Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

archeologie et histoire

Des défenses de plage à Saint-Anne-la-Palue

Publié le par DL

Ce 2 février 2022, à marée basse, sur la plage de Sainte-Anne-la-Palue en Plonévez-Porzay (Finistère), des objets sont visibles au fond de trous d'eau creusés par le va et vient des vagues.

C'est leur présence même, au ras du sable de la plage, qui a provoqué le creusement de ces mares, en faisant obstacle à l'écoulement de l'eau et en générant des courants et des tourbillons.

Ces trous d'eau et les objets qu'ils contiennent se trouvent assez loin du haut de la plage, et sont plus ou moins alignés selon une ligne parallèle au rivage. 

Certains de ces objets, par leur forme, ne laissent aucun doute sur leur nature. Il s'agit de restes de tétraèdres.

Les tétraèdres étaient des obstacles que les occupants allemands, pendant la seconde guerre mondiale, installaient sur les plages pour gêner un éventuel débarquement allié. Ils étaient composés de quatre triangles en béton, jointifs et formant une "pyramide" à trois côtés.

Certains étaient équipés, à leur sommet, d'un dispositif permettant d'y fixer une mine.

Tétraèdres retirés de la plage de Trez Goarem en Esquibien-Audierne et stockés sur la dune.

Les tétraèdres de Sainte-Anne-la-Palue ont été brisés, et il ne subsiste en place qu'un triangle.

Mais pour d'autres objets, un doute subsiste quand à leur nature.

Il semble qu'il s'agisse d'objets composés de poutrelles métalliques, sans doute en forme de H.

Outre les tétraèdres en béton, l'occupant allemand pouvait installer sur les plages d'autres types d'obstacles métalliques: tétraèdres en acier, "hérissons tchèques" ou "portes belges" (aussi appelées "barrières Cointet").

Tétraèdre en acier.

Porte belge au mémorial d'Omaha. Source: Wikipédia.org. Tous droits réservés

Hérisson tchèque dans les environs de Calais. Source: Wikipédia.org. Tous droits réservés.

Pour connaître la nature exacte de ces vestiges, il serait nécessaire de les extraire de la plage à l'occasion d'une grande marée.

Liens:

https://memoirepatrimoine.wordpress.com/2021/01/18/lo11-le-point-fortifie-du-kerrou/

https://www.junobeach.org/fr/les-obstacles-de-plages/

http://6juin.omaha.free.fr/5all_texte/53_defomaha.php

https://archief.wos.nl/nieuwsarchief/bericht/20130304-bijzondere-aanwinst-voor-atlantikwall-museum

Partager cet article
Repost0

Le bac de Tréboul

Publié le par DL

Généralement, ce qui me pousse à consacrer un article à un site ou un monument, c'est de l'avoir découvert de visu au cours d'une promenade, et de m'être posé des questions à son sujet. De quoi s'agit-il ? De quand date-t-il ? Par qui a-t-il été édifié ? Pourquoi ? Quelle est son histoire ? Etc.

Pour le bac de Tréboul, c'est tout autre chose. Et pour cause, sur place, il n'en reste aucune trace.

Ce qui m'a fait m'y intéresser, c'est ceci:

Auguste Anastasi, Le passage du bac à Tréboul (1870). Musée des beaux arts de Quimper. Source: wikipedia.org

J'ai découvert ce tableau d'Auguste Anastasi, qui fait partie des collections du Musée des beaux arts de Quimper, quand il a été publié sur un réseau social.

Tout d'abord, je trouvais qu'il y avait quelque chose de "classique" dans cette peinture, elle me rappelait certaines représentations de monuments antiques romains, et ma première réaction a été de douter qu'il s'agisse d'un paysage breton. Il a fallu que j'observe attentivement les costumes et les coiffes des personnages pour atténuer ce ressenti. On pourrait appliquer au passage du bac à Tréboul la remarque d'un critique à propos d'un autre tableau d'Auguste Anastasi (Cascatelles de Tivoli): « Parfait coloriste, Anastasi multiplie les variations chromatiques et peint ici un paysage à l’horizon bleuté contrastant fortement avec un premier plan où s’opposent ombre des bosquets et chaude lumière du soleil. L’artiste reprend les codes de la tradition académique et nous livre sa vision idéalisée d’un paysage italien antiquisant ».

J'ai alors décidé de m'informer sur le bac de Tréboul (dans cet article, je retiens cette formulation de "bac", mais ici ou là, il est parfois mentionné comme "passage", ou comme "treiz" en breton, et celui qui pilote le bac est appelé "passeur" ou "treizour" en breton).

Première chose à faire, revenir à mes habitudes: examiner le site directement sur le terrain. Un escalier aussi monumental devrait se retrouver facilement, même si, avec le temps, il a changé d'aspect. Ne sachant pas a priori où le localiser précisément, j'ai parcouru les 2 rives de ce qu'on appelle aujourd'hui le port Rhu. Une bonne partie de la rive du côté de Tréboul est pratiquement inaccessible et limite les possibilités d'exploration. J'ai donc surtout essayé d'apercevoir cet escalier depuis l'autre côté, entre les mâts des voiliers du port de plaisance et les bateaux du port-musée. En vain.

Où se situait le bac de Tréboul ? Photo aérienne IGN. Source: géoportail.gouv.fr

Il me fallait donc recourir aux archives écrites et iconographiques pour remonter le temps.

Remonter le temps ... pour qui n'a pas connu le Port Rhu avant la construction, en 1992, du bassin à flot et de son écluse, il n'est pas facile d'imaginer ce qu'il était quand la marée le remplissait et le vidait deux fois par jour.

De fait, avant la construction du bassin à flot, le Port Rhu avec son prolongement jusqu'à Pouldavid est ce que les géographes appellent une ria (dans le Nord du Finistère, on parle d'aber), c'est-à-dire une anse qui s'enfonce profondément dans les terres, qui est envahie par la mer à chaque marée et dans laquelle coule une rivière. D'ailleurs, on peut lire ici ou là les expressions "rivière du Port-Rhu" ou "rivière de Pouldavid" ou "estuaire de Pouldavid".

Alors, pourquoi a-t-on établi un bac à Tréboul, ou plutôt entre Tréboul et Douarnenez ? 

Tout d'abord, il faut savoir que, jusqu'à la fin du 19° siècle, Tréboul était en quelque sorte le port de la commune de Poullan, tout comme Pouldavid était celui de Pouldergat, et Douarnenez celui de Ploaré. Le fort développement des activités de pêche dans la baie de Douarnenez et celui des conserveries attirent dans ces 3 ports des populations qui trouvent là du travail, en mer pour les hommes et dans les usines pour les femmes. 

La flottille de pêche de Tréboul.

A l'époque, pour passer de Tréboul à Ploaré ou Douarnenez par voie terrestre, il faut gagner, au fond de la ria, le village de Pouldavid , avant de remonter le long de la rive Est de la "rivière du Port-Rhu" ou de Pouldavid. 

En 1863, la situation est très clairement exposée par le rapporteur de la commission chargée du projet de construction d'un pont entre Poullan et Douarnenez:

Rapports et délibérations du Conseil général du Finistère. 1863. Source: gallica.bnf.fr

Un bien long trajet sans le bac, surtout si c'est dans le quartier de Port Rhu ou dans celui du Guet que l'on doit se rendre.  

Sur ce détail de la carte dite de l'Etat major (1820-1866), seul le bac du Guet est mentionné. Source: geoportail.gouv.fr

Le rapporteur de la commission nous le dit, il existe donc deux bacs qui assurent le passage d'une rive à l'autre, un au Guet, c'est-à-dire à l'extrême pointe Nord de Douarnenez, et l'autre au Port Rhu, plus en amont de la ria. C'est de ce dernier qu'il sera question ici.

A quand remonte l'existence d'un bac entre les deux rives de la rivière de Pouldavid au niveau de Port Rhu ? On ne le sait pas précisément, les archives ne le disent pas. On peut se référer à la cartographie, mais on ne dispose de cartes suffisamment détaillées de cette partie du littoral qu'à la fin du 18° siècle.

Aucune mention d'un bac sur cette carte de Douarnenez. "Carte topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier (1771-1785)". Service hydrographique de la Marine. Détail. Source: gallica.bnf.fr

Sur la carte qui précède, rien n'indique qu'il y ait un bac, ni au Guet, ni à "Porus".

"Plan des environs de Douranenez", levé en 1817 (Pilote français, rédigé par M. Beautemps-Beaupré). Détail. Source: gallica.bnf.fr

Si le plan ci-dessus, levé en 1817, figure bien un chemin qui, venant de Tréboul, aboutit à une anse semi-circulaire en face d'une cale à "Porus", rien n'indique qu'il y ait un bac à cette date. C'est peut-être à cet endroit que se trouve le gué où passent les voitures, les animaux et les piétons à marée basse comme l'évoque le rapport de la commission reproduit plus haut.

Poullan-Tréboul. Cadastre - tableau d'assemblage. 1829. Détail. Source: Archives départementales du Finistère.

En 1829, le tableau d'assemblage du cadastre de Tréboul (alors dépendance de Poullan) mentionne bien le bac de "Port hu" et celui du Guet.

Ploaré-Douarnenez. Cadastre - tableau d'assemblage. 1829. Détail. Source: Archives départementales du Finistère.

De même, le tableau d'assemblage du cadastre de Douarnenez (alors dépendance de Ploaré) mentionne bien les deux bacs de l'autre côté de la rivière de Pouldavid.

Cet endroit où l'on traverse une rivière ou un bras de mer, que ce soit à pied par un gué ou sur un bac, c'est "le passage", et même "le passage d'eau", an treiz en breton. Et celui qui pilote le bac, le passeur, c'est le treizour

Pour les habitants de Douarnenez et de Tréboul, cet endroit, sur la rive gauche de la rivière de Pouldavid, en a pris le nom: le Treiz. Pour faciliter embarquement et débarquement des passagers, un escalier (celui qui a été peint par Auguste Anastasi) et une petite cale ont été aménagés à l'extrémité d'une anse minuscule, le Poulic (en français, la petite anse ou la petite crique). A l'autre extrémité de cette anse, une vielle maison que certains appelle "la maison du passeur" ou "le petit Enfer" (Henri Belbéoch. Douarnenez- souvenirs, souvenirs; page 100).

Sur cette carte postale représentant le Poulic, on aperçoit, sous les frondaisons, l'escalier peint par Auguste Anastasi et, de l'autre côté de la rivière de Pouldavid, une cale où débarquent sans doute les passagers du bac.

Côté "Port-hu", le point d'arrivée ou de départ du bac, c'est donc une cale, appelée cale Ouillac dans les délibérations du Conseil général du Finistère au 19° siècleJacques Cambry, en 1794, dans son "Voyage dans le Finistère" l'appelle "chaussée d'Uliac" et la décrit: elle a « cent pieds de long sur trente de large, elle est formée de gros quartiers de granit posés les uns sur les autres sans être liés par de la terre, des sables et du mortier » (1).

A l'origine, cette cale Ouillac n'est pas perpendiculaire au quai de "Port hu", mais tournée vers l'amont. Accusée d'être responsable de l'ensablement de la rivière, elle sera transformée dans les années 1880.

Cerclée de vert, l'anse du Poulic, encadrée de rouge, une vieille maison et marquée d'une flèche, la cale Ouillac. "Plan des environs de Douranenez" (Pilote français, rédigé par M. Beautemps-Beaupré). Détail. Source: gallica.bnf.fr

Un rapport de la Commission des Travaux publics du Conseil général, en 1874, précise qu'à cette date, le Finistère compte 19 passages d'eau dont 5 appartiennent au département (Saint-Jean-Plougastel, Térennez, Rosnoën, Bénodet, Saint-Maurice) et les autres à l'Etat. Les bacs de Tréboul dépendent donc de l'Etat et il devait en être ainsi depuis leur création.

A l'époque de l'établissement de bacs entre Tréboul et Douarnenez, il est d'usage que les bacs, ou passages d'eau, fonctionnent sous le régime d'une concession accordée à un particulier (le fermier) pour une durée et dans des conditions précises (2). Les bacs de Tréboul sont certainement soumis à ce régime, et les fermiers des 2 bacs jouissent d'un droit exclusif de passage sur des portions bien délimitées de la rivière.

Au port de Tréboul, le rôle du passeur consiste à acheminer les équipages jusqu'à leurs barques mouillées dans la rade, et à amener jusqu'à la cale du Guet ou sur l'îlot Saint-Michel et l'île Tristan les ouvrières qui travaillent dans les presses à sardines.

On peut se demander si, dans les premiers temps, c'est-à-dire la première moitié du 19° siècle, le bac entre Tréboul et Port Rhu est très fréquenté. A cette époque, les pêcheurs de Tréboul livrent leurs sardines à des ateliers locaux où elles sont salées et pressées. Tréboul compte alors environ 70 presses artisanales qui emploient les femmes du village. Il en va de même à Douarnenez: les pêcheurs de Douarnenez livrent leur pêche à la centaine de presseurs de Douarnenez qui emploient des ouvrières de Douarnenez.

Le Port Rhu, c'est le port de commerce, tandis que le Rosmeur, qu'à l'époque on appelle "le grand port", c'est le port de pêche. Quand les presseurs de Tréboul veulent livrer leurs barils de sardines au Port Rhu pour les exporter, ils doivent faire le grand tour par Pouldavid. Pour les simples particuliers, la nécessité de passer d'une rive à l'autre de la ria entre le Poulic et la cale Ouillac est donc alors assez limitée dans cette première moitié du 19° siècle.

Il en ira tout autrement quand des industriels commenceront à installer à Douarnenez des usines de sardines à l'huile qui auront besoin d'une main d'œuvre abondante. C'est à partir des années 1860 que les choses changent. En 1873, Gustave Le Guillou de Penanros, conseiller général et propriétaire de l'île Tristan sur laquelle il a établi une usine de conserves de sardines à l'huile, fait observer que

Rapports et délibérations du Conseil général du Finistère. Janvier 1873. Source: gallica.bnf.fr

C'est à cette époque, et précisément en 1870, que sera construite la maison du passeur ou du treizour, à l'extrémité du chemin qui aboutit au Poulic et à l'embarcadère (actuellement 40 rue du Treiz).

Cerclée de rouge, la nouvelle maison du passeur est représentée sur cette carte de 1879 de Douarnenez et Tréboul (Atlas des ports de France). 

Sur cette carte postale, on voit de gauche à droite: la vieille maison appelée "la maison du passeur" ou "le petit Enfer" (flèche jaune), l'anse du Poulic (flèche verte), l'escalier de l'embarcadère (flèche rouge), la nouvelle maison du passeur (flèche bleue).

Détail de la même carte postale.

Une magnifique photo nous montre l'escalier peint par Auguste Anastasi, ainsi que des barques, dont peut-être celle du passeur. 

L'escalier du Treiz. Avec l'aimable autorisation de M. Didier Damey, actuel propriétaire la la maison du passeur. Voir son site: tiantreizhour

Voici quelques autres cartes postales qui nous montrent le site du bac de Tréboul au Treiz à différentes époques. 

Le chemin, tout à droite de cette carte postale, est celui qui descend jusqu'au Treiz, le débarcadère du bac. Photo prise de la "montagne" de Kermabon.

Le même chemin, juste avant qu'il passe devant la maison du passeur. Aujourd'hui rue du Treiz.

S'ils rendent service, les deux bacs entre Tréboul et Douarnenez sont jugés très insuffisants comme l'a exposé le rapporteur de la commission chargée du projet de construction d'un pont entre Poullan et Douarnenez en 1863. Depuis fort longtemps (1811, si l'on en croit ce qu'en dit le rapporteur de la Commission des Travaux publics du département du Finistère lors de la séance du 27 octobre 1874 du Conseil général), les élus de Poullan et de Douarnenez demandent tous les ans la construction d'un pont, de préférence tournant, au niveau de la cale Ouillac.

Rapports et délibérations du Conseil général du Finistère. 1861. Source: gallica.bnf.fr

La même demande sera systématiquement répétée jusqu'à ce que le Conseil général obtienne enfin satisfaction à ceci près que le pont sera fixe et construit plus en amont sur la rivière de Pouldavid. L'ouvrage, bâti en 1884, mettra fin au monopole du passeur entre le Treiz et Port Rhu. On peut imaginer que, pendant quelques temps, certains continueront à recourir au service du passeur pour s'éviter le détour assez conséquent que leur imposerait un passage par le pont.

Sur cette carte postale, on aperçoit, entre les deux piliers du pont, la maison du passeur.

Dans les années 1890, la cale Ouillac sera détruite et remplacée par une cale orientée vers l'aval.

Entre 1958 et 1961, la petite anse du Poulic qui avait servi de mouillage au bac du passeur est comblée.

Sur cette photo aérienne du 3 août 1958, on voit encore, cerclée de rouge, l'anse du Poulic, et au bout de la flèche rouge, la maison du passeur. Une autre maison a été bâtie contre elle en 1901. Source: remonterletemps.ign.fr

Sur cette photo aérienne du 20 juin 1961, l'anse du Poulic est comblée. Source: remonterletemps.ign.fr

Sur la photo aérienne qui précède, on voit que la rue du Treiz qui se terminait en impasse au niveau de la maison du passeur, a été prolongée jusqu'au pied du grand pont. Bientôt, les deux côtés de cette rue verront s'édifier des maisons individuelles.

Il ne reste rien du vieil escalier et de l'anse du Poulic. Rien d'autre que des souvenirs et des images, soit des photographies, soit des tableaux. On l'a vu, le Passage du bac à Tréboul a été peint en 1870 par Auguste Anastasi. Mais il n'est ni le premier ni le seul à l'avoir fait. Il semble que le tout premier peintre à s'être intéressé aux paysages de Douarnenez est Emmanuel Lansyer (Yves Tanneau, Douarnenez, son histoire, ses monuments, page 24)(3). En 1867, il dessine sur papier, au crayon et à l'encre de Chine, Le bac de Port Rhu à Douarnenez (4)

Emmanuel Lansyer. Le bac de Port Rhu à Douarnenez. 1867. Crayon et lavis à l’encre de Chine, Collection Musée Lansyer © Musée Lansyer, Ville de Loches. Avec l'aimable autorisation du musée.

Une version de cette œuvre a été reproduite par gravure en 1889.  

Robert-Weir Allan. Le bac à Douarnenez. 1876

Albert Fernand-Renault. Le Pouldavid à Douarnenez. 1920

Gaston Pottier. Le Port Rhu. 1937

Ernest Pernelle. Port Rhu. 1938

Stany Gautier. L'escalier du Treiz. 1947

Paul Lemasson jeune. L'île Tristan à Douannenez. Date indéterminée.

Il y a une étrange ressemblance entre cette dernière œuvre et la photographie qui suit.

Lien:

L'embarcadère du Treiz sur tutouarnenez.blogspot.com

Partager cet article
Repost0

Le lavoir de Poulgoazec

Publié le par DL

A Plouhinec (Finistère), caché derrière l'ancienne usine "Pêcheurs de France" (familièrement appelée "l'usine à poissons" par les habitants du cru), se trouve le lavoir de Poulgoazec, aussi parfois appelé lavoir de Loquéran bihan ou lavoir de Saint-Jérôme.

Il comporte aujourd'hui deux bassins: un petit immédiatement en aval de la fontaine qui l'alimente, suivi d'un plus grand dont l'eau se déverse dans un canal avant de disparaître sous terre.

Aussi curieux que cela puisse paraître, jadis, ce lavoir se trouvait sur la grève ! Ce n'est pas le lavoir qui a été déplacé, c'est la grève.

En effet, si certains l'appellent lavoir de Saint-Jérôme, c'est parce qu'il se trouvait dans l'anse de ce nom avant qu'elle ne soit comblée.

Sur cette photo aérienne de 2012, le tracé rouge marque la position de l'anse de Saint-Jérôme avant son comblement. Cerclé de jaune, le lavoir de Saint-Jérôme. Source: geoportail.gouv.fr

On connaît quelques images de ce lavoir avant les travaux qui ont donné au port de Poulgoazec l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui.

Comme on le voit sur cette carte postale, à cette époque, le lavoir comporte trois bassins. On remarquera que pour l'éditeur de cette carte postale, le lavoir de Loquéran se trouve à ... Audierne !

Cette autre carte postale est une variante de la précédente, la photo étant prise à peu de temps d'intervalle. On retrouve les mêmes personnes ayant à peine bougé.

Sur cette photo aérienne de 1929, l'anse de Saint-Jérôme avant son comblement. Cerclée de jaune, la localisation du lavoir. (Source: remonterletemps.ign.fr)

Une vue sur l'anse de Saint-Jérôme. Le lavoir, invisible sur cette carte postale, se trouve au fond de l'anse, tout à fait à gauche, hors du cadre de la photo.

En fait, à l'origine, à l'emplacement de ce lavoir, il n'y a que deux mares, sommairement aménagées, ce que localement on appelle des douets. Bien qu'il existe d'autres lavoirs dans les environs (le Scluz (?), plage de Saint-Julien, Prad ar maner),  les douets de Saint-Jérôme ont la faveur de nombreuses femmes de Poulgoazec en raison de la qualité et de l'abondance de leur eau. 

Sur cette carte postale, un des deux douets, appelé le petit lavoir de Loquéran. Ce n'est qu'une mare, grossièrement creusée dans l'estran. Son pourtour n'est pas maçonné, et les femmes, à genoux dans une caisse à laver, brossent et manipulent le linge sur de grosses roches plates.

Détail de la carte postale précédente. On voit nettement les pierres plates sur lesquelles travaillent les lavandières en coiffe penn sardin. Au premier plan, une caisse garnie de chiffon pour s'agenouiller confortablement.

Ce lavoir initialement aménagé à même la grève n'est pas un cas unique dans la région. On connaît celui de Pors ar Feunteun à Lesconil en Plobannalec (1) et celui qui se trouvait au pied de la falaise des Plomarc'h en Douarnenez.

C'est en 1905 que la municipalité de Plouhinec décide d'aménager un des deux douets de Saint-Jérôme en récupérant les matériaux d'un lavoir précédemment construit au Scluz, mais qui se trouve régulièrement à sec (l'essentiel des informations relatives à l'histoire du lavoir de Poulgoazec est tiré du 1er volume de "Plouhinec autrefois" de Jean-Jacques Doaré).

Cette carte postale nous montre, à gauche, le lavoir aménagé, et à droite, le douet demeuré en l'état, mais toujours utilisé. On voit que l'anse de Saint-Jérôme sert d'échouage aux barques des pêcheurs de Poulgoazec.

En décembre 1918, la municipalité décide de la réfection du lavoir qui s'est délabré et de travaux sur le douet annexe.

Sur cette autre carte postale, on retrouve à gauche le lavoir réaménagé par la municipalité. Ses abords semblent avoir été aplanis par rapport à la carte postale précédente où ils paraissaient quelque peu chaotiques. On ne distingue ici qu'un seul grand bassin. Sur la droite, l'extrémité du douet annexe qui semble avoir été, lui aussi, aménagé. Il paraît maintenant être bordé de pierres plates. A côté du lavoir principal, deux femmes portent un baquet. Du linge a été mis à égoutter sur des fils au pied des arbres.

Sur cette photo aérienne du 16 avril 1948, encadrés de jaune, les deux lavoirs de Saint-Jérôme (on distingue la trace sombre de l'écoulement de chaque lavoir). Cerclées de jaune, ces taches blanches sont probablement du linge, des draps, mis à sécher sur l'herbe à proximité des lavoirs. (Source: remonterletemps.ign.fr)

Sur cette carte postale, on ne voit que trois femmes qui lavent leur linge à l'extrémité du lavoir.

Photo aérienne du 24 mai 1952. Encore du linge mis à sécher sur l'herbe à côté des lavoirs. On retrouve de telles taches claires sur d'autres photos aériennes ultérieures. (Source: remonterletemps.ign.fr)

Sur les deux versions de cette carte postale intitulée "La jolie petite crique Saint-Jérôme", on ne voit pas les lavoirs, mais sur la gauche, on voit du linge suspendu à un fil, et sur la droite des draps étalés sur l'herbe.

Sur cette photo aérienne particulièrement nette (7 mai 1965), du linge est encore étalé sur l'herbe. L'anse de Saint-Jérôme est devenue un cimetière à bateaux. (Source: remonterletemps.ign.fr).

Une fois encore localisé à Audierne, on devine le lavoir de Loquéran en bas à droite de cette carte postale. Du linge a été étalé en bordure du pré voisin.

1965: à cette date, la fin de l'anse de Saint-Jérôme est actée. En effet, dès 1963, il est décidé de la combler pour en faire une place publique à l'usage des pêcheurs pour y déposer filets, casiers et autres engins. En 1964, l'anse est fermée par une digue d'enrochement, et courant 1965, une drague-suceuse la comble en prélevant le sable dans le Goyen ("Plouhinec autrefois" Tome II).

Photo aérienne du 12 août 1966. L'anse Saint-Jérôme est comblée, mais le lavoir est toujours là. (Source: remonterletemps.ign.fr). Selon le témoignage de personnes qui, enfants, y ont accompagné leur grand-mère, il servira jusqu'en 1970. 

En 1969-1970, sur ce qui devait demeurer une "place publique réservée à l'usage des pêcheurs" est construite l'usine "Pêcheurs de France" ainsi que les bureaux de "l'Armement coopératif artisanal du Finistère".

Photo aérienne du 26 juillet 2012 (Source: remonterletemps.ign.fr). On ne sait pas précisément quand l'ancien douet annexe a été comblé. .

Aujourd'hui, l'usine, fermée, sert à entreposer du matériel et les anciens bureaux de l'ACAF abritent l'administration du Centre nautique de Plouhinec. Mais le lavoir est toujours là, et c'est aujourd'hui le paradis des grenouilles. 

 

Partager cet article
Repost0

Ile de Sein: la chapelle Saint-Corentin et la navigation.

Publié le par DL

Sur l'île de Sein (Finistère), la chapelle Saint-Corentin est un des monuments touristiques les plus connus. 

La chapelle Saint-Corentin. Auteur: Ji-Elle sous licence Creative Commons Wikipédia. Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Ile_de_Sein-Chapelle.jpg

Le propos de cet article n'est pas de dévoiler l'histoire de cette chapelle qui se perd à la fois "dans la nuit des temps", et dans les archives. Supposée avoir succédé à un oratoire, elle aurait été bâtie au 15° siècle, puis, tombée en ruine au 19° siècle, elle a été entièrement reconstruite et inaugurée en 1972 à l'initiative de l'abbé Yves Marzin, alors recteur de l'île.

Cette chapelle est rarement évoquée dans les ouvrages historiques. Jacques Cambry, dans son Voyage dans le Finistère en 1794, écrit:

François Audran, dans le bulletin de la Société archéologique du Finistère de 1882, écrit:

Michel Bataillard, dans son "Histoire de l'île de Sein", décrit les légendes qui lui sont attachées, ainsi que les pratiques auxquelles se livraient les femmes de l'île au cours de neuvaines visant à la guérison des malades, et surtout les hommes dans le cadre de leurs activités de pêcheurs.

En effet, les pêcheurs sollicitaient de saint Corentin qu'il fasse souffler le vent dans la bonne direction, et pour ce faire, ils tournaient dans le sens voulu la crosse d'évêque de la statue qui se trouvait dans cette chapelle. En cas d'insuccès, ils punissaient le saint en tournant la statue face contre la muraille, ou bien ils l'aspergeaient du jus de leur chique de tabac.

Saint Corentin avait donc alors une certaine importance pour les marins de l'île de Sein. Mais on peut se demander si sa chapelle n'avait pas également de l'importance pour tous les marins, locaux ou non, qui devaient passer le Raz de Sein et surtout la Chaussée de Sein, zone particulièrement dangereuse parce que constellée d'une multitude de rochers découvrant plus ou moins à marée basse.

Cet extrait de la "Carte de la Côte de Bretagne depuis Belle-Isle jusqu'au Pont des Saints" (1752), met en évidence la position de "l'île des Saints" entre la Chaussée de Sein à l'Ouest et le Raz de Sein à l'Est. Source: gallica.bnf.fr

La chapelle Saint Corentin se situe à l'Ouest de l'île de Sein, entre le phare de Goulénez et l'amer de Plas ar Skoul, repères pour la navigation qui n'existent pas avant le 19° siècle.

Sur cette carte postale, on situe les positions respectives du phare de Goulénez, de l'amer de Plas ar Skoul et de la chapelle Saint-Corentin.

Même à l'état de ruine, la chapelle avait conservé son clocher initial jusqu'au début du 20° siècle, et c'est peut-être lui qui pouvait servir d'amer (lors de sa reconstruction en 1972, c'est un clocheton de l'ancienne église du bourg qui fut substitué à l'ancien clocher de la chapelle). 

Sur cette carte postale, si la toiture a disparu, la maçonnerie de l'ancien clocher est demeurée en place.

Avant la construction du phare et de l'amer, sur cette partie Ouest de l'île de Sein, relativement plate et peu élevée au-dessus du niveau de la mer, la chapelle Saint Corentin était donc la seule construction susceptible de servir de repère pour la navigation. 

La chapelle Saint Corentin et l'amer de Plas ar Skoul.

Ce qui conforte l'hypothèse que cette chapelle ait été considérée comme un amer, c'est sa figuration sur de nombreuses cartes marines. Ainsi, cet ancien "Plan de l'isle des Saints et des isles adjacentes ainsi que des roches qui les environnent, les brasses d'eau qui se trouvent autour ainsi que dans le passage du ras, les mouillages, les pointes de plogoff ou du ras, de Sizun ou de cleden capsizun, les chiffres marquent les brasses d'eau" daté des années 1600, est incontestablement destiné aux navigateurs.

"Plan de l'isle des Saints et des isles adjacentes etc." édité en 16.. sans autre précision. Source: gallica.bnf.fr 

C'est une des plus anciennes cartes qui ait été trouvée jusqu'ici, où la chapelle Saint Corentin est figurée ! Représenter cette chapelle sur une carte ou sur un plan n'a aucun intérêt pour les habitants de l'île qui n'ont pas besoin de cela pour savoir où se trouve cet édifice, pas plus que pour d'éventuels voyageurs visitant l'île de Sein dont on sait qu'ils étaient extrêmement rares à cette époque. Il est donc évident que cette carte a été dressée à l'intention des navigateurs.

"Plan de l'isle des Saints et des isles adjacentes etc." Détail. Source: gallica.bnf.fr 

On retrouve la chapelle Saint Corentin sur des cartes marines ultérieures

"Carte topographique des costes maritimes de Bretagne depuis Audierne jusqu'au Port Christ" Détail. Source: gallica.bnf.fr

Curieusement, si la chapelle est bien représentée sur cette carte, elle y appelée "St Guildas".

 "Carte topographique des costes maritimes de Bretagne depuis Audierne jusqu'au Port Christ" Détail. Source: gallica.bnf.fr

[Côtes de Bretagne, position des batteries] 16..-17.. Détail. Source: gallica.bnf.fr

"5me carte particuliere des costes de Bretagne contenant les environs de la rade de Brest". 1693. Détail. Source: gallica.bnf.fr

(Carte de l'ile de Sein.). 17.. Détail. Source: gallica.bnf.fr

[Carte des côtes de Bretagne avec position et numérotation des batteries] 1700-1800. (Sans doute copie de celle datée de 16..-17.. ci-dessus) Détail. Source: gallica.bnf.fr

"Costes de Bretagne [pointe de Luguénés - pointe de Lervily]". 1740. Même remarque. Détail. Source: gallica.bnf.fr

[Carte des côtes de Bretagne] 1750-1800. Détail. Source: gallica.bnf.fr

"Ile des Saints de Keranstrec". 1754. Détail. Source: gallica.bnf.fr

"Carte de la baye de Douarnenez et la coste de Bretagne depuis Dinant jusqu'au Bec du Ras". 1764. Source: gallica.bnf.fr

"Carte de la baye de Douarnenez et la coste de Bretagne depuis Dinant jusqu'au Bec du Ras". 1764. Détail de l'image précédente. Source: gallica.bnf.fr

[Ile de Sein]. 1771-1785. Détail. Source: gallica.bnf.fr

"Carte générale de la France dite de Cassini. 175, [Audierne - Rade de Brest]" . 1786. Détail. Source: gallica.bnf.fr

"Carte de la côte du département du Finistère". Vers 1790. Détail. Source: gallica.bnf.fr

"Carte de l'Etat major". 1820-1866. Détail. Source: geoportail.gouv.fr

Si la chapelle Saint Corentin n'est pas figurée sur la carte publiée en 1822 du  "Pilote français. [première partie], Environs de Brest", elle apparaît dans les vues "depuis la mer" de cet ouvrage.

"Pilote français. [première partie], Environs de Brest". 1822. Détail. Source: gallica.bnf.fr

"Pilote français. [première partie], Environs de Brest". 1822. Détail. Source: gallica.bnf.fr

 "Carte particulière des côtes de France/ Chaussée de Sein et passage du Raz de Sein". 1877, Détail. Source: SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine.

 Carte simplement intitulée "Quimper". Levée en 1853, révisée en 1887. Détail. Source: mediatheques.quimper-bretagne-occidentale.bzh

"Atlas des ports de France  Carte de l'Aber-Wrach à Audierne". 1894. Détail. Source: mediatheques.quimper-bretagne-occidentale.bzh

Un signal (aussi appelée pyramide selon la terminologie de l'époque), construit en 1817 par l'ingénieur-hydrographe Beautemps-Beaupré au lieu-dit Roujou, et surtout le phare de Goulénez, construit en 1839 à proximité de la chapelle, constituent évidemment des repères pour la navigation beaucoup plus efficaces que la chapelle Saint Corentin. Elle n'en demeure pas moins sur les cartes marines publiées après ces dates. 

Son utilisation comme repère de navigation n'est évidemment qu'une hypothèse qu'aucun écrit, dans les archives, ne vient confirmer.

Partager cet article
Repost0

Vestiges de tétraèdres à Combrit

Publié le par DL

Sur la plage du Treustel à Combrit (Finistère), la houle a dégagé des vestiges du "Mur de l'Atlantique" constitués de restes de tétraèdres qui étaient enfouis sous le sable, près des bâtiments du centre nautique. Décembre 2019/Janvier 2020.

Les tétraèdres étaient des obstacles de plage destinés à gêner la progression de chars dans le cas d'un débarquement. Comme leur nom l'indique, c'était des éléments composés de 4 triangles en béton armé dont l'un reposait sur le sable.

 Un tétraèdre intact sur la plage de Tréguennec.

Au sommet, une tige de fer supportait une mine. Après la guerre, les plages ont été débarrassées des obstacles de toutes sortes qui les recouvraient ("asperges de Rommel", "hérissons tchèques", "portes belges", etc.). 

Des tétraèdres sont demeurés stockés en haut de certaines plages (Trez Goarem en Esquibien et Tréguennec), certains sont restés en place et se sont enfoncés dans le sable (Plage de Tréogat (1)), d'autres ont été démolis sur place et leurs débris enfouis dans le sable. C'est visiblement le cas sur la plage de Combrit. Ils réapparaissent parfois à l'occasion de démaigrissements de la plage dus à des tempêtes.

Lors de la démolition des blockhaus de la plage de Kermor en 2010, des tétraèdres réapparus lors de grandes marées ont également été détruits.

Liens:

https://www.letelegramme.fr/local/finistere-sud/ouest-cornouaille/plbregion/combrit/plage-du-treustel-les-blockhaus-ont-vecu-04-11-2010-1104576.php

https://rennes.maville.com/actu/actudet_-Les-blockhaus-de-la-plage-du-Treustel-a-Combrit-en-train-d-etre-demolis_-1573975_actu.Htm

Partager cet article
Repost0

1 2 3 4 5 6 7 8 > >>