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archeologie et histoire

La casemate de Karreg Léon

Publié le par DL

A Plouhinec (Finistère), près de la pointe de Karreg Léon, un vestige du Mur de l'Atlantique continue de monter la garde dans l'attente d'une attaque qui n'est jamais venue.

Localisation de la casemate de Karreg Léon, cerclée de rouge sur cette carte topographique de l'Institut géographique nationale. Source: geoportail.gouv.fr

Qu'on la désigne sous le nom de casemate, de bunker ou de blockhaus, il s'agit d'une fortification destinée à s'opposer à un débarquement allié lors de la 2ème guerre mondiale. C'est ce que les allemands appellent un "nid de résistance".

Comme beaucoup d'autres casemates, celle-ci n'est pas dirigée vers le large, mais elle prend en enfilade les plages de Kersiny et de Mesperleuc où l'occupant allemand imagine que pourrait intervenir un coup de force visant à prendre à revers ses installations de Beg ar Grougn qui contrôlent l'entrée du port d'Audierne. Elle est construite à l'automne 1942 (1).

La casemate de Karreg Léon peut prendre sous son feu les plages de Kersiny et de Mesperleuc. Même source que ci-dessus.

Vues depuis le sommet de la casemate, les plages de Kersiny et de Mesperleuc. A l'époque de sa construction, aucune maison, aucune végétation ne gênait la vue.

La casemate de Karreg Léon vue de la plage de Kersiny. 

Cette casemate, comme toutes les installations similaires du Mur de l'Atlantique, est construite par l'Organisation Todt, entreprise de génie civil et militaire du Troisième Reich. Un détachement de cette Organisation Todt (ou OT) est établi au château de Locquéran à Plouhinec au printemps 1942. Sur les chantiers, si l'encadrement est allemand ou belge, la main d'œuvre est française et généralement locale: réquisitionnés, astreints au Service du travail obligatoire (STO) affectés sur place, chômeurs, marins-pêcheurs débarqués, ouvriers intéressés par des salaires importants.

Par souci de rationalisation, les différents types de bunkers sont normalisés de façon à répondre aux besoins des militaires des différentes armes et à s'adapter à leur environnement. 

D'après les plans du modèle reproduits plus loin, cette ouverture dans la face avant de la casemate devait être obturée par une maçonnerie ne laissant passer que la gueule du canon.

Selon Jean-Jacques Doaré, la position de défense de Karreg Léon "comprend une casemate blindée pour canon de 47 mm, un encuvement pour canon de 75 mm et des Tobrouk" (Plouhinec autrefois, Tome I, page 320). Cette description des armements qui auraient équipé cette casemate correspond en fait à deux types distincts de bunkers: le modèle 676 (petite casemate pour (canon de) 47 mm Pak K 36(t)), et le modèle 680 (casemate pour (canon de) 75 mm Pak 40 sans locaux annexes).

Intérieur de la casemate. C'est la chambre de tir où se trouvait le canon.

Compte tenu de son aspect général et surtout de la forme rectangulaire de sa chambre de tir, cette casemate est sans aucun doute du modèle 676 et abritait certainement un canon anti-char de 47 mm. Par ailleurs, lors de sa visite, il n'a été trouvé aucune trace de l'encuvement pour canon de 75 mm mentionné par Jean-Jacques Doaré, ni de plusieurs Tobrouks, mais d'un seul, au sommet de la casemate.

Modèle de casemate 676. Source: https://www.regelbau.dk/ (tous droits réservés)

Les dimensions de ce type de casemate sont: longueur 9,40m / largeur 6,60m / hauteur 4,60m. Sa construction nécessite d'excaver 250m3 et de couler 355m3 de béton, armé par 16 tonnes de fer rond et 2,20 tonnes d'acier profilé (2).

Le tobrouk est un petit bunker circulaire en béton armé, conçu pour accueillir un soldat, en général armé d'une mitrailleuse. C'est un abri ouvert sur l'extérieur dans la partie haute. Cette ouverture permet au soldat d'être en partie protégé et de pouvoir balayer sa zone à défendre d'un simple mouvement circulaire (3). 

Tobrouk au sommet de la casemate de Karreg Léon.

La casemate de Karreg Léon faisait partie du Groupe de défense côtier de Quimper (Küsten Vertedigungs Gruppe, noté KV-Gr Quimper), dont tous les éléments sont identifiés par le code Qu. Cette casemate est codifiée Qu20.  Le Groupe de défense côtier de Quimper comprenait 3 sous-groupes:

- le sous-groupe côtier de Douarnenez allant de la plage de Sainte-Anne-la-Palud (Qu01, en Plonévez-Porzay) à "Audierne Lezarouan" (Qu19, en fait sur Plouhinec);

- le sous-groupe côtier de Plogastel-Saint-Germain allant de la Pointe de Karreg Léon (Qu20) à l'Ile-Tudy (Qu53);

- le sous-groupe côtier de Fouesnant allant de la Pointe de Combrit (Qu54) à  Quimperlé (Qu87).

Baie d'Audierne: localisation d'une partie des casemates des sous-groupes de défense côtiers de Douarnenez (Qu12 à Qu19) et de Plogastel-Saint-Germain (Qu20 à Qu26).

C'est le 894° régiment d'infanterie qui est tout d'abord en charge du sous-groupe côtier de Plogastel-Saint-Germain, et donc de la casemate Qu20 de Karreg Léon. Mais en octobre 1943, ce secteur passe au 800° bataillon nord-caucasien, constitué de 897 anciens soldats de l'Armée rouge ralliés aux allemands par anti-bolchevisme, et commandés par 67 officiers allemands.

Les 1ère, 2ème et 3ème compagnies de ce bataillon (total de 600 hommes) prennent en charge le littoral entre Qu20 Karreg Léon et Qu53 Ile-Tudy Le Treustel. La 1ère compagnie commandée par le lieutenant Kouchakanov a en charge le secteur Qu20 Karreg Léon - Qu25 Penhors.

Les soldats affectés à la casemate de Karreg Léon (une dizaine d'hommes), qu'ils relèvent du 894° régiment d'infanterie ou du 800° bataillon nord-caucasien, logent dans la maison Le Pagne qui a été réquisitionnée, seule habitation dans le secteur de Korn Ero (Jean-Jacques Doaré; Plouhinec autrefois, Tome I, page 320).

Sur cette photographie aérienne du 16 avril 1948, le site de la casemate est cerclé de rouge et la maison Le Pagne est encadrée de rouge. Source: remonterletemps.ign.fr

Les rapports de la population locale avec les soldats allemands restent relativement corrects, mais les soldats caucasiens sèment la peur dans les communes où ils sont affectés par leur brutalité et les exactions qu'ils y commettent. On n'en a pas de témoignages pour Plouhinec, mais Saint-Jean-Trolimon et Pouldreuzic ont eu à subir ceux que la population appelle alors des "sauvages" (4).

Liens:

L'Organisation Todt à Tréguennec

La normalisation des bunkers: Regelbau

La typologie des bunkers

Le modèle de casemate 676 pour canon de 47 mm (site en néerlandais)

Le modèle de casemate 680 pour canon de 75 mm (site en néerlandais)

Le mur de l'Atlantique en Sud Bretagne (magazine 39-45)

Le Groupe de défense côtier de Quimper

Les troupes allemandes dans le Finistère Sud

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Les phares de Trescadec et de Kergadec

Publié le par DL

A Audierne, chacun connaît le phare de Trescadec. Implanté au bord de l'avenue Manu Brusq qui longe la plage de Trescadec, et bien qu'éteint depuis 1972, il est, avec le phare du Raoulic et quelques autres édifices, un des principaux éléments de l'identité de la commune.

Haut de 9,50 mètres, le phare de Trescadec se dresse au centre d'un enclos circulaire en pierre de taille. Comme beaucoup de phares (et plus largement de beaucoup de signalisations maritimes), il n'a d'utilité qu'en relation avec un autre phare, de manière à ce que leur alignement permette aux navigateurs de se situer par rapport à un danger ou, par exemple, à l'entrée d'un port. En l'occurrence, le phare associé à celui de Trescadec est le phare de Kergadec, situé à quelques centaines de mètres plus au Nord. Celui-ci est moins connu que celui de Trescadec parce que situé dans un endroit moins fréquenté, aux confins de la campagne audiernaise.

Cerclés de rouge, les phares de Trescadec et de Kergadec. Photo aérienne IGN. Source: geoportail.ign.fr

Haute de 15 mètres, la tourelle octogonale du phare de Kergadec se dresse au centre d'un enclos rectangulaire en pierre de taille.

L'alignement déterminé par ces deux phares signale aux marins l'entrée de la passe de mauvais temps qui permet d'éviter les écueils de la basse Barzic et de la basse Pouldu (en termes de marine, une basse est un fond rocheux situé à faible profondeur).

La basse Barzic, la basse Pouldu et la Gamelle sur le plan du port d'Audierne levé en 1808 (Pilote français / environs de Brest). Source: gallica.bnf.fr. 

Si ces deux phares ont contribué ensemble à sécuriser les abords du port d'Audierne, ils n'ont pas tout à fait la même histoire.

Toutefois, leur origine commune remonte à une délibération du conseil municipal d'Audierne, le 9 novembre 1851, qui demande l'établissement de deux fanaux à feu fixe dans le port: « Les feux doivent être établis de manière à indiquer la direction de la passe, et l'un d'eux doit être placé à l'extrémité du môle nouvellement construit, afin de faire connaître l'entrée du port. […] L'un des feux étant allumé sur le musoir, l'autre le sera sur un point situé près du jardin de Capucins. ». Le "môle nouvellement construit" est celui du Raoulic (début des travaux en 1847), et la "passe" dont il est ici question, est celle qui se trouve entre la "basse Barzic" et le "plateau de la Gamelle", dangereux récif devant l'entrée du port.

Jusqu'en 1851, pour éviter les écueils de la basse Barzic et de la basse Pouldu, les usagers du port d'Audierne devaient prendre un alignement passant par l'ancienne batterie des gardes côte d'Audierne (grosso modo à la place de l'actuel restaurant Le Grand Large) et un repère (sans doute une pyramide peinte en blanc) situé au pied de l'enclos de l'ancien couvent des Capucins. Pour prendre la passe se trouvant entre la basse Barzic et la Gamelle (ou chenal occidental de la Gamelle), il fallait se fier à l'alignement entre l'ancien corps de garde de Plouhinec situé en face du Raoulic et le moulin de Poulgoazec. 

Sur le plan du port d'Audierne levé en 1808, est figuré l'alignement entre la batterie d'Audierne et l'enceinte des Capucins. Même source que ci-dessus.

Le 1er mai 1853, la Commission des Phares approuve l'établissement des fanaux demandé par la municipalité d'Audierne, et en 1856, le fanal du Raoulic et celui des Capucins sont construits par Baptiste Henry, entrepreneur à Lorient (1).

Le 10 novembre 1865: la Commission de Phares discute du projet d'établissement de 2 amers destinés à baliser le grand chenal du port d'Audierne (entre la basse Barzic et la basse Pouldu). Ces deux amers seront des "pyramides" Il est envisagé de les placer « où se trouvent actuellement les marques dont se servent les pratiques de la localité ». C'est donc qu'il existe déjà des "marques" distantes de 150 mètres qui servent d'amers, mais aujourd'hui, rien n'indique en quoi ces "marques" consistaient. Les représentants de la Marine trouvent ces "marques" trop rapprochées et demandent que les amers soient distants de 1.670 mètres pour déterminer un alignement plus précis. Mais la Commission entend que cette distance soit limitée à 600 ou 800 mètres.

Sur ce plan du port d'Audierne daté de 1874, les feux du Raoulic et des Capucins sont figurés en couleur, ainsi que les pyramides blanches (ici cerclées de rouge) de Trescadec et de Kergadec. Source: SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine) diffusion.shom.fr

Sur ce même plan du port d'Audierne de 1874, est aussi figurée la pyramide blanche qui servait de repère avant l'établissement du feu des Capucins à son voisinage. Détail de l'image ci-dessus.

Le 27 juin 1885, la Commission de Phares examine une pétition des pilotes et marins d'Audierne en date du 5 octobre 1883 demandant la suppression du feu des Capucins et l'installation de 2 nouveaux feux sur l'emplacement des amers de Trescadec et de Kergadec. Au cours de la même séance, il est aussi envisagé par la Commission d'établir un feu sur la plateforme de l'ancien corps de garde, voisin de la pointe du Raoulic, et même de "transporter" le feu des Capucins à Poulgoazec, dans le clocher de la chapelle Saint Julien qui est à reconstruire ! Mais la solution demandée par les marins d'Audierne ayant le soutien du Ministre de la Marine et du Préfet maritime, la Commission s'en remet à l'avis d'une Commission nautique.

Le 13 février 1886, après avis de la Commission nautique, la Commission de Phares approuve l'établissement des 2 feux demandés à Trescadec et Kergadec par les marins d'Audierne, ainsi que la suppression du feu des Capucins. Pour ce faire, il est proposé de transférer à Trescadec la tourelle qui se trouve aux Capucins, et pour Kergadec d'installer l'appareil dioptrique d'un ancien feu de Bénodet dans une cabane en tôle ! Le feu de Trescadec sera établi un peu au Nord de la pyramide qui sert d'amer, et celui de Kergadec à 790 mètres de celui de Trescadec. Ces deux feux ainsi que celui de Raoulic seront desservis par un seul et même gardien.

Des mesures transitoires sont adoptées pendant le transfert du feu des Capucins à Trescadec afin de ne pas perturber la navigation. Aux Capucins, pendant la démolition du phare, un mât est établi 5 mètres plus au Sud. Pour la navigation de jour, ce mât porte comme amer un tableau peint en blanc, et pour la navigation de nuit, il porte un feu provisoire. A Trescadec, ce sont 2 panneaux de planches peints en blanc, de même hauteur que la pyramide supprimée, qui servent d'amer provisoire.

La dépêche de Brest du 20 août 1887. Source: gallica.bnf.fr

C'est fait, la phare des Capucins a été démonté et reconstruit sur la dune de Trescadec. Aucune route ne longe alors la plage, seul un chemin relie le site du phare au hameau de Kergadec (voir le plan qui suit). Pas la moindre maison non plus.

Le 21 janvier 1888: la Commission de Phares approuve la construction d'une pyramide à la place anciennement occupée par le phare des Capucins. La Commission suggère l'utilisation des matériaux provenant de la démolition d'une pyramide déclassée qui existe dans le voisinage. S'agit-il de celle de Trescadec, de celle de Kergadec ou de l'ancienne pyramide des Capucins ?

Sur ce plan du port d'Audierne daté de 1888, les feux de Trescadec et de Kergadec sont en place, approximativement à la position qu'occupaient précédemment les deux pyramides blanches. Source: SHOM

Sur ce même plan de 1888, l'ancienne et la nouvelle pyramides sont figurées devant l'enceinte de l'ancien couvent des Capucins. Détail de l'image précédente.

 La nouvelle pyramide devant l'ancien couvent des Capucins.

Une première villa s'est construite près du phare de Trescadec. Malheureusement, on ne dispose d'aucune photo de la cabane en tôle qui sert de phare à Kergadec au tout début.

En 1902, la cabane en tôle qui sert de phare à Kergadec, est remplacée par une tourelle cylindrique en maçonnerie de 15 mètres de haut.

Une des rares photographies du 2ème phare de Kergadec qui a remplacé la cabane en tôle.

Sur cette autre carte postale, les deux phares de Trescadec et de Kergadec.

Près du phare de Trescadec, de nouvelles constructions apparaissent.

Les deux phares sont électrifiés le 15 novembre 1931, en même temps que celui du Raoulic.

En 1944, les occupants allemands, en préparant leur retraite, détruisent le phare de Kergadec. Le 21 novembre 1950, le phare actuel de Kergadec, construit en béton par l'entreprise Urcun d'Audierne, est mis en service .

Les villégiatures et les commerces garnissent peu à peu le côté Nord de l'avenue qui longe la plage de Kergadec et enserrent le phare.

Le feu de Trescadec est éteint en février 1972. Le phare de Kergadec porte trois feux scintillants blanc (portée 12 milles), vert et rouge (portée 9 milles).

Les deux phares vus du débarcadère de Sainet-Evette.

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Deux ports à Kersiny ?

Publié le par DL

Y aurait-il eu deux ports, jadis, à Kersiny en Plouhinec (Finistère) ? 

La question peut sembler incongrue à ceux qui habitent ou qui connaissent Plouhinec. Pourtant, elle mérite d'être posée.

Aujourd'hui, on connaît ce qui est appelé "le port de Kersiny". Il s'agit, devant le lieu-dit Korn Ero, d'un aménagement consistant en un enrochement qui fait brise-lames et délimite un espace abrité où, à la belle saison, sont amarrées quelques barques de pêcheurs amateurs.

Le "port de Kersiny", de nos jours, devant Korn Ero.

Mais un premier indice laisse penser qu'il a certainement existé un autre "port de Kersiny". En effet, le 2 décembre 2019, des ouvriers viennent d'enlever un vieux treuil de la dune qui borde la plage de Kersiny (d'ailleurs, on devrait plutôt parler de la plage de Trez Perros). Ce treuil, encore fixé à son massif de maçonnerie, se trouvait sur le côté gauche du chemin d'accès à la plage depuis le parking qui jouxte les courts de tennis.

Quelques jours auparavant, un coup de houle avait attaqué le pied de la dune et commencé à dégager ce treuil qui s'y trouvait enfoui jusqu'alors, et qui, dorénavant, présentait un danger pour les promeneurs. 

Dans notre secteur, qui dit "treuil sur le littoral", dit" barques à haler au sec pour les mettre à l'abri". On connaît notamment d'anciens treuils qui ont été conservés comme celui de Pors Poulhan en Plouhinec ou celui de Pors Tarz en Primelin qui servaient aux pêcheurs professionnels à remonter leurs bateaux sur des terre-pleins. A Kersiny, on ne connaît pas de terre-plein à cet endroit, le sable du haut de la plage devait paraître suffisant aux usagers.

Faute de témoignage direct sur l'existence d'un port à cet endroit de la plage de Kersiny (ou de Trez Perros), il reste à explorer les archives. En premier lieu, ce sont celles de l'Institut Géographique National (IGN) qui nous apportent un début de confirmation. Sur une photographie aérienne du 26 septembre 1929, on distingue ce qui devait être des barques de pêcheurs, à la fois près de Korn Ero, et devant ce qui est encore aujourd'hui le chemin d'accès à la plage de Kersiny.

Sur cette photo aérienne du 26 septembre 1929, on distingue, cerclés de rouge, deux groupes de barques. Source: remonterletemps.ign.fr

Détail de la photo, précédente.

Des pêcheurs auraient donc choisi la plage de Kersiny comme site d'échouage et comme abri (d'après cette photo de 1929, 4 barques à Korn Ero et 3 plus à l'Est).

La presse ancienne nous apprend par ailleurs que la petite anse qui se trouve devant la plage de Kersiny sert de mouillage et d'abri à des marins.

Article de l'Union agricole et maritime du 1er février 189. Source: archives départementales du Finistère.

Dans cet article de l'Union agricole et maritime du 1er février 1891 relatant un naufrage, il ne fait pas de doute que "la petite baie située à l'est de la pointe de Crémenec ... à un mille dans l'E.S.E. de l'entrée du port" est celle qui se trouve devant la plage de Kersiny. L'article nous précise que cette baie est un "mouillage assez fréquenté par les marins qui, par les vents d'est, de sud-est et même de nord-est, sont retenus en baie". Si rien n'assure qu'il existait déjà un treuil à cette époque, on voit que des marins venaient s'y mettre à l'abri dans certaines conditions météo.

Ces marins étaient-ils des pêcheurs locaux ? Il a été possible de retrouver un seul nom, mentionné à propos d'un incident survenu à Audierne 30 ans avant la photo aérienne ci-dessus: Clet Poulhazan, "pêcheur à Kersiny", qui comptait Jean Jaffry dans son équipage.  

Article paru dans le Courrier du Finistère du 2 décembre 1899.

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Le feu de la falaise du Raz.

Publié le par DL

La pointe du Raz en Plogoff (Finistère), son sémaphore, sa statue de Notre Dame des naufragés, les phares de la Vieille et de Tévennec, le panorama souvent époustouflant du Raz de Sein, et au loin, juste posée sur l'océan et parfois à peine visible dans la brume, l'île de Sein.

Le regard et l'esprit sont captés, happés par le spectacle grandiose de l'affrontement de cette extrémité minérale du continent avec l'infini d'un océan turbulent et parfois déchaîné.

Alors on fait à peine attention à cette maçonnerie qui surplombe la falaise Sud de la pointe, et qui se termine par une petite plate-forme cylindrique équipée d'un garde-corps. Au mieux, on s'en sert comme d'un point d'observation du panorama ou d'un site pour faire des selfies.

Mais cette modeste construction a une histoire étroitement liée à celle de la pointe du Raz et à la navigation particulièrement dangereuse dans le Raz et sur la Chaussée de Sein. Cette construction a porté le "feu de la falaise du Raz".

En matière maritime, un feu est une lumière de signalisation émise par un bateau, un phare, une tourelle, une balise ou une bouée (1). Et justement, c'est une tourelle qui a servi de signalisation à cet endroit pendant une courte période à la fin du 19° siècle.

Si des feux ont été établis sur les côtes françaises dès le début du 17° siècle (phare de Corduan dans l'estuaire de la Gironde), c'est véritablement en 1825 qu'un programme de construction et de modernisation de 50 grands phares est adopté par la Commission des Phares pour "éclairer les côtes de France" (2).

Dans notre secteur, la priorité est alors de signaler la Chaussée de Sein et ses dangers. Lors de sa réunion du 1er novembre 1833, la Commission des Phares "adopte le programme d'étude des projets d'établissement d'un phare sur le Bec du Raz et d'un autre sur l'île de Sein dont l'alignement marquerait la limite de la Chaussée de Sein". 

Le 23 décembre 1838, la Commission des Phares décide d'un délai de 4 mois entre l'annonce aux navigateurs de la création des phares et leur mise en activité

Le phare de Goul Enez (ou Grand Phare en français) est construit et allumé en 1839 à la pointe Nord-Est de l'île de Sein (3).

Le premier grand phare de l'île de Sein. Il sera détruit en 1944 par les allemands.

Un phare à feu fixe est construit et allumé également en 1839 sur le Bec du Raz (maintenant appelé Pointe du Raz) (4).

Le phare du Bec du Raz. 1873. Source: Ecole nationale des Ponts et Chaussées. Tous droits réservés.

Dès 1860, la nécessité d'améliorer la signalisation dans le Raz de Sein, fréquenté par les pêcheurs, s'impose. Le site retenu pour la construction d'un phare entre la pointe du Raz et l'île de Sein est le rocher de Gorlebella rebaptisé la Vieille (4)

Le Raz de Sein. Extrait de la "Carte particulière de la Chaussée de Sein et du Passage du Raz de Sein" levée et dressée en 1817 par les Ingénieurs hydrographes de la Marine. En haut le rocher de Tévennec, à gauche l'île de Sein, au centre le rocher de Gorlébella, à droite, le Bec du Raz. Source: gallica.bnf.fr

Un avant projet est présenté en 1862, mais on retarde sa mise en œuvre en raison des difficultés rencontrées dans la construction du phare d'Ar Men sur la Chaussée de Sein, débutée en 1867. En effet, les ouvriers chargés de bâtir Ar Men ne peuvent y travailler que très occasionnellement, le récif retenu pour sa construction n'émergeant pas des flots de façon permanente (5). Pour occuper les ouvriers, on décide de leur faire construire un phare sur le rocher de Tévennec qui servira à l'éclairage du Raz de Sein en attendant la mise en service du phare de la Vieille (4). Commencée en 1869, la construction de Tévennec s'achève 5 ans plus tard et le feu est allumé le 15 mars 1875 (6).

Tévennec. Plan du rocher et de ses abords - M. Joly, ingénieur ordinaire. mars 1869. Source: collection de plans de phares et balises / Archives départementales du Finistère.

Afin de compléter la signalisation maritime dans le Raz de Sein, simultanément à la construction de Tévennec, un feu est établi à flanc de la falaise du Bec du Raz, sur une tourelle en tôle supportée par un massif de maçonnerie, de telle façon que l'alignement du phare du Bec du Raz et de la tourelle pointe sur l'écueil de la Plate, au Sud-Ouest de Gorlebella. Ce massif de maçonnerie qui supporte la tourelle, c'est celui en photo au début de cet article.

La maçonnerie qui supportait la tourelle du "feu de la falaise du Raz" aujourd'hui. A droite, le phare de la Vieille et la tourelle de la Plate (aussi appelée "Petite Vieille"). Sur l'horizon, l'île de Sein.

Dans sa séance du 5 décembre 1874, la Commission des phares décide de l'avis qui sera donné aux les navigateurs: « Les navigateurs sont prévenus qu'à partir du 15 mars 1875, deux nouveaux feux seront allumés pendant toute le durée des nuits pour éclairer le Raz de Sein. Le premier de ces feux sera installé au sommet d'une tour carrée en maçonnerie récemment construite sur l'îlot de Tévennec. Il sera scintillant à courtes éclipses se succédant de 4 en 4 secondes.[…] Le second feu, dit de la Falaise du Raz, sera installé au sommet d'une tourelle en tôle établie à 200 mètres du phare de la pointe du Raz, sur la ligne dirigée de ce phare vers l'écueil de la Plate. Il sera fixe blanc, mais il n'éclairera que deux secteurs, l'un vers l'ouest, compris entre le S.69°0 et le N.68°0, l'autre compris entre le N.40°0 et le N.10°0 […] Hauteur du foyer au-dessus du sol 8 mètres, au-dessus du niveau des plus hautes mers 63 mètres. […] Les phares du Raz et de l'île de Sein continueront à être allumés comme par le passé et à éclairer dans toute l'étendue de l'horizon. » (7)

La tourelle du "feu de la falaise du Raz". 1883. Sur la droite, on aperçoit la lanterne du phare de la pointe du Raz. Source: Les travaux publics de la France / Phares et balises. http://www.collections.musee-bretagne.fr/

Le feu d'Ar Men est mis en service en août 1881 et on peut donc passer à la construction de celui de la Vieille. Après des études de faisabilité commencées en 1879,  les travaux démarrent en août 1882, et le phare est allumé le 15 septembre 1887 (8).

Le phare de la Vieille. Vue générale de l'ouvrage. Source: collection de plans de phares et balises / Archives départementales du Finistère.

Les feux du phare de la pointe du Raz et de la falaise du Raz sont alors éteints. La tourelle en tôle est démontée et le phare est transformé en sémaphore. Une tourelle construite à partir de 1886 et mise en service en 1896 sur l'écueil de la Plate viendra compléter le dispositif de signalisation (9).

Sur cette carte postale, on distingue le massif de maçonnerie de l'ancienne tourelle.

Détail de la carte postale ci-dessus.

D'autres cartes postales montrent le soubassement de l'ancienne tourelle du "feu de la falaise du Raz".

Aujourd'hui, la petite plate-forme, sécurisée par un garde-corps, porte encore l'empreinte de la tourelle en tôle.

Pour conclure, on peut noter que ce modeste feu de la falaise du Raz est mentionné dans "L'épave du Cynthia", roman publié par Jules Verne et André Laurie en 1885 (10).

 

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L'épave de la palud de Pellan en Plozévet.

Publié le par DL

A Plozévet (Finistère), au niveau de la palud de Pellan, une grosse pièce métallique gît sur le cordon de galets. Février 2020.

Et au même niveau, à quelques encâblures en mer, d'autres objets émergent, dont une sorte d'énorme citerne.

Il s'agit de ce qui reste de l'épave du VP 721, ou Vorpostenboot 721, navire de la Kriegsmarine, échoué le 23 août 1944 après un combat contre une force navale anglo-canadienne.

Voici des éléments de l'histoire de ce navire.

Etonnamment, bien qu'il ait achevé sa carrière militaire sous les couleurs allemandes, ce navire n'a pas été construit en Allemagne, mais aux Pays-Bas par la Nederlandsche Scheepsbouw Maatschappij, basée à Amsterdam. Avant la 2ème guerre mondiale, cette société fondée en 1894 est la plus importante entreprise de construction navale néerlandaise (1).

Chantier naval Nederlandsche Scheepsbouw Maatschappij - Lancement du paquebot Christiaan Huygens  le 28 septembre 1927. Photo Gustaaf Oosterhuis /Collection de la Dutch Dock and Shipbuilding Company

Avant guerre, cette compagnie néerlandaise construit des navires pour l'URSS, dont les chantiers navals ne se sont pas relevés après la révolution de 1917. Elle livre notamment les paquebots Josef Staline et Vyasheslav Molotov, destinés à desservir une ligne entre Leningrad, Helsinki, Stockholm et Londres (2). En 1939, Nederlandsche Scheepsbouw Maatschappij entreprend également la construction de chalutiers à vapeur pour le compte de l'URSS. 

Bien que les Pays Bas se soient déclarés neutres dans le conflit qui éclate en 1939 entre l'Allemagne, l'Angleterre et la France, la Wehrmacht envahit le pays le 10 mai 1940. La marine de guerre allemande fait alors main basse sur tous les navires encore sur place, dont deux chalutiers à vapeur destinés à l'URSS, encore en chantier, jaugeant 584 tonnes et mesurant 61 mètres .  

Photos de l'un des deux chalutiers à vapeur destiné à l'URSS en cours de construction par  Nederlandsche Scheepsbouw Maatschappij. Source: Musée maritime national néerlandais.

Les deux chalutiers, alors simplement dénommés "neubau 307" et "neubau 308" (littéralement "nouveau bâtiment"), sont armés et intégrés par la Kriegsmarine à la 7° Vorpostenflottille.

La 7° Vorpostenflottille (en français littéralement "flottille d'avant-poste") est créée en septembre 1939 avec 8 chalutiers à vapeur allemands et opère en Baltique. Ultérieurement, cette flottille sera transférée dans l'Atlantique et basée à Brest (3). Au cours de la durée de la guerre, c'est un total de 30 navires qui lui seront affectés, immatriculés de VP 701 à VP 730. La plupart sont des bateaux de pêche provenant de prises de guerre réalisées dans les ports des pays conquis par l'Allemagne (4). C'est le cas pour cinq chalutiers de Boulogne-sur-Mer, un de Fécamp, un de Dieppe et un de La Rochelle (l'ancien Marie-Simone dont l'histoire est détaillée sur ce blog (5)). Le navire qui nous intéresse, anciennement "neubau 308"  et confisqué en Hollande au début de la guerre, est immatriculé VP 721. 

Flottille de Vorpostenboot en Mer du Nord. 1939. Source: https://www.akpool.de/

Le rôle essentiel des unités de la 7° Vorpostenflottille est de guider les sous-marins (U-booten) de l'importante base de Brest lors de leurs entrées et sorties de la rade pour éviter les mines allemandes, et de protéger les submersibles en détectant et en détruisant les mines larguées dans le goulet par les aviations anglaise et américaine, en particulier en 1944 (6). Certaines unités de cette flottille seront détruites lors de combats et d'autres seront affectées à d'autres flottilles. Au début de 1944, la 7° Vorpostenflottille ne comptera plus qu'une vingtaine d'unités. Après le débarquement en Normandie du 6 juin 1944, les forces alliées progressent en direction de la la pointe de Bretagne.

D'après le site http://brepaves.free.fr/, la photo ci-dessus serait celle du VP 721 (X).

C'est à l'occasion d'une de ses missions que le VP 721 est, semble-t-il pour la première fois, impliqué dans un combat naval. Dans la nuit du 5 au 6 août 1944, les VP 715, 719 et 721 qui escortent les U-Booten 212 et 309 à la sortie de la rade de Brest, sont attaqués par les destroyers canadiens Qu'Appelle, Restigouche, Saskatchewan et Skeena de l'Escort Group 12 (7 & 8). Les sous-marins parviennent à s'échapper et il y a des dommages importants de part et d'autre: les destroyers Qu'Appelle et Restigouche sont touchés et déplorent des morts et des blessés, et Saskatchewan déplore un tué, tandis que le VP 715 est coulé, et que le VP 721, touché et qui fait eau, est remorqué par le Sperrbrecher 135 (un forceur de blocus) jusqu'à Brest où il sera remis en état (9). Il est à noter que, selon une autre source, ce sont les VP 713, 715, 728 et 729 qui accompagnaient les deux U-Booten (10). C'est cette autre version de cet affrontement qui figure dans l'article consacré à la Marie-Simone (11).

U-203 de même type VIIC que les U-212 et U-309 qui quittèrent Brest dans la nuit du 5 au 6 août 1944. Source Wikiwand.com (12)

Le 7 août, les troupes américaines arrivent devant Brest dont le port constitue un objectif stratégique à plus d'un titre. Tout d'abord, pour les alliés, il est nécessaire de neutraliser la base sous-marine d'où les U-booten allemands partent traquer les convois de transport dans l'Atlantique. Par ailleurs, pour les alliés, disposer de ce port en eaux profondes permettrait d'acheminer matériels et approvisionnements directement sur le continent depuis les Etats Unis sans passer par l'Angleterre. 

L'artillerie du VIII° Corps d'armée des Etats Unis commandé par le général Troy Middleton et les aviations anglaise et américaine bombardent Brest dont les installations portuaires subissent d'importants dommages.

Brest 1944. Dans une forme de radoub, un Sperrbrecher (forceur de blocus) de la Kriegsmarine. Source: hors série Navires et histoire n° 31. Photo ECPAD (13)

De son côté, l'Amirauté britannique a conçu l'Opération Kinetic: la Navy, épaulée par la marine canadienne, opère sur la côte atlantique pour bloquer les ports occupés par la Kriegsmarine, et en particulier ceux qui abritent une base sous marine: Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Pallice, Bordeaux. Il faut non seulement s'opposer aux attaques de U-Booten sur les convois alliés, mais aussi chasser les sous marins allemands qui échapperaient à la Navy vers la Norvège pour limiter leur champ d'action. 

Vers la fin du mois d'août 1944, pratiquement tous les sous-marins allemands des flottilles n° 1 et n° 9, basées à Brest, ont quitté ce port. Le dernier sous-marin partira en septembre. En revanche, il reste quelques uns des navires qui étaient chargés de la protection et de l'accompagnement de ces sous-marins: chasseurs de mines et  Vorpostenbooten, dont certains ont été abrités en juin et juillet pour révisions dans le U-bunker (14). Le 22 août 1944, il ne reste plus que 13 Vorpostenbooten à Brest. 

La presque totalité des sous-marins allemands a quitté Brest, ce qui met fin, de fait, à la mission essentielle de la 7° Vorpostenflottille, qui était d'assurer la sécurité de ces submersibles. Si le sort de la base navale de Brest paraît scellé face à l'offensive alliée, le commandement de la marine allemande pense pouvoir poursuivre la guerre sous-marine à partir des autres bases de la côte atlantique. Il est donc décidé de transférer de Brest à Lorient des forceurs de blocus (Sperrbrecher) et des Vorpostenbooten.

Dès le 11 août un premier convoi composé du Sperrbrecher 157 et des Vorpostenbooten VP 719 et 720 (ex "neubau 307" et jumeau du VP 721) est mis en route vers Lorient. Ce convoi est intercepté devant les côtes du pays bigouden par l'Escort Group 12 composé cette fois des destroyers Allbrighton (britannique), Qu'Appelle, Restigouche, Skeena et Assiniboine (canadiens). Si le Sperrbrecher 157 parvient à s'échapper, le VP 720, touché, s'échoue sur la plage de Tréguennec, à proximité de l'usine de concassage de galets de Prat ar C'hatell, et le VP 719, également gravement endommagé, parvient à regagner Brest (15).

Destroyer canadien HMCS Qu'Appelle. Source: https://readyayeready.com/

Bien que les radars allemands installés à la Pointe du Raz aient été détruits, la Kriegsmarine n'ignore sans doute pas la présence des navires anglais et canadiens qui patrouillent maintenant dans le Golfe de Gascogne entre l'embouchure de la Gironde et la chaussée de Sein. Mais elle décide de risquer le tout pour le tout et tente de transférer à Lorient d'autres unités de la 7° Vorpostenflottille. Deux nouveaux convois sont programmés pour la nuit du 22 au 23 août 1944. Le premier est composé des VP 711 (ex Senator Predhöl), VP 717 (ex Alfred III) et VP 729 (ex Marie-Simone), les moins rapides. Le second convoi, qui appareille une heure et demie plus tard, est composé des VP 702 (ex Memel)(16), VP 719 (ex neubau 240), réparé à Brest après le combat du 11 août, VP 721 (ex neubau 308) et VP 730 (ex Michel-François).

Le VP 730 à l'époque où il s'appelait Normandie (port de Fécamp) avant d'être rebaptisé Michel-François (port de Boulogne/mer) puis VP 730. Source: https://www.wrecksite.eu/ (17)

C'est la Force 27 qui patrouille devant la côte cette nuit-là dans le cadre de l'Opération Assaut, nouveau nom de l'Opération Kinetic. Elle est composée du croiseur britannique Mauritius et des destroyers canadiens Ursa et Iroquois. Le premier convoi allemand est repéré par le radar de l'Iroquois dès qu'il passe la pointe du Raz et entre dans la baie d'Audierne. Le destroyer canadien tire ses premiers obus à 2 h 09, et à 2 h 45, le sort du premier convoi est scellé. On trouvera le détail de ce premier combat dans l'article consacré à l'épave du Marie-Simone (18).

Toutes les indications relatives à ces combats des 22 et 23 août 1944 en baie d'Audierne sont tirées de l'article d'Alain Le Berre dans la revue Cap Caval n°2 (19)

Le fracas provoqué par ce premier accrochage et la lueur des incendies qui ont embrasé les VP 711 et VP 717 n'ont pu échapper au second convoi quand il franchit à son tour la pointe du Raz. Une heure et demie après le premier convoi, il s'engage pourtant dans le piège que constitue alors la baie d'Audierne où la Force 27 est toujours à l'affût.

Le destroyer canadien Iroquois ouvre le feu sur le second convoi un peu après 4 heures devant Plouhinec. Le VP 702 (ex Memel), qui ferme le convoi, fait alors demi-tour en direction d'Audierne et se jette sur le haut-fond de la Gamelle où les VP 711 et 717 se sont échoués deux heures plus tôt. L'Iroquois atteint le VP 719 (vraisemblablement dans la soute à munitions), qui chavire sur le platier de Penhors en Pouldreuzic. 

Le destroyer canadien Iroquois. Source Wikipédia.org

Le VP 730 (ex Michel-François) fera aussi demi-tour en direction d'Audierne, sans doute en vue de s'y échouer comme l'a fait le VP 729 (ex Marie-Simone). Mais il vient heurter une des épaves des patrouilleurs déjà échoués sur la Gamelle, et finit par sombrer face au chenal d'entrée du port d'Audierne.

Avant cela, le VP 721 (ex neubau 308), canonné par les navires alliés, en flammes, s'échoue volontairement sur les rochers en face de Pellan en Plozévet. Malgré qu'il soit hors de combat, le destroyer Ursa s'approche et tire encore quelques obus.  

Le VP 721 échoué sur la côte de Pellan après la Libération. On distingue des gens au pied du navire. Source: on trouve cette photo sur deux sites: "La vie plozévetienne pendant la guerre 39-45" (20) et http://plozevet.hp.free.fr/ (21)

Il y a de nombreux morts et blessés sur le bateau allemand. Des riverains, accourus au petit matin, aideront les survivants à se mettre au sec. Les corps de brûlés et de noyés sont étendus sur le cordon de galets de Pellan. Dans un premier temps, ils seront enterrés à Prat Meur, à Ménez Gored ou au Gored, avant d'être inhumés dans le cimetière de Plozévet. Entre le VP 719 coulé à Penhors et le VP 721 échoué à Pellan, on dénombre plus de trente morts, non compris ceux restés dans le VP 719. Les 119 valides et blessés allemands seront pris en charge par les FFI des sections de Plozévet (82) et de Plogastel-Saint-Germain (37). 

Dès que les marées permettront d'atteindre l'épave du VP 721 à pied sec, elle sera pillée par la population qui récupérera non seulement objets et matériels qu'elle contient, mais jusqu'aux tôles de la carcasse. 

Aujourd'hui, c'est la mer qui poursuit, marée après marée, tempête après tempête, la destruction de ce navire.

Cet élément s'avère être la chaudière du VP 721. 

Liens:

Le VP 721 vu par le projet Plozarch

Le VP 721 sur le site brepaves.free.fr

L'épave du Vorpostenboot 721 sur le site de Jim Jackaman

Le V 721 sur le site wrecksite.eu

Le V 721 sur le forum "bretagne 39-45"

La bataille de la baie d'Audierne sur Wikipédia

Les batailles navales de la baie d'Audierne d'août 1944 sur othpb

Combats navals en baie d'Audierne sur zomards.free.fr

Listes des Vorpostenflottille 39-45

Plozévet à l'heure allemande - Pierre Le Guellec

La côte de Plozévet par l'association Histoire et Patrimoine de Plozévet

 

 

 

 

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