévisibles / Submersion marine. Février 1997). La dune a donc commencé par déborder sur l'ancien marais arrière-dunaire, et, en continuant de reculer vers le Nord, elle a fini par laisser reparaître, au Sud, d'anciens sédiments sablo-vaseux, le plus souvent cachés par le sable de la plage.

Avant la construction de la digue de Kermor, la mer envahissait la lagune à chaque marée, et y déposait des sédiments.

La construction de la digue de Kermor (1852-1853) a provoqué la poldérisation de l'ancien marais. La végétation a pu s'y installer. Les terres ainsi gagnées sur la mer ont été cultivées ou converties en pâtures. Le cordon dunaire a commencé à se déplacer vers l'intérieur du polder, et à recouvrir les anciens sédiments.

Le cordon dunaire a poursuivi sa progression à raison d'environ 40 cm par an entre 1852 et 1990.

Le cordon dunaire laisse maintenant réapparaître les anciens sédiments du marais à l'occasion de démaigrissements de la plage.

Il est très probable que le processus va se poursuivre. Des tentatives pour essayer de contrarier le recul du cordon dunaire de Combrit-Île-Tudy ont été entreprises, mais n'ont abouti, au mieux, qu'à le ralentir momentanément.

Des géotextiles et des filets censés retenir le sable de la plage de Kermor reparaissent occasionnellement lors de forts coups de mer. Ici en décembre 2019.

Lors des prochaines tempêtes d'hiver, il est probable que nous verrons encore apparaître les sédiments de l'ancienne palue de Combrit-Île-Tudy.

Liens:

https://www.conservatoire-du-littoral.fr/siteLittoral/49/28-le-polder-29_finistere.htm

Dynamiques et évolutions morpho-sédimentaires de l’avant-plage du secteur littoral de Combrit – Île-Tudy entre le XIXe et le XXIe siècle

Benoît Guillot. Histoire et érosion du cordon dunaire De Combrit à l’Ile Tudy

https://fr.wikipedia.org/wiki/Île-Tudy

 

Publié dans Géologie

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Phoque au repos à Porzambréval

Publié le par DL

Lors d'une promenade sur l'estran entre Prat Meur et Porzambréval en Plozévet (Finistère), nous remarquons un phoque au repos dans une crique, assez loin des falaises. Août 2022.

L'animal, immobile, se laisse porter par la mer, la tête le plus souvent tournée vers le rivage, se contentant de la dresser occasionnellement à la verticale.

A cette distance, et faute d'être équipé d'un pied d'appareil photo permettant de le stabiliser, il est bien difficile d'identifier son espèce. Phoque gris (Halichoerus grypus) ou phoque veau marin (Phoca vitulina) ?

Nous pouvons l'observer ainsi pendant près de 45 minutes, avant qu'il se mette à plonger durant environ deux minutes pour réapparaître au même endroit et reprendre la même position. 

Il a disparu comme cela trois ou quatre fois avant de ne plus reparaître. Sa "sieste" était vraisemblablement terminée. A une dizaine de minutes près, il s'agissait de la fin de la marée basse et du début de la remontée de la mer.

Liens:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Phoque_gris

https://fr.wikipedia.org/wiki/Phoque_commun

Publié dans Faune littorale

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Le mât Fénoux à Audierne

Publié le par DL

Le mât Fénoux, à Audierne.

Avec le môle, les feux du Raoulic et de Trescadec, le chemin de halage et la passerelle des Capucins, il fait partie du patrimoine maritime bien connu d'Audierne. Et à ce titre, on en a beaucoup parlé ici et là (1)(2)(3)(4)(5)(6)(7).

Toutefois, tout n'a pas été dit à son sujet, et nous allons essayer d'en appendre un peu plus.

C'est en 1841 qu'un mât Fénoux est construit pour la première fois à Audierne. Sa fonction est alors de donner aux navires voulant gagner le port les consignes leur permettant de le faire en sécurité: route à suivre, manœuvres à effectuer, éventuellement interdiction de tenter l'approche en raison de conditions de mer trop dangereuses.

C'est que l'approche du port d'Audierne est particulièrement délicate en raison de la présence, devant l'embouchure du Goyen, d'un plateau rocheux, la Gamelle, et de fonds rocheux (les basses Pouldu, Barzic et Fornic) qui contraignent à emprunter d'étroits chenaux, déterminés par des alignements de repères à terre.

Les secteurs dangereux devant l'entrée du port d'Audierne. Extrait du Plan du port d'Audierne levé en 1818. Pilote français / Environs de Brest. Source: gallica.bnf.fr

Il y a donc un AVANT et un APRÈS la construction du mât Fénoux d'Audierne.

Avant le mât Fénoux, ce sont des pilotes qui guident les navires pour entrer dans le port ou pour en sortir. Vers 1700, il est déjà fait mention d'un pilote à Audierne, qui traite de gré à gré avec les maîtres de navire (8). Dans les années 1840, c'est une moyenne annuelle de 200 navires étrangers au port qui y viennent soit pour livrer différents articles (vins, fers, charbon), soit pour se réfugier par gros temps. 

C'est un bateau-pilote qui remorque ce trois mâts.

Il est aussi nécessaire de piloter les navires qui exportent des marchandises du Cap Sizun depuis Audierne, en particulier les céréales. Par ailleurs, lors des campagnes de pêche dans la baie, des unités attachées aux ports voisins (Douarnenez, Penmarc'h, Le Guilvinec ...) s'y établissent provisoirement. Leurs équipages ne sont pas familarisés avec les difficultés du secteur et il est parfois nécessaire de les guider (9).

Quand l'état de la mer le permet, les pilotes rejoignent à bord d'une barque les navires voulant entrer dans le port afin de les guider. En 1857, à Audierne, il y a 3 pilotes et 1 aspirant pilote, et 2 pilotes à Poulgoazec. A cette date, le tarif du pilotage pour conduire un navire de la rade au quai d'Audierne est de 11 francs, et de 10 francs d'Audierne à Pont-Croix (10). On connaît le nom de certains pilotes d'Audierne: Jean-Marie Vern, médaillé de 2ème classe en 1851 (11), Jean-Raymond Ladan (12), René Autret qui commande également le canot de sauvetage.

Le bateau au premier plan, immatriculé A 1 et marqué d'une ancre, est l'Anita, bateau-pilote de Jean-Raymond Ladan (12).

Mais, bien entendu, il arrive que l'état de la mer interdise au pilote de sortir du port pour aller guider un navire qui veut s'y réfugier.

C'est en 1832 que Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux, alors lieutenant de vaisseau à Lorient, dépose le brevet d'un système pour pallier à ce problème.

Le principe est de transmettre, depuis la terre, aux navires en mer des indications utiles par des signaux au sommet d'un mât, actionnés par des mécanismes depuis le sol.

Mât-pilote mis en usage sur les côtes de France. Instruction pour les navigateurs. Société générale internationale des naufrages. Traité pratique des moyens de sauvetage. 1841. Source: gallica.bnf.fr

S'il n'est pas étonnant que ce dispositif ait été imaginé par un marin (depuis fort longtemps, les navires en mer communiquent par des signaux codifiés, le plus souvent à l'aide de drapeaux ou pavillons), il est très probable que les spécificités de l'invention du capitaine de corvette Fénoux aient été inspirées par le télégraphe aérien, ou télégraphe optique mis au point en 1794 par Claude Chappe (13).

Télégraphe optique de Chappe. Figuier. Les merveilles de la science. 1867-1891. Source: wikipedia.org

Ce qui est avéré, c'est que la première expérimentation officielle du dispositif de Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux a lieu le 25 juin 1839 sur le rempart de la citadelle de Port-Louis (Morbihan), en présence des membres d'une commission nommée par la Chambre de commerce de Lorient. A cette époque le capitaine de corvette Fénoux est affecté à l'état-major de la marine à Lorient.

Vue de la citadelle de Port-Louis. Gravure sur acier aquarellée à la main. Dessin Bouquet, gravure Desjarin. 1853. Source: ida-victoire.fr

Le rapport de cette commission, trop long pour être publié ici in extenso (5 pages), peut être consulté dans son intégralité sur le site books.google.fr (14). On y apprend notamment que le capitaine de corvette Fénoux avait déjà expérimenté son dispositif la veille, au même endroit, mais de manière non officielle.

Début du rapport de la commission nommée par la Chambre de commerce de Lorient ayant assisté à la première expérimentation officiel du mât-pilote du capitaine de corvette Fénoux. Annales maritimes et coloniales. Partie non officielle. 1839. 

Les membres de la commission sont si impressionnés et enthousiastes qu'ils proposent « que la chambre de commerce, dans une délibération fortement motivée, émette le vœu que le mât-pilote de M. le capitaine de corvette Fenoux soit établi dans tous les ports de France ayant quelque importance militaire ou commerciale. »

Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux ne se contente pas de dessiner les plans de son dispositif, il met aussi au point le code de communication avec les navires. Les indications utiles au navire qui veut entrer au port lui sont communiquées à l'aide d'un système combinant l'orientation d'une flèche matérialisée par un triangle métallique ajouré, et dans certaines circonstances, l'utilisation d'un ballon ou d'un pavillon rouge .

Figure 1 du code de communication pour le mât-pilote Fénoux.  Société générale internationale des naufrages. Traité pratique des moyens de sauvetage. 1841. Source: gallica.bnf.fr

La même année 1839, le Conseil général du Morbihan, qui a pris connaissance du contenu de ce rapport, « reconnaît que le mât-pilote serait d'un établissement peu coûteux, qu'il n'occasionnerait aucun surcoût dans le personnel, et il émet le vœu que l'usage de ce moyen de diriger les navires en danger soit généralisé sur tous les points convenables du littoral de France. » (15)

Quant à lui, la même année 1839, le Conseil général du Finistère « émet le vœu qu'un mât-pilote soit établi à l'entrée d'Audierne pour prévenir les naufrages. » (14).

La décision est prise dès 1841. Le maire d'Audierne, sur demande du préfet du Finistère, achète des parcelles de terrain sur la hauteur à côté du parc des Capucins. Le temps de réaliser les travaux, et le mât-pilote entre en fonction à la fin de 1843. 

Pourquoi Audierne est-il doté d'un mât-pilote aussi rapidement ? Tout simplement parce que Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux en est originaire. Il y est né le 12 février 1790 de Barthélémy-Alexandre Fénoux, receveur des devoirs à Audierne (receveur des taxes sur les boissons) et de Victoire Augustine Raymonde de Laffond de Brot. C'est à Audierne qu'il a eu l'occasion de constater les difficultés rencontrées par les navires à l'embouchure du Goyen.

Non seulement Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux dessine les plans de son dispositif et met au point les codes de communication, mais il fixe également les règles du service au mât-pilote. Il le fera d'ailleurs pour chaque port où un mât-pilote de sa conception sera établi.

Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur. 1887. Source: galica.bnf.fr

En 1841, ce n'est donc pas sur la plate-forme proche du môle du Raoulic où nous le voyons aujourd'hui qu'on décide d'établir le mât-pilote, mais en hauteur, au Sud-Ouest du parc du couvent des Capucins.

Cette carte marine du port d'Audierne nous montre la situation du "Mât des pilotes" (cerclé de jaune) dans les années 1850. Le môle du Raoulic a été construit, et un feu y a été établi. Source: SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine).

Le "mât des pilotes" est signalé comme "Vigie" sur la carte dite de l'Etat-Major (1820-1866).

Extrait de la carte de l'Etat-major (1820-1866). Source: geoportail.gouv.fr

On dispose d'une image du mât-pilote d'Audierne à l'époque où il se trouvait à côté du parc des Capucins.

Sur cette carte postale antérieure à 1882, on distingue la silhouette du mât-pilote à côté du moulin de la Garenne.

Détail de la carte postale ci-dessus.

Les conseils généraux du Morbihan et du Finistère ne sont pas les seuls à manifester leur intérêt pour l'invention de Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux. En décembre 1844, il est appelé par le ministre de la marine pour lui en exposer les avantages, à la suite de quoi les préfets maritimes sont invités à recenser les points de la côte où il faudrait établir des mâts-pilotes.  

Le Constitutionnel du 5 décembre 1844.

Des mâts Fénoux seront effectivement construits en divers points du littoral. Plusieurs sources citent Saint-Nazaire, Clohars-Carnoët, Bayonne et Etel.

A Clohars-Carnoët (Finistère), le mât-pilote est établi en 1847 au Pouldu, pour guider les navires à l'embouchure de la Laïta (16).

Sur cette carte postale, le mât d'origine n'est plus visible, sans doute démonté, et le bâtiment est appelé sémaphore.

Pour Etel (Morbihan), il serait plus approprié de parler de la ria d'Etel parce que le mât Fénoux est en fait bâti sur la rive droite de la rivière, c'est-à-dire à Plouhinec (Morbihan), et non pas à Etel même, qui se trouve sur la rive gauche (17). Il est à noter que les flèches du mât d'origine ont été réutilisées sur le nouveau sémaphore reconstruit vers 1960 (18).

Appelé sémaphore sur cette carte postale, le mât Fénoux se trouvait en fait à Plouhinec (Morbihan), et non pas à Etel.

Le "mât Fénoux de Bayonne" est dans la même situation que celui d'Etel: destiné à guider les navires voulant entrer dans l'Adour pour gagner le port de Bayonne, il n'est pas construit sur cette commune, mais sur la rive gauche du fleuve, c'est-à-dire sur la commune d'Anglet (Pyrénées-Atlantiques) (19).

Sur cette carte postale, le sémaphore d'Anglet porte bien la flèche ajourée d'un mât Fénoux. 

Pour l'entrée dans le port de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), le mât Fénoux est établi sur le fort de Socoa qui se trouve sur la commune de Ciboure (20).

Ici aussi, on reconnaît la flèche du mât Fénoux construit sur le fort de Socoa à Ciboure.

A Port-Louis, où a pourtant été présentée l'invention du capitaine de corvette Fénoux, le Conseil général du Morbihan s'émeut en 1840 que les pilotes du port ne soient pas encore autorisés à utiliser le mât Fénoux.

Procès-verbal de la session du Conseil général du Morbihan. 1840. Source: gallica.bnf.fr

Le Conseil général du Morbihan est entendu et, en 1843, le mât Fénoux est utilisé à Port-Louis (21). Le capitaine de corvette Fénoux rédige le règlement pour le service du mât-pilote de Port-Louis, légèrement différent de celui d'Audierne (selon le Larousse, un lamaneur est un ouvrier employé dans un port pour l'amarrage des navires).

Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements et avis du Conseil-d'État. 1843. Source: gallica.bnf.fr

Sur cette carte postale, on aperçoit le mât Fénoux et sa flèche.

On ne recense donc que 6 mâts Fénoux, tous sur la côte atlantique, 4 en Bretagne et 2 dans le Sud-Ouest. Ailleurs, sur les littoraux de la mer du Nord, de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée, il y a bien des mâts-pilotes, mais ils ne sont pas du modèle "Fénoux". Si tous les mâts Fénoux sont des mâts-pilotes, tous les mâts-pilotes ne sont pas des mâts Fénoux.

Comment expliquer le peu de succès de cette invention ? Peut-être parce qu'en ce milieu du 19° siècle, une autre invention, le télégraphe optique (qui avait peut-être inspiré Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux) allait rencontrer un plus grand succès. Ainsi, le système Depillon, constitué d'un mât tournant muni de trois ailes, équipant les sémaphores de la Marine, offre de plus larges et plus complexes possibilités de communication ne se limitant pas à une aide à l'entrée des ports. 293 stations côtières sont équipées du système Depillon dès 1806 (22). 

Autre modèle de mâts de signaux équipant le sémaphore de la Chaume aux Sables d'Olonne.

D'ailleurs, on peut noter qu'en 1855, un ouvrage commentant les collections du musée de marine exposées au Louvre établit une équivalence entre le sémaphore, le télégraphe et le mât-pilote (dont celui de M. Fénoux) !

Notice des collections du musée de marine exposées dans les galeries du musée impérial du Louvre. 1855. Source: gallica.bnf.fr

Revenons au mât Fénoux qui nous intéresse, celui d'Audierne.

Alors qu'il se trouve encore proche du moulin de la Garenne et du parc des Capucins, c'est un journal du Sud-Ouest, le Mémorial des Pyrénées, qui nous livre le premier récit de l'action d'un préposé au mât-pilote d'Audierne le 27 décembre 1852.

Le Mémorial des Pyrénées du 6 janvier 1853. Source: gallica.bnf.fr

C'est en 1882 que le mât-pilote est transféré à son emplacement actuel parce que de nouvelles constructions sur le plateau au-dessus des Capucins le rendent moins visible depuis la mer.

Cette carte marine du port d'Audierne nous montre la situation du "Mât des pilotes" (cerclé de jaune) postérieurement à 1882. Il a été déplacé à la Pointe du Raoulic Source: SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine).

Détail de la carte précédente.

A partir de ce moment, on dispose de quelques photographies du monument à sa localisation actuelle, grâce au développement de l'usage des cartes postales.

Les Annales du sauvetage maritime font état du mât-pilote d'Audierne.  

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1888. Source: gallica.bnf.fr

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1889. Source: gallica.bnf.fr

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1897. Source: gallica.bnf.fr

En 1908, il ne reste plus que 3 mâts-pilotes: Audierne, Etel (Plouhinec Morbihan) et Le Pouldu (Clohars-Carnoët). Dans les débats parlementaires sur le budget de la marine, on remet en question leur utilité: « Il (le mât-pilote) ne constitue qu'un élément accessoire du service de pilotage. La conduite d'un navire à l'aide de ces signaux est évidemment moins sûre que celle effectuée par un pilote présent à bord. C'est pourquoi les mâts-pilotes, qui sont d'ailleurs d'institution très ancienne, n'ont été conservés qu'à titre absolument exceptionnel. Dans ces conditions, votre commission a estimé que la suppression de ces mâts archaïques et à peu près inutiles pouvait être faite sans inconvénient. »

Journal officiel de la République française. Documents parlementaires. 26 avril 1908. Source: gallica.bnf.fr

En 1909, le mât Fénoux du Pouldu à Clohars-Carnoët n'est plus en fonction. Il ressort des débats parlementaires que le maintien des deux mâts-pilotes d'Audierne et d'Etel (Plouhinec Morbihan) est de plus en plus contesté. Seule l'union syndicale des inscrits maritimes et des pêcheurs de l'Ouest plaide pour leur maintien. 

Journal officiel de la République française. Documents parlementaires. 3 février 1909. Source: gallica.bnf.fr 

Pourtant, les pilotes de service au mât Fénoux d'Audierne auront encore l'occasion de montrer l'utilité de le conserver.

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1922. Source: gallica.bnf.fr

Sur cette carte postale, on remarque que le système en haut du mât d'Audierne n'est pas du même modèle que celui figurant sur les plans d'origine reproduits plus haut.

En 1926, un mandat est émis au profit de Jacques Paillart, mécanicien à Audierne pour frais de réparation du mât-pilote (La Dépêche de Brest du 17 mai 1926).

En 1927, un mandat est émis au profit de Guillaume Guivarch, lamaneur pratique, pour l'entretien du mât-pilote (La Dépêche de Brest du 16 avril 1927). En fait, depuis plusieurs années, le bâtiment sert surtout de poste de veille et d'abri pour les sauveteurs.

En 1930, le "mât de signaux Fenoux" semble surtout servir de dépôt de matériel pour les douaniers.

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1930. Source: gallica.bnf.fr

Un film de 1931, "Le sauvetage des naufragés", tourné à Audierne, nous montre l'utilisation du mât Fénoux (23).

Images tirées du film "Le sauvetage des naufragés". Cinémathèque de Bretagne.

En 1932, parmi les terrains et immeubles précédemment affectés à la Marine militaire et qui sont affectés au Ministère de la Marine marchande figure « à Audierne, la tour du mât-pilote et le mât de signaux servant au service du pilotage à l'entrée du port » (La Dépêche de Brest du 7 septembre 1932)

Le mât Fénoux d'Audierne est désarmé en 1935, quand le dernier pilote d'Audierne décède.

Le mât qui supportait les signaux est supprimé dans les années 1960 (24).

Dans les années 2010, le bâtiment est converti en toilettes publiques (25) qui finiront par être supprimées. Puis les accès au bâtiment seront condamnés.

Aujourd'hui, la municipalité d'Audierne a initié un projet de restauration avec la Fondation du Patrimoine (24). Une procédure de classement aux Monuments Historiques est également engagée (25).

Liens:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mât_Fénoux

http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/mat-pilote-dit-mat-fenoux-plateforme-du-mole-audierne

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/finistere/a-audierne-le-mat-fenoux-va-etre-restaure-mais-savez-vous-a-quoi-il-servait-2498879.html

https://www.letelegramme.fr/finistere/audierne/a-audierne-lancement-de-la-souscription-publique-pour-la-renovation-du-mat-fenoux-avec-la-fondation-du-patrimoine-20-03-2022-12952519.php

https://audierne.info/la-famille-fenoux-partie-1/

FILM: "Sauvetage de naufragés à Audierne"

 

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