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archeologie et histoire

Vestiges d'un atelier de salaison à Cléden-Cap-Sizun

Publié le par DL

A l'extrémité Nord de la plage de la Baie des Trépassés à Cléden-Cap-Sizun (Finistère), un ensemble de pierres dans la falaise ne paraît pas naturel.

Certaines semblent être des dalles plates, "taillées", et disposées horizontalement en deux couches superposées. Elles sont surmontées de pierres plus petites, de taille uniforme, elles-mêmes disposées en couches régulières qui font penser à ce que les archéologues appellent du "petit appareil". 

Ces structures, apparues en octobre 1977 à la suite d'un effondrement de la falaise provoqué par une tempête et une grande marée, ont attiré l'attention d'un habitant qui les a signalées à la Direction des Antiquités Historiques de Bretagne. Elles ont alors fait l'objet d'une fouille entre le 10 et le 15 octobre 1977 par Jean-Paul Gobert et Marc Ballan (1).

Cette fouille a révélé que les niveaux de pierres plates sont en fait au nombre de trois (actuellement, depuis l'estran, on ne distingue que deux niveaux) et constituent une assise pour le reste de la structure. Ces pierres plates reposent elles-mêmes sur une épaisse couche de gros galets et de pierraille intentionnellement disposée pour drainer l'eau de la nappe phréatique qui s'écoule maintenant par la buse en ciment que l'on voit sur la première photo.

Perspective cavalière du volume du sondage avent fouille. CLEDEN-CAP-SIZUN "Baie des Trépassés". RAPPORT DE FOUILLES. Source: bibliothèque numérique du Service Régional de l'Archéologie de Bretagne.Tous droits réservés.

Les chercheurs ont réalisé un sondage de 2,50 m X 2,50 m dans le sable dunaire d'origine éolienne qui avait comblé cette structure. Un des côtés de ce sondage est constitué par le parement externe d'un mur épais de 90 cm (ce n'est pas précisé dans le rapport de fouille, mais ce parement externe est sans doute représenté par les couches régulières de petites pierres que l'on voit, encadrées de rouge sur les photos qui précèdent). La fouille permet d'estimer la hauteur de ce mur à environ 4 mètres.

Sur cette photo, on constate que les pierres plates, ici signalées par les flèches, sont parfaitement alignées, et que le soubassement qu'elles constituaient s'étend jusqu'au niveau de la buse de drainage en ciment. 

L'ensemble de la structure mise au jour fait penser aux fouilleurs à un établissement de salaison semblable à celui de Plomarc'h Pella à Douarnenez (Jean-Paul Gobert, à l'époque vacataire à la Direction des Antiquités Historiques de Bretagne, a lui-même participé à la fouille de cet établissement de Plomarc'h Pella en août 1977, soit 3 mois avant la fouille de la Baie des Trépassés).

D'ailleurs, la fouille met au jour des charbons, des tegulae cassées (dans l'Antiquité, les tegulae étaient des tuiles plates destinées à couvrir les toits) et des pierres noircies portant des traces d'un  feu violent. Cela évoque la présence d'une toiture ayant abrité cette structure, comme c'était le cas pour l'établissement de Plomarc'h Pella (2). 

Restitution de la toiture de l'établissement de Plomarc'h Pella. "L'établissement antique de Plomarc'h Pella à Douarnenez". Jean-Pierre Bardel. dans Aremorica (3). Tous droits réservés. 

Cette toiture, à la Baie des Trépassés, pourrait donc avoir été détruite par un incendie. Sous la couche contenant ces débris se trouve un sol dallé de carreaux de terre cuite. 

Les deux chercheurs n'ont relevé aucune trace d'occupation, ni domestique, ni industrielle et en ont conclu que cet édifice ne semblait pas avoir été utilisé.

Curieusement, alors que cet unique rapport de fouille de 1977 ne fait aucune mention d'un enduit qui aurait recouvert les murs de la structure, et qu'il n'y est explicitement question que d'une seule fosse, ce site est mentionné dans une étude d'Aude Leroy publiée en 2003 qui lui attribue 2 "bassins" avec enduit (4).

Les sites de plage. Aude Leroy. "Les ateliers de salaison antiques en Baie de Douarnenez". Revue archéologique de Picardie. 2003.

Illustration de l'étude d'Aude Leroy. Tous droits réservés.

La fouille et la description trop succinctes de ce site ne permettent pas de se faire une opinion très nette sur la nature de cette construction. Toutefois, par sa localisation sur une falaise dominant l'estran, comparable à celle d'autres sites de la baie de Douarnenez (Plomarc'h Pellan et Kerlaz-Lanévry notamment), par ses dimensions apparentes, et en particulier sa profondeur, cette construction semble bien avoir fait partie d'un atelier dans lequel, à l'époque gallo-romaine, on confectionnait des sauces à base de poissons comme le garum (5). 

 

 

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Des viviers à Pors Poulhan

Publié le par DL

Lorsqu'on parcourt le chemin de grande randonnée GR34 entre la Pointe du Souc'h et Pors Poulhan en Plouhinec (Finistère), on peut remarquer, au pied du feu, des vestiges de maçonnerie depuis le haut de la falaise jusqu'à l'estran où elles sont noyées à chaque marée.

C'est ce qu'il reste d'anciens viviers, ou plus exactement de "réservoirs à crustacés" comme ils étaient appelés au tournant des 19° et 20° siècles.

Il faut reconnaître qu'on ne sait pas grand chose sur ces viviers de Pors Poulhan. C'est Jean-Jacques Doaré, dans son ouvrage "Plouhinec Autrefois", qui nous en dit le plus. 

C'est un certain Eugène Courtois, négociant-industriel à Audierne, qui fait une demande d'occupation du domaine maritime en 1896 pour construire un "réservoir à crustacés", demande accordée en mars 1897. 

Le choix de ce site ne doit rien au hasard. En effet, à cette époque, l'anse de Pors Poulhan sert d'abri à de petits bateaux dont les équipages se livrent à la pêche aux crustacés, principalement homards et langoustes.

Sous l'influence de pêcheurs paimpolais et camarétois, cette pêche aux crustacés s'était tout d'abord développée à l'île de Sein à partir des années 1850, avant de se répandre dans le Cap Sizun où des viviers sont construits en 1883 dans la crique de Porz Tarz en Primelin.

A Pors Poulhan, les viviers sont établis dans deux grottes marines contigües que l'on ferme par d'épaisses maçonneries.

Extrait de "La pêche maritime: son évolution en France et à l'étranger". J. Kerzoncuf. 1917

Vue depuis le haut de la falaise, l'épaisse maçonnerie qui ferme la grotte principale de Pors Poulhan.

Sur cette carte postale, on distingue la maçonnerie qui ferme la grotte principale transformée en "réservoir à crustacés". 

Détail de la carte postale précédente.

A quoi servaient les autres maçonneries que l'on voit encore aujourd'hui sur l'estran ? Il est bien difficile de l'imaginer.

Qui était donc cet Eugène Courtois qui a fait construire ces viviers ? Il est bien difficile à cerner. Notamment, il n'existe pas de généalogie le concernant personnellement sur le site Internet geneanet.org. On trouve seulement, dans les actes d'état civil d'Audierne de 1881, la mention d'un Eugène Courtois, industriel âgé de trente ans, résidant "sur le Grand quai", qui est témoin lors de la déclaration de naissance d'une petite Adélaïde Guillou, fille de François Marie Guillou, soudeur, et de Gracieuse Maillu, sans profession.

Lors du recensement de 1881 à Audierne, une famille Courtois (Athanase, 33 ans, douanier et Marie Quillivic, 29 ans ménagère et leurs enfants), réside Grande rue, mais rien ne permet de la relier à "notre" Eugène Courtois. 

Jean-Jacques Doaré, dans son ouvrage "Plouhinec Autrefois", qui nous dit que, par ailleurs, en 1881, Eugène Courtois créée des parcs à huîtres dans le lit du Goyen aux lieux-dits Roz ar Garrec, anse Rivet et anse du Stum. En outre, toujours en 1881, avec il se propose, avec Antoine Batifoulier, hôtelier à Audierne, de faire construire une fontaine et un lavoir entre le château de Locquéran et le pont d'Audierne.

Un commerçant de Pors Poulhan, Henri (Frédéric Charles) Colin obtient la concession de ces viviers qui seront en service jusqu'en 1920.

Henri Colin, déclaré matelot au registre matricule de recrutement (classe 1898), est cultivateur lorsqu'il épouse Anne-Marie Goyat en 1903, puis il se déclare successivement boulanger et commerçant. 

On ne sait pas précisément à quoi est dû l'abandon de ces viviers. La raréfaction de la ressource locale en crustacés (qui poussera certains pêcheurs à partir sur les côtes anglaises, et plus tard sur celles du Maroc et de Mauritanie), la difficulté d'accès aux grottes, la motorisation des déplacements qui permettra d'envoyer rapidement les crustacés à Audierne ... peut-être tout cela à la fois.

Sur cette photo aérienne du 7 mai 1963, les deux grottes contigües qui servirent de "réservoirs à crustacés". Source: remonterletemps.ign.fr

 

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Le moulin à marée de Pen ar Veur

Publié le par DL

Quand on parcourt le chemin de grande randonnée GR 34 entre le port de Loctudy et celui de Pont-l'Abbé (Finistère), on passe forcément sur la digue qui barre l'étang du Suler.

La digue qui barre l'étang du Suler à marée haute.

Au pied de cette digue et contre elle, à marée basse, on peut remarquer les vestiges d'un bâtiment. C'était un moulin à marée.

Les vestiges du moulin à marée basse.

Les mêmes vestiges à marée haute.

Tout près, un panneau fournit quelques explications sur l'histoire du moulin à marée de Pen ar Veur.

Le sens du toponyme Pen ar Veur est discuté. Si le premier élément Pen (tête, bout, extrémité) ne prête pas à controverse, pour le déterminant ar Veur, l'Office public de la langue bretonne semble pencher pour le mur ou la muraille, tandis que, localement, on le traduirait par la vache (veur serait une évolution de vuoch)

Il y avait donc un moulin à marée à cet endroit. Il est parfois appelé le moulin du Suler, le Suler étant un village voisin qui a aussi donné son nom à l'étang (ce toponyme Suler ou Suller est bien celui du village voisin, non pas celui du moulin, contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là). 

En fait, cet étang est un petit bras de mer rempli par la marée deux fois par jour. A une date incertaine, mais probablement au 17° siècle, le propriétaire du château et du domaine de Kerazan a fait barrer ce bras de mer par une digue, et fait construire un moulin à cet endroit pour profiter de l'énergie fournie par le reflux de la mer quand elle descend.

Sous l'ancien régime, la possession d'un pigeonnier ou d'un moulin est un privilège de la noblesse qui en confie l'exploitation à un meunier par un contrat de fermage. A ce privilège s'ajoute l'obligation faite aux personnes sous la dépendance d'un seigneur d'aller faire moudre leur grains exclusivement au moulin de celui-ci. C'est "le moulin banal" et on appelle cette obligation la "suite des moulins". En juillet 1787, dans le bail de la métairie de Kerazan qui est consenti à Alain Le Glas et Catherine L'Hénoret, obligation leur est faite de «suivre l'un des moulins à mer de Kerazan

Cerclée en orange, la localisation de l'ancien moulin de Pen ar Veur. Cerclé de rouge, le manoir de Kerazan. Cerclé de vert, un autre étang qui servait également à faire fonctionner un moulin à marée. Carte topographique de l'Institut géographique national. Source: geoportail.gouv.fr

Une source indique que ce moulin serait cité dans un aveu de 1609 (1). A cette date, le domaine de Kerazan appartient à la famille de Kerfloux. Puis on trouve trace de baux concernant ce moulin à partir de 1658 (2), alors que le château et le domaine sont passés à la famille Drouallen. La même source que ci-dessus ajoute qu'en 1718, Yves-René Le Gentil de Rosmorduc, devenu seigneur de Kerazan par son mariage avec Marie-Anne-Josèphe Drouallen, fit remplacer le vieux moulin de Pen ar Veur par un autre, à la fois plus grand et plus perfectionné.

Ce moulin à marée de Pen ar Veur n'est pas le seul qui dépende du domaine de Kerazan. Outre les moulins à vent de Kergolven et de Penanprat, un autre moulin à marée est établi sur un autre bras de mer proche du village du Dourdy.

Dans les archives d'ancien régime du domaine de Kerazan, comme dans celles de l'administration municipale du 19° siècle, le moulin à marée de Pen ar Veur et celui du Dourdy sont respectivement appelés le Grand Moulin (en breton ar Veilh Vras) et le Petit Moulin (en breton ar Veilh Vihan).

La digue du Petit Moulin (ou moulin du Dourdy) côté aval. Le Petit Moulin a lui aussi disparu, le bâtiment à étage qui borde maintenant la digue est de construction récente.

Comment fonctionne un moulin à marée ?

A marée montante, le flux envahit l'étang qui se trouve derrière la digue en passant par une ou plusieurs ouvertures (ou portes à mer) munies de vannes. L'étang devient ainsi un bassin de retenue.

Dès que la mer commence à redescendre, les vannes sont refermées pour retenir l'eau ainsi accumulée dans l'étang. Le meunier doit alors attendre que la mer soit suffisamment redescendue pour commencer à travailler. En effet, tant que la roue du moulin est baignée par la mer, elle ne peut pas tourner.

Quand la mer est suffisamment redescendue, le meunier ouvre une vanne pour laisser l'eau de l'étang s'écouler par une ouverture (appelée le coursier), cette eau va faire tourner la roue, laquelle actionnera la meule courante (ou tournante) qui tourne sur la meule dormante (ou gisante).

S'il ne peut pas commencer à travailler dès que la mer redescend, le meunier peut néanmoins le faire jusqu'à ce que la marée remonte assez jusqu'à commencer à noyer à nouveau la roue et l'empêcher de tourner. Il peut donc travailler pendant environ 6 heures, et ce, deux fois par jour, et parfois de nuit en fonction des horaires de la marée, et si la nécessité l'exige.

Un site à propos du moulin à marée de l'île de Bréhat montre, par des animations, le principe de fonctionnement de ces moulins (3).

A quoi ressemblait le moulin de Pen ar Veur ?

Dans la page qu'il lui consacre, le site du Patrimoine culturel en Bretagne nous en donne une description (4): « Le bâtiment, réalisé en moellons de granit, flanque la digue en aval et est organisé selon un plan rectangulaire. Prolongé par une longère, le moulin compte aussi plusieurs petites dépendances qui se situent avant même l'arrivée sur la digue. Afin de ne pas s'enfoncer dans la vase, le mur aval présente un fruit sur toute sa longueur et le bâtiment est renforcé par un arc-boutant situé à un de ses angles qui est évidé pour permettre l'écoulement du coursier.

Sur les anciennes photographies on remarque que le toit à deux versants présente un léger coyau qui correspond à un léger adoucissement dans le bas de la pente du toit. Jusqu'au XIXe siècle les couvertures de l'habitation du meunier et des dépendances étaient encore végétales, puis furent supplantées par l'ardoise.

La façade amont du moulin accueille la porte d'entrée et une fenêtre. La façade Nord comporte une petite ouverture, la façade aval également, ainsi qu'une poterne qui donne sur le sous-sol. La façade sud, mitoyenne d'un petit bâtiment, accueille une cheminée.»

Par ailleurs, et fort heureusement, on dispose de photographies qui nous le montrent au tournant des 19°et 20° siècles.

Sur cette carte postale, l'étang du Suler qui sert de retenue d'eau est à gauche, et la mer à droite. Au premier plan, la porte à mer aménagée dans la digue et par laquelle la marée montante remplit l'étang. Prenant appui sur la digue, le moulin proprement dit, puis un petit appentis, et enfin l'habitation du meunier (la longère de la description). Plus loin, sur le chemin au-delà de la digue, une sorte de hangar, sans doute dépendance du moulin. On aperçoit le sommet de la roue et le contrefort dont il est question dans la description ci-dessus. Il faut noter que le moulin, l'habitation du meunier et les dépendances sont couvertes en ardoises. Déjà, lors de sa vente le 15 messidor de l'an II (3 juillet 1794), le Grand moulin à mer de Kerazan était couvert en ardoises (5).

Une correction est à faire sur le texte de la description qu'en donne le site du Patrimoine culturel en Bretagne: c'est la façade Sud du moulin qui comporte une petite ouverture (au-dessus de la roue), et c'est la façade Nord, mitoyenne d'un petit bâtiment, qui accueille une cheminée.

Le moulin, tel qu'il est décrit lors de sa vente en 1794, comprend en outre « ... un parc terre chaude nommé Toul ar an bras, ayant ses édifices du midy et occident, ledit parc de terre sous fond cinquante deux cordes ».

Le curieux toponyme Toul ar an bras est vraisemblablement à lire Toul ar han bras, où han (ou c'han), selon l'Office public de la langue bretonne, a le sens de "canal, souvent de dérivation desservant les moulins". On retrouve ce terme han dans Pen ar Han en Pont-Croix. Toul ar an bras serait donc le trou du grand canal (du moulin).

Sur cette autre carte postale, on distingue, sur la façade amont du moulin, la porte et la fenêtre mentionnées dans la description qui précède. On voit aussi les deux ouvertures dans la digue (ou coursiers) destinées à conduire l'eau sous une roue. D'évidence, si ce moulin était équipé de deux coursiers, c'est qu'il avait (ou avait eu) deux roues, une à l'extérieur du moulin (que l'on aperçoit sur la carte postale précédente), et une à l'intérieur. Le site du Patrimoine culturel en Bretagne précise d'ailleurs: « Les deux coursiers que l'on peut encore voir sur la digue correspondaient probablement à deux types de mouture. Dans ce genre de configuration on trouve habituellement un moulin blanc qui produit une farine fine pour la consommation humaine et un moulin roux. A une date inconnue, le seigneur de Kerazan décida de laisser un seul de ces moulins en activité.». Plus loin, on distingue la porte à mer par laquelle la marée remplissait l'étang. Dans l'alignement de la digue, un petit bâtiment au toit de chaume qui dépendait peut-être aussi du moulin.

Les deux coursiers, ici vus du côté de l'étang, sont toujours présents. 

Cette autre carte postale nous montre le moulin côté mer. On voit la roue extérieure en mauvais état. Elle était actionnée par l'eau d'un des deux coursiers. Sous la flèche, on distingue la sortie du second coursier qui passe sous le moulin.

Détail de la carte postale précédente.

Quelle a été l'histoire du moulin de Pen ar Veur entre son origine au 17° siècle, évoquée plus haut, et aujourd'hui ?

Toujours attaché au domaine de Kerazan, il reste la propriété de la famille Le Gentil de Rosmorduc jusqu'à la révolution.

Sur cette carte "Entrée de la rivière de Pont-l'Abbé" (1771-1785) du service hydrographique de la Marine, contemporaine de la famille Le Gentil de Rosmorduc le Grand Moulin à "Penaveur" est figuré. Source: gallica.bnf.fr

En 1792, Louis-Ange-Aimé Le Gentil de Rosmorduc émigre en Angleterre, et, en 1793, ses biens sont saisis au profit de la nation par le tribunal révolutionnaire de Quimper. 

Le 15 messidor an II (19 juillet 1794), le manoir de Kerazan est vendu comme bien national. Louis Derrien, architecte et entrepreneur qui a fait fortune dans la région, en acquiert l'essentiel: manoirs, terres, métairies et moulins. Le Grand Moulin de Pen an Veur, estimé à 3.410 livres, lui est finalement vendu 8.700 livres (6).

On sait que le manoir de Kerazan et ses dépendances passent successivement à la fille de Louis Derrien qui épouse Edouard Le Normant des Varannes. 

Détail du plan cadastral de Loctudy de 1834. Section A2 du Croiziou. D'après l'état des sections du cadastre, toute cette pointe appelée Pen ar Veur appartient aux Lenormant des Varannes. Source: Archives départementales du Finistère.

Les grandes parcelles 393 et 398 sont en futaie et landes. Le bâtiment portant le n° 397 est un four à chaux. Le Grand Moulin porte le n° 399, ses dépendances et son courtil portent le n° 400. Mêmes références que ci-dessus.

Ici, on voit nettement que la parcelle 399 est composée de 2 bâtiments. Le plus grand est le moulin proprement dit, et le plus petit est vraisemblablement l'appentis que l'on voit sur les cartes postales ci-dessus. La maison du meunier n'est pas encore bâtie dans leur prolongement.

D'après l'état des sections du cadastre, à cette date, le Grand Moulin rapportait 160 francs à son propriétaire.

Le Grand Moulin apparaît également sur la carte dite "de l'Etat Major" (1820 -1866). Source: geoportail.gouv.fr

Le domaine de Kerazan est vendu à Alour Arnoult en 1844, dont une descendante, Noémie, épouse Joseph Astor. Leur fils, Joseph-Georges Astor, lui-même sans descendance, le lègue à l'Institut de France (1928). 

On ne sait pas quand, précisément, le moulin de Pen ar Veur est démembré du domaine de Kerazan, mais en 1882, il devient la propriété de Marie de Kerstrat qui le cédera en 1894 à son fils Henry de Grandsaignes d'Hauterives. Lui-même le vendra en 1914 à Jean Pennec, meunier à Kerfeunteun. En 1920, le moulin est à l'abandon, et c'est en 2005 que la commune de Loctudy achète l'étang, la digue et ses ruines.

Sur cette carte postale, on voit, derrière le moulin, les villas que Marie de Kerstrat a fait construire pour accueillir des touristes. Le moulin, l'appentis qui lui est accolé et la maison du meunier paraissent en bon état, ainsi que la digue, dont la porte à mer, encore équipée de la vanne qui retient l'eau de l'étang, semble intacte.

Tout aussi intéressants que les propriétaires successifs du Grand Moulin de Pen ar Veur, sont ses meuniers. L'idéal serait de pouvoir consulter les baux de fermage par lesquels les propriétaires du domaine de Kerazan concédaient l'exploitation de leurs moulins à des meuniers (en août 1779, les archives du manoir comportaient 14 baux concédés pour le Grand Moulin entre février 1658 et août 1769). 

Diverses sources permettent de savoir qui était meunier au Grand Moulin de Pen ar Veur: pour l'ancien régime, les registres paroissiaux de baptême, mariage et sépulture de la paroisse de Loctudy, notamment par le biais du site Internet de généalogie geneanet.org, le site Internet du Patrimoine culturel en Bretagne, la thèse de doctorat de Gwenn Gayet ("Le manoir de Kerazan et ses propriétaires"); et pour l'époque contemporaine, les recensements de population de la commune de Loctudy à partir du début du 19° siècle, accessibles sur le site Internet des Archives départementales du Finistère, et les généalogies de particuliers sur le site Internet geneanet.org.

Ces diverses sources étant plus ou moins précises et plus ou moins fiables, des recoupements et des vérifications ont été effectués chaque fois que cela a été possible. Par ailleurs, les meuniers étant parfois assez mobiles, ils pouvaient passer d'un moulin à un autre, d'un propriétaire à un autre.

Enfin, dans les registres paroissiaux, si un moulin "de Kerazan" ou "de Queragan" ou "de Keragan" est cité, il n'est pas toujours possible de déterminer s'il s'agit du Grand ou du Petit Moulin ou d'un autre encore.

Ainsi, Etienne Tanniou (ou Taniou), est "meunier au moulin de Queragan" en 1701, en 1704 à celui de Peramprat, et en 1707 au "petit moulin de Kerazan" quand sa fille Corentine y naît de son mariage avec Corentine Bernard. En 1727, il est "meunier au grand moulin de kerazan". Il décède vers 1739. Son épouse, Corentine Bernard décède en décembre 1743 au Grand Moulin de Kerazan. Ils auront eu douze enfants entre 1703 et 1727. Leur fils Tudy, né en 1716, est cité comme meunier "au moulin de Kerogan" de 1739 (date de son mariage avec Marie Nedelec) à 1749, puis au "moulin de Kerasan" en 1750. En 1746, son fils, également prénommé Tudy, naît au "moulin de Kerazan".

En 1770, nous retrouvons Corentine Tanniou, la sœur de Tudy, qui décède au Grand Moulin de KerazanElle était veuve de Jacques Sailler, meunier, lui-même décédé en 1741. Tous deux avaient sans doute exploité le Petit Moulin de Kerazan, puisque leur fille Françoise y est née en 1730 (sa marraine est Corentine Bernard, sa grand mère maternelle), ainsi, sans doute, que leur autre fille Marie en 1734. Leur fils, également prénommé Jacques, né en 1732 au Petit Moulin de Kerazan, l'exploite avec son épouse Louise Le Gars, qui y décède en août 1781. Corentine Tanniou et Jacques Sailler avaient certainement succédé au père de celui-ci, Guillaume Sailler, qui exploitait le Petit Moulin de Kerazan où il décède en janvier 1727.

Le site Patrimoine culturel en Bretagne mentionne aussi Alain Scouarnic en 1754,  René Soulleg en 1760 et Grégoire Palut en 1778. Les deux premiers sont totalement inconnus du site geneanet.org, que ce soit à Loctudy ou ailleurs. En revanche, le registre des sépultures de Loctudy fait état, en 1780, du décès de Marguerite, fille de Grégoire Le Palud et d'Anne Cariou, survenu au Grand Moulin. Toutefois, rien n'indique qu'il y était meunier. Peut-être y était-il domestique.  

«Marguerite fille de Grégoire Le Palud et d'Anne Cariou âgée de cinq mois, morte au grand moulin en cette paroisse le dix neuf septembre mil sept cent quatre vingt a été inhumée le jour suivant dans le cimetière de cette église, en présence de ses dits père et mère qui ont déclaré ne savoir signer.» Archives départementales du Finistère.

En 1789, c'est Pierre Guillamot (ou Guillamet) qui décède au Grand Moulin où il était meunier avec son épouse Marguerite Le Nignon. 

«Pierre Guillamot époux de Marguerite Le Nignon, âgé d'environ cinquante ans décédé au grand moulin de Kerazan en cette paroisse le vingt deux janvier mil sept cent quantre vingt neuf, a été inhumé le vingt quatre dans le cimetière de cette église . Ont assisté à l'enterrement sa dite épouse, Jacques de Joncour et Hervé Guillamot qui ont déclaré ne savoir signer.» Archives départementales du Finistère.

En 1789, dans leur cahier de doléances adressé au roi, les habitants de Loctudy demande «que la banalité des moulins, fours et halles soit abolie, ainsi que la coutume». Ils veulent pouvoir faire moudre leur grain dans le moulin de leur choix. Selon la coutume, comme rémunération de leur service, les meuniers pouvaient prélever 1/16° de la farine de leurs clients. Mais ils sont accusés de profiter du monopole qui leur attache la clientèle pour tricher et voler grains et farine. 

En 1794, les archives du domaine de Kerazan font état d'un bail du 31 mai 1788 mentionnant entre autres choses la moitié de la garenne de Penanveur affermée à «Hervé Guillonnet meunier du grand moulin à mer». Il s'agit de Hervé Guillamet (et non Guillonnet ou Guillamot comme on trouve parfois son patronyme écrit. A cette époque la graphie des patronymes n'est pas encore immuablement fixée. Des recoupements avec diverses généalogies, tant de son épouse que de ses enfants confirment l'identité de ces personnages sous diverses variantes de ce patronyme), fils de Pierre et de Marguerite Le Nignon. Il épouse Corentine Morvan à Plobannalec en 1793. 

En 1818, Pierre Guillamet, frère d'Hervé, décède au Grand Moulin de Kerazan qu'il exploitait avec son épouse Catherine Le Pavec. Celle-ci y est décédée le 15 janvier précédent.

«du quatorzième jour du mois de mars mil huit cent dix huit, acte de décès de Pierre Guillamet décédé au grand moulin de Kazan le treize mars  mil huit cent dix huit à onze heure du matin, âgé de quarante huit ans, né en la Commune de Plomeur et domicilié dans cette commune, fils de feu Pierre Guillamet et de feue Marguerite Nignon, et époux de feue Catherine Le Pavec. Premier témoin Hervé Guillamet meunier âgé de vingt trois ans domicilié dans cette commune, neveu du défunt, et par Jean Guillament meunier âgé de vingt et un ans domicilié dans cette commune, fils du défunt et ont tous deux déclaré ne savoir signer. Etc.» Source: Archives départementales du Finistère

Selon le site Patrimoine culturel en Bretagne, Charles Le Drezen aurait été meunier au Grand Moulin en 1826. Pourtant, le 19 janvier 1799, son acte de mariage avec Anne Larnicol à Plomeur le qualifie de laboureur, et son acte de décès le 29 août 1850 le qualifie de cultivateur. Le seul lien qui le relie par ailleurs au Grand Moulin de Pen ar Veur, est Agathe Le Drezen, sa demie sœur et l'épouse de Pierre-Jean Guillamet, né au moulin quand ses parents, Pierre et Catherine Le Pavec, l'exploitaient. Charles Le Drezen a-t-il vécu au moulin ? Y a-t-il été simplement employé pendant un temps (on disait "garçon meunier") ?

A partir de 1836, on dispose de recensements de population tous les cinq ans, mais les deux premiers, en 1836 et 1841, n'indiquent pas dans quels villages ou lieux-dits résident les habitants. Ces deux années là, six ménages de meuniers sont recensés à Loctudy.

Parmi eux, en 1836, Louis Guillamet et Etiennette Le Garo, ainsi que leurs 7 enfants et Hervé, frère de Louis et employé comme domestique. Louis et Hervé Guillamet sont les fils fils d'Hervé Guillamet père, comme on l'a vu plus haut, «meunier du grand moulin à mer» en 1788, et de Corentine Morvan. Il est donc possible que Louis ait succédé à ses parents au Grand Moulin de Pen ar Veur. Les autres meuniers recensés à Loctudy en 1836 sont: [Vincent Le Roux et Marie-Jeanne Cariou]; [Vincent Le Moigne et Catherine Daniel]; [Henry Béchennec]; [Henry Volant et Marie Baltas]; [Marc Baltas]. Nous retrouverons certains de ces patronymes dans les recensements suivants.

Mariage de Louis Guillamet et Etiennette Le Garo à Plobannalec le 8 février 1819. Extrait. Source: Archives départementales du Finistère.

En 1841, on retrouve le couple Louis Guillamet et Etiennette Le Garo et leurs enfants. Les autres ménages de meuniers sont: [Jean Volant et Marie-Perrine L'Hénoret]; [Henry Béchennec]; [Jean Queffelec et Jeanne Le Garo]; [Henry Volant et Marie Baltas]; [Yves Queffelec et Germaine Queffelec].

A partir du recensement de 1846, le lieu de résidence des habitants est précisé. Du recensement de 1846 à celui de 1861, c'est le couple (Jean) Germain (Le) Queffelec, originaire de Plomelin, et (Marie) Corentine Volant, originaire de Plobannalec, qui exploite de Grand Moulin de Pen ar Veur.  

Recensement de 1846 au Grand Moulin. Source: Archives départementales du Finistère.

Outre eux-mêmes, leur foyer comprend Germain, leur fils aîné (né en 1844), Pierre Olivier (66 ans) "domestique", Mathieu Le Loup (42 ans) "domestique", Guillaume Queffelec (21 ans) "domestique" et Marie Queffelec (21 ans) "nièce".

En 1851, Germain Le Queffelec se déclare "fermier meunier et cultivateur propriétaire", et Corentine Volant "ménagère". Ils ont maintenant 3 enfants et ils emploient Laurent Oratin (25 ans) "garçon meunier" et Catherine Morvan (25 ans) "servante cultivatrice". En 1856, ils ont 5 enfants et ils emploient 2 nouveaux "garçons meuniers" et une "servante". En 1861, ils ont 6 enfants et emploient deux autres "garçons meuniers" et une "servante".

Acte de décès de Jean-Germain Queffelec le 29 avril 1864 au Grand Moulin. Marie-Corentine Volant est décédé le 10 février 1864. Source: Archives départementales du Finistère.

Au recensement de 1866, c'est Germain Queffelec, le fils aîné du couple Jean-Germain Queffelec-Marie-Corentine Volant, qui exploite le Grand Moulin de Pen ar Veur avec son épouse, Marie-Anne (Le) Cleach. Ils ont une fille, Marie Jeanne, 10 ans, et ils hébergent Pierre, le frère de Germain, âgé de 13 ans, leurs parents étant décédés 2 ans plus tôt. Enfin, ils emploient un "garçon meunier" de 21 ans.

Le recensement de 1871 est repoussé à 1872 pour cause d'occupation d'une partie de la France par l'armée prussienne. Au recensement de 1872, c'est Alain Bechennec et Marie-Anne Struillou qui exploitent le Grand Moulin de Pen ar Veur. Leurs 6 enfants résident avec eux, ainsi qu'un gendre, époux de leur fille aînée, et une nièce. 

En 1876, le Grand Moulin est exploité par Louis Daniel et Marie-Louise Stephan, âgés respectivement de 31 et 28 ans. Ils y vivent avec leurs deux filles de 6 et 1 an. En 1881, ils ont été remplacés par Sébastien Tirilly, 48 ans, et Jeanne Queffelec, 39 ans. Jeanne Queffelec est la fille de Jean Queffelec et Jeanne Le Garo qui figuraient comme meuniers au recensement de 1841, mais probablement dans un autre moulin. Le couple y vit avec deux enfants et une domestique.

Recensement de 1881 au Grand Moulin. Source: Archives départementales du Finistère.

Au recensement de 1886, Sébastien Tirilly et Jeanne Queffelec habitent seuls au Grand Moulin. Jeanne Queffelec décède le 5 janvier 1887 et Sébastien Tirilly se remarie le 16 février avec Marie-Corentine Tanniou (un patronyme déjà rencontré dans les moulins de Kerazan dans les années 1700). 

En 1891 et 1896, c'est le couple Sébastien Tirilly - Marie-Corentine Tanniou qui se trouve au Grand Moulin. Avec eux, réside Jean Tirilly, le fils de Sébastien, qui a épousé Marie-Anne Le Rhun, la fille de Marie-Corentine Tanniou, née d'une précédente union avec Jacques Le Rhun, décédé en 1878.  En 1891, ils emploient un "garçon-meunier", Louis Le Drezen, 18 ans (autre patronyme déjà rencontré), et en 1896, Pierre-Jean Queffelec, 57 ans, le frère de Jeanne, décédée en janvier 1887, et donc beau-frère de Sébastien Tirilly. Jean, le fils de Jean et Marie-Anne Le Rhun, meurt en 1891, et trois autres enfants naissent au moulin entre 1891 et 1895: Marie-Anne, Catherine et Yves.

Au recensement de 1901, c'est Jean Tirilly qui exploite le Grand Moulin avec Marie-Anne, son épouse, et son père Sébastien Tirilly et Marie-Corentine y résident toujours (appelés respectivement Jean et Corentine). Deux autres enfants sont nés, Jacques et Jeanne. A cette date, il n'y a pas de garçon meunier au moulin. C'est sans doute parce que (Jean) Sébastien Tirilly, à 66 ans, est encore assez valide pour aider son fils.

Recensement de 1901 au Grand Moulin. Source: Archives départementales du Finistère.

En 1906, (Jean) Sébastien Tirilly et Marie-Corentine Tanniou sont encore recensés au Grand Moulin, toujours exploité par le fils Jean et Marie-Anne Le Rhun son épouse. Mais ceux-ci emploient alors deux "domestiques meuniers". 

Sur ce détail d'une carte postale publiée plus haut, c'est peut-être la famille Tirilly qui pose pour le photographe. Est-ce Sébastien ou Jean que l'on voit au premiers plan, et Marie-Corentine Tanniou ou Marie-Anne Le Rhun à sa droite ? Malheureusement, cette carte postale ne peut être datée avec précision.

(Jean) Sébastien Tirilly n'est plus en état de travailler et il meurt en septembre 1906 à l'Hôtel-Dieu de Pont-l'Abbé. Son fils Jean ne lui survit que deux ans. Agé de seulement 46 ans, il décède au Grand Moulin de Pen ar Veur le 28 mai 1908, laissant son épouse seule aux commandes du moulin.

Acte de décès de Jean Tirilly le 28 mai 1908. Source: Archives départementales du Finistère.

Au recensement de 1911, Marie-Anne Le Rhun, veuve de Jean Tirilly exploite le moulin de Pen ar Veur, secondée par ses enfants: Catherine (18 ans), "ménagère", Yves (16 ans) qualifié de "meunier", Jacques (14 ans) également qualifié de "meunier". Quatre autres filles, plus jeunes résident au moulin, ainsi qu'un "garçon meunier" de 20 ans.

Marie-Anne Le Rhun décède le 1er janvier 1913 chez sa sœur au Suler chez qui elle est alors domiciliée. Sa fille Catherine, 20 ans, et ses fils, Yves, 18 ans et Jacques, 16 ans, sont alors sans doute considérés trop jeunes pour prendre sa suite au moulin. 

On l'a vu, c'est en 1914 que le moulin est vendu à Jean (Le) Pennec, meunier à Kerfeunteun. Pour cause de guerre, il n'a pas été procédé au recensement de la population en 1916, et celui de 1921 manque pour Loctudy. On ne sait donc pas si le moulin de Pen ar Veur est occupé à ces dates, ni même s'il fonctionne encore. Si c'est le cas, il subit certainement la concurrence des minoteries modernes, beaucoup plus productives parce qu'équipées de cylindres et non de meules de pierre. C'est le cas des minoteries des frères Méret et des frères Mell de Quimper-Penhars qui viennent alors s'approvisionner en grains jusqu'à Pont-l'Abbé où ils disposent de magasins à blé.

Quoi qu'il en soit, les installations du moulin de Pen ar Veur se dégradent comme nous le montrent les images dont on dispose à travers les cartes postales.

Sur ce détail d'une carte postale publiée plus haut, on peut voir que la roue extérieure est en mauvais état. 

Sur cette carte postale, on voit que les parements de la porte à mer par laquelle le flux pénètre dans l'étang du Suler sont en mauvais état, et la vanne permettant sa fermeture a disparu.

La dégradation de la digue est encore plus flagrante sur cette autre carte postale.

Ici, c'est l'appentis entre le moulin et l'habitation qui a perdu sa couverture.

Le moulin lui-même ainsi que l'habitation, laissés à l'abandon, finissent par servir de carrière de pierres.

Mais le moulin de tombe pas complètement dans l'oubli. Dans les années 1980, puis au début des années 2000, des passionnés envisagent de reconstruire ce patrimoine local (7). C'est ce qui pousse la commune de Loctudy à acquérir l'étang, la digue et les ruines du moulin en 2005 (8).

En 2015, la digue est réparée, une nouvelle passerelle avec des garde-corps est installée (9), et en 2016, un espace pour le pique-nique est aménagé et un panneau explicatif est posé.

Il nous reste des images, essentiellement sous forme d'une vingtaine de cartes postales, ainsi que des plaques stéréoscopiques de 1935.

Plaques de verre stéréoscopiques.

Plaque stéréoscopique verascope "Loctudy moulin à mer de Pen ar Veur et le Suler  1er septembre 1935". Yroise - Bibliothèque Numérique Patrimoniale de Brest.

Détail de l'image ci-dessus.

Plaque stéréoscopique verascope "Loctudy moulin de Pen ar Veur au Suler  27 août 1935". Yroise - Bibliothèque Numérique Patrimoniale de Brest.

Détail de l'image ci-dessus.

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Des obstacles anti débarquement à la plage du Ris

Publié le par DL

Parfois, on rencontre sur nos côtes des défenses de plage du Mur de l'Atlantique mises en place par les allemands pendant de deuxième guerre mondiale et destinées à s'opposer à un éventuel débarquement allié.

Vestiges de pieux en bois (dits "asperges de Rommel") sur la plage de Trezmalaouen en Kerlaz (1).

Base de tétraèdre sous la plage de Sainte-Anne-la-Palud en Plonévez-Porzay (2).

Sommet de tétraèdre sur la plage de Tréogat (3).

Casemate de Karreg Leon en Plouhinec (4).

Ce sont des traces encore tangibles de cette occupation. A Douarnenez, il reste une telle trace, semble-t-il uniquement sous forme de photographies. Ou plus exactement sous forme de cartes postales. Il s'agit d'obstacles anti-débarquement qui se trouvaient sur la plage du Ris.

Sur cette carte postale, prise depuis les hauteurs du Ris, et intitulée "Maison de repos Foyer Suzanne Février Plage du Ris", on distingue plus ou moins nettement, sur la plage, au moins huit obstacles anti-débarquement.

Détail de la carte postale précédente.

Cette autre carte postale, prise sous un angle légèrement différent, et intitulée "Plage du Ris Foyer Suzanne Février", montre également les obstacles anti-débarquement sur le haut de la plage.

Détail de la carte postale précédente. Sous les flèches vertes, ce qui semble être de grandes tentes.

En effet, ce que les éditeurs de ces cartes postales appellent la maison de repos ou le foyer Suzanne Février était, au sortir de la guerre un centre de vacances. Il est mentionné dans les "Feuillets de l'Association Nationale des Assistantes Sociales" de juin 1949 (5). (Ce foyer pourrait avoir été ainsi baptisé en mémoire d'une des quinze infirmières de la Croix Rouge Française, tuées lors du bombardement de l'abri Sadi-Carnot à Brest le 9 septembre 1944 (6).)

Par la suite, ce centre de vacances sera acheté par le Comité d'Entreprise de la société Solvay de Dombasle-sur-Meurthe (7).

On peut remarquer sur la carte postale ci-dessus que les obstacles anti-débarquement ne subsistent que sur une partie de la plage, celle de droite quand on fait face à la mer. D'ailleurs, on distingue des estivants sur l'autre partie de la plage, qui a probablement été débarrassée des obstacles qui y avaient été installés. On n'imagine mal que l'armée allemande ait pu n'en équiper que la moitié de la plage du Ris.

Sur cette photo aérienne de l'Institut Géographique National, encadrée de jaune, la partie de la plage du Ris où subsistent des obstacles anti-débarquement quelques années après la Libération. Cerclée de vert, l'ancienne colonie de vacances Solvay, antérieurement le foyer Suzanne Février. Source: geoportail.gouv.fr

Qu'étaient exactement ces obstacles anti-débarquement ? Malheureusement, l'actualité nous donne l'occasion d'en voir lors de reportages sur le conflit entre l'Ukraine et la Russie.

Ce sont des obstacles fixes composés de 3 poutres ou poutrelles en acier de 2 mètres de long, reliées entre elles à angle droit par soudure, boulonnage ou rivetage. Ils sont communément appelés "hérissons tchèques" (Tschechenigel en allemand) (8).

Ils sont supposés bloquer un véhicule, char ou autre, qui le percuterait, la pression exercée enfonçant le pied arrière dans le sol, ce qui augmenterait la résistance de l'ensemble.

Hérisson tchèque. Photo de Lukáš Malý dans le domaine public. Source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rozsochac.jpg

Un troisième carte postale nous donne une image des obstacles anti-débarquement de la plage du Ris.

Détail de la carte postale ci-dessus.

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Le mât Fénoux à Audierne

Publié le par DL

Le mât Fénoux, à Audierne.

Avec le môle, les feux du Raoulic et de Trescadec, le chemin de halage et la passerelle des Capucins, il fait partie du patrimoine maritime bien connu d'Audierne. Et à ce titre, on en a beaucoup parlé ici et là (1)(2)(3)(4)(5)(6)(7).

Toutefois, tout n'a pas été dit à son sujet, et nous allons essayer d'en appendre un peu plus.

C'est en 1841 qu'un mât Fénoux est construit pour la première fois à Audierne. Sa fonction est alors de donner aux navires voulant gagner le port les consignes leur permettant de le faire en sécurité: route à suivre, manœuvres à effectuer, éventuellement interdiction de tenter l'approche en raison de conditions de mer trop dangereuses.

C'est que l'approche du port d'Audierne est particulièrement délicate en raison de la présence, devant l'embouchure du Goyen, d'un plateau rocheux, la Gamelle, et de fonds rocheux (les basses Pouldu, Barzic et Fornic) qui contraignent à emprunter d'étroits chenaux, déterminés par des alignements de repères à terre.

Les secteurs dangereux devant l'entrée du port d'Audierne. Extrait du Plan du port d'Audierne levé en 1818. Pilote français / Environs de Brest. Source: gallica.bnf.fr

Il y a donc un AVANT et un APRÈS la construction du mât Fénoux d'Audierne.

Avant le mât Fénoux, ce sont des pilotes qui guident les navires pour entrer dans le port ou pour en sortir. Vers 1700, il est déjà fait mention d'un pilote à Audierne, qui traite de gré à gré avec les maîtres de navire (8). Dans les années 1840, c'est une moyenne annuelle de 200 navires étrangers au port qui y viennent soit pour livrer différents articles (vins, fers, charbon), soit pour se réfugier par gros temps. 

C'est un bateau-pilote qui remorque ce trois mâts.

Il est aussi nécessaire de piloter les navires qui exportent des marchandises du Cap Sizun depuis Audierne, en particulier les céréales. Par ailleurs, lors des campagnes de pêche dans la baie, des unités attachées aux ports voisins (Douarnenez, Penmarc'h, Le Guilvinec ...) s'y établissent provisoirement. Leurs équipages ne sont pas familarisés avec les difficultés du secteur et il est parfois nécessaire de les guider (9).

Quand l'état de la mer le permet, les pilotes rejoignent à bord d'une barque les navires voulant entrer dans le port afin de les guider. En 1857, à Audierne, il y a 3 pilotes et 1 aspirant pilote, et 2 pilotes à Poulgoazec. A cette date, le tarif du pilotage pour conduire un navire de la rade au quai d'Audierne est de 11 francs, et de 10 francs d'Audierne à Pont-Croix (10). On connaît le nom de certains pilotes d'Audierne: Jean-Marie Vern, médaillé de 2ème classe en 1851 (11), Jean-Raymond Ladan (12), René Autret qui commande également le canot de sauvetage.

Le bateau au premier plan, immatriculé A 1 et marqué d'une ancre, est l'Anita, bateau-pilote de Jean-Raymond Ladan (12).

Mais, bien entendu, il arrive que l'état de la mer interdise au pilote de sortir du port pour aller guider un navire qui veut s'y réfugier.

C'est en 1832 que Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux, alors lieutenant de vaisseau à Lorient, dépose le brevet d'un système pour pallier à ce problème.

Le principe est de transmettre, depuis la terre, aux navires en mer des indications utiles par des signaux au sommet d'un mât, actionnés par des mécanismes depuis le sol.

Mât-pilote mis en usage sur les côtes de France. Instruction pour les navigateurs. Société générale internationale des naufrages. Traité pratique des moyens de sauvetage. 1841. Source: gallica.bnf.fr

S'il n'est pas étonnant que ce dispositif ait été imaginé par un marin (depuis fort longtemps, les navires en mer communiquent par des signaux codifiés, le plus souvent à l'aide de drapeaux ou pavillons), il est très probable que les spécificités de l'invention du capitaine de corvette Fénoux aient été inspirées par le télégraphe aérien, ou télégraphe optique mis au point en 1794 par Claude Chappe (13).

Télégraphe optique de Chappe. Figuier. Les merveilles de la science. 1867-1891. Source: wikipedia.org

Ce qui est avéré, c'est que la première expérimentation officielle du dispositif de Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux a lieu le 25 juin 1839 sur le rempart de la citadelle de Port-Louis (Morbihan), en présence des membres d'une commission nommée par la Chambre de commerce de Lorient. A cette époque le capitaine de corvette Fénoux est affecté à l'état-major de la marine à Lorient.

Vue de la citadelle de Port-Louis. Gravure sur acier aquarellée à la main. Dessin Bouquet, gravure Desjarin. 1853. Source: ida-victoire.fr

Le rapport de cette commission, trop long pour être publié ici in extenso (5 pages), peut être consulté dans son intégralité sur le site books.google.fr (14). On y apprend notamment que le capitaine de corvette Fénoux avait déjà expérimenté son dispositif la veille, au même endroit, mais de manière non officielle.

Début du rapport de la commission nommée par la Chambre de commerce de Lorient ayant assisté à la première expérimentation officiel du mât-pilote du capitaine de corvette Fénoux. Annales maritimes et coloniales. Partie non officielle. 1839. 

Les membres de la commission sont si impressionnés et enthousiastes qu'ils proposent « que la chambre de commerce, dans une délibération fortement motivée, émette le vœu que le mât-pilote de M. le capitaine de corvette Fenoux soit établi dans tous les ports de France ayant quelque importance militaire ou commerciale. »

Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux ne se contente pas de dessiner les plans de son dispositif, il met aussi au point le code de communication avec les navires. Les indications utiles au navire qui veut entrer au port lui sont communiquées à l'aide d'un système combinant l'orientation d'une flèche matérialisée par un triangle métallique ajouré, et dans certaines circonstances, l'utilisation d'un ballon ou d'un pavillon rouge .

Figure 1 du code de communication pour le mât-pilote Fénoux.  Société générale internationale des naufrages. Traité pratique des moyens de sauvetage. 1841. Source: gallica.bnf.fr

La même année 1839, le Conseil général du Morbihan, qui a pris connaissance du contenu de ce rapport, « reconnaît que le mât-pilote serait d'un établissement peu coûteux, qu'il n'occasionnerait aucun surcoût dans le personnel, et il émet le vœu que l'usage de ce moyen de diriger les navires en danger soit généralisé sur tous les points convenables du littoral de France. » (15)

Quant à lui, la même année 1839, le Conseil général du Finistère « émet le vœu qu'un mât-pilote soit établi à l'entrée d'Audierne pour prévenir les naufrages. » (14).

La décision est prise dès 1841. Le maire d'Audierne, sur demande du préfet du Finistère, achète des parcelles de terrain sur la hauteur à côté du parc des Capucins. Le temps de réaliser les travaux, et le mât-pilote entre en fonction à la fin de 1843. 

Pourquoi Audierne est-il doté d'un mât-pilote aussi rapidement ? Tout simplement parce que Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux en est originaire. Il y est né le 12 février 1790 de Barthélémy-Alexandre Fénoux, receveur des devoirs à Audierne (receveur des taxes sur les boissons) et de Victoire Augustine Raymonde de Laffond de Brot. C'est à Audierne qu'il a eu l'occasion de constater les difficultés rencontrées par les navires à l'embouchure du Goyen.

Non seulement Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux dessine les plans de son dispositif et met au point les codes de communication, mais il fixe également les règles du service au mât-pilote. Il le fera d'ailleurs pour chaque port où un mât-pilote de sa conception sera établi.

Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur. 1887. Source: galica.bnf.fr

En 1841, ce n'est donc pas sur la plate-forme proche du môle du Raoulic où nous le voyons aujourd'hui qu'on décide d'établir le mât-pilote, mais en hauteur, au Sud-Ouest du parc du couvent des Capucins.

Cette carte marine du port d'Audierne nous montre la situation du "Mât des pilotes" (cerclé de jaune) dans les années 1850. Le môle du Raoulic a été construit, et un feu y a été établi. Source: SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine).

Le "mât des pilotes" est signalé comme "Vigie" sur la carte dite de l'Etat-Major (1820-1866).

Extrait de la carte de l'Etat-major (1820-1866). Source: geoportail.gouv.fr

On dispose d'une image du mât-pilote d'Audierne à l'époque où il se trouvait à côté du parc des Capucins.

Sur cette carte postale antérieure à 1882, on distingue la silhouette du mât-pilote à côté du moulin de la Garenne.

Détail de la carte postale ci-dessus.

Les conseils généraux du Morbihan et du Finistère ne sont pas les seuls à manifester leur intérêt pour l'invention de Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux. En décembre 1844, il est appelé par le ministre de la marine pour lui en exposer les avantages, à la suite de quoi les préfets maritimes sont invités à recenser les points de la côte où il faudrait établir des mâts-pilotes.  

Le Constitutionnel du 5 décembre 1844.

Des mâts Fénoux seront effectivement construits en divers points du littoral. Plusieurs sources citent Saint-Nazaire, Clohars-Carnoët, Bayonne et Etel.

A Clohars-Carnoët (Finistère), le mât-pilote est établi en 1847 au Pouldu, pour guider les navires à l'embouchure de la Laïta (16).

Sur cette carte postale, le mât d'origine n'est plus visible, sans doute démonté, et le bâtiment est appelé sémaphore.

Pour Etel (Morbihan), il serait plus approprié de parler de la ria d'Etel parce que le mât Fénoux est en fait bâti sur la rive droite de la rivière, c'est-à-dire à Plouhinec (Morbihan), et non pas à Etel même, qui se trouve sur la rive gauche (17). Il est à noter que les flèches du mât d'origine ont été réutilisées sur le nouveau sémaphore reconstruit vers 1960 (18).

Appelé sémaphore sur cette carte postale, le mât Fénoux se trouvait en fait à Plouhinec (Morbihan), et non pas à Etel.

Le "mât Fénoux de Bayonne" est dans la même situation que celui d'Etel: destiné à guider les navires voulant entrer dans l'Adour pour gagner le port de Bayonne, il n'est pas construit sur cette commune, mais sur la rive gauche du fleuve, c'est-à-dire sur la commune d'Anglet (Pyrénées-Atlantiques) (19).

Sur cette carte postale, le sémaphore d'Anglet porte bien la flèche ajourée d'un mât Fénoux. 

Pour l'entrée dans le port de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), le mât Fénoux est établi sur le fort de Socoa qui se trouve sur la commune de Ciboure (20).

Ici aussi, on reconnaît la flèche du mât Fénoux construit sur le fort de Socoa à Ciboure.

A Port-Louis, où a pourtant été présentée l'invention du capitaine de corvette Fénoux, le Conseil général du Morbihan s'émeut en 1840 que les pilotes du port ne soient pas encore autorisés à utiliser le mât Fénoux.

Procès-verbal de la session du Conseil général du Morbihan. 1840. Source: gallica.bnf.fr

Le Conseil général du Morbihan est entendu et, en 1843, le mât Fénoux est utilisé à Port-Louis (21). Le capitaine de corvette Fénoux rédige le règlement pour le service du mât-pilote de Port-Louis, légèrement différent de celui d'Audierne (selon le Larousse, un lamaneur est un ouvrier employé dans un port pour l'amarrage des navires).

Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements et avis du Conseil-d'État. 1843. Source: gallica.bnf.fr

Sur cette carte postale, on aperçoit le mât Fénoux et sa flèche.

On ne recense donc que 6 mâts Fénoux, tous sur la côte atlantique, 4 en Bretagne et 2 dans le Sud-Ouest. Ailleurs, sur les littoraux de la mer du Nord, de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée, il y a bien des mâts-pilotes, mais ils ne sont pas du modèle "Fénoux". Si tous les mâts Fénoux sont des mâts-pilotes, tous les mâts-pilotes ne sont pas des mâts Fénoux.

Comment expliquer le peu de succès de cette invention ? Peut-être parce qu'en ce milieu du 19° siècle, une autre invention, le télégraphe optique (qui avait peut-être inspiré Julien-Joseph-Hippolyte Fénoux) allait rencontrer un plus grand succès. Ainsi, le système Depillon, constitué d'un mât tournant muni de trois ailes, équipant les sémaphores de la Marine, offre de plus larges et plus complexes possibilités de communication ne se limitant pas à une aide à l'entrée des ports. 293 stations côtières sont équipées du système Depillon dès 1806 (22). 

Autre modèle de mâts de signaux équipant le sémaphore de la Chaume aux Sables d'Olonne.

D'ailleurs, on peut noter qu'en 1855, un ouvrage commentant les collections du musée de marine exposées au Louvre établit une équivalence entre le sémaphore, le télégraphe et le mât-pilote (dont celui de M. Fénoux) !

Notice des collections du musée de marine exposées dans les galeries du musée impérial du Louvre. 1855. Source: gallica.bnf.fr

Revenons au mât Fénoux qui nous intéresse, celui d'Audierne.

Alors qu'il se trouve encore proche du moulin de la Garenne et du parc des Capucins, c'est un journal du Sud-Ouest, le Mémorial des Pyrénées, qui nous livre le premier récit de l'action d'un préposé au mât-pilote d'Audierne le 27 décembre 1852.

Le Mémorial des Pyrénées du 6 janvier 1853. Source: gallica.bnf.fr

C'est en 1882 que le mât-pilote est transféré à son emplacement actuel parce que de nouvelles constructions sur le plateau au-dessus des Capucins le rendent moins visible depuis la mer.

Cette carte marine du port d'Audierne nous montre la situation du "Mât des pilotes" (cerclé de jaune) postérieurement à 1882. Il a été déplacé à la Pointe du Raoulic Source: SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine).

Détail de la carte précédente.

A partir de ce moment, on dispose de quelques photographies du monument à sa localisation actuelle, grâce au développement de l'usage des cartes postales.

Les Annales du sauvetage maritime font état du mât-pilote d'Audierne.  

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1888. Source: gallica.bnf.fr

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1889. Source: gallica.bnf.fr

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1897. Source: gallica.bnf.fr

En 1908, il ne reste plus que 3 mâts-pilotes: Audierne, Etel (Plouhinec Morbihan) et Le Pouldu (Clohars-Carnoët). Dans les débats parlementaires sur le budget de la marine, on remet en question leur utilité: « Il (le mât-pilote) ne constitue qu'un élément accessoire du service de pilotage. La conduite d'un navire à l'aide de ces signaux est évidemment moins sûre que celle effectuée par un pilote présent à bord. C'est pourquoi les mâts-pilotes, qui sont d'ailleurs d'institution très ancienne, n'ont été conservés qu'à titre absolument exceptionnel. Dans ces conditions, votre commission a estimé que la suppression de ces mâts archaïques et à peu près inutiles pouvait être faite sans inconvénient. »

Journal officiel de la République française. Documents parlementaires. 26 avril 1908. Source: gallica.bnf.fr

En 1909, le mât Fénoux du Pouldu à Clohars-Carnoët n'est plus en fonction. Il ressort des débats parlementaires que le maintien des deux mâts-pilotes d'Audierne et d'Etel (Plouhinec Morbihan) est de plus en plus contesté. Seule l'union syndicale des inscrits maritimes et des pêcheurs de l'Ouest plaide pour leur maintien. 

Journal officiel de la République française. Documents parlementaires. 3 février 1909. Source: gallica.bnf.fr 

Pourtant, les pilotes de service au mât Fénoux d'Audierne auront encore l'occasion de montrer l'utilité de le conserver.

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1922. Source: gallica.bnf.fr

Sur cette carte postale, on remarque que le système en haut du mât d'Audierne n'est pas du même modèle que celui figurant sur les plans d'origine reproduits plus haut.

En 1926, un mandat est émis au profit de Jacques Paillart, mécanicien à Audierne pour frais de réparation du mât-pilote (La Dépêche de Brest du 17 mai 1926).

En 1927, un mandat est émis au profit de Guillaume Guivarch, lamaneur pratique, pour l'entretien du mât-pilote (La Dépêche de Brest du 16 avril 1927). En fait, depuis plusieurs années, le bâtiment sert surtout de poste de veille et d'abri pour les sauveteurs.

En 1930, le "mât de signaux Fenoux" semble surtout servir de dépôt de matériel pour les douaniers.

Annales du sauvetage maritime. Société centrale de sauvetage des naufragés. 1930. Source: gallica.bnf.fr

Un film de 1931, "Le sauvetage des naufragés", tourné à Audierne, nous montre l'utilisation du mât Fénoux (23).

Images tirées du film "Le sauvetage des naufragés". Cinémathèque de Bretagne.

En 1932, parmi les terrains et immeubles précédemment affectés à la Marine militaire et qui sont affectés au Ministère de la Marine marchande figure « à Audierne, la tour du mât-pilote et le mât de signaux servant au service du pilotage à l'entrée du port » (La Dépêche de Brest du 7 septembre 1932)

Le mât Fénoux d'Audierne est désarmé en 1935, quand le dernier pilote d'Audierne décède.

Le mât qui supportait les signaux est supprimé dans les années 1960 (24).

Dans les années 2010, le bâtiment est converti en toilettes publiques (25) qui finiront par être supprimées. Puis les accès au bâtiment seront condamnés.

Aujourd'hui, la municipalité d'Audierne a initié un projet de restauration avec la Fondation du Patrimoine (24). Une procédure de classement aux Monuments Historiques est également engagée (25).

Liens:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mât_Fénoux

http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/mat-pilote-dit-mat-fenoux-plateforme-du-mole-audierne

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/finistere/a-audierne-le-mat-fenoux-va-etre-restaure-mais-savez-vous-a-quoi-il-servait-2498879.html

https://www.letelegramme.fr/finistere/audierne/a-audierne-lancement-de-la-souscription-publique-pour-la-renovation-du-mat-fenoux-avec-la-fondation-du-patrimoine-20-03-2022-12952519.php

https://audierne.info/la-famille-fenoux-partie-1/

FILM: "Sauvetage de naufragés à Audierne"

 

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