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archeologie et histoire

Beg an Ty Garde

Publié le par DL

Beg an Ty Garde

C'est le nom d'un lieu-dit de Plonévez-Porzay (Finistère), à l'extrémité Sud de la plage de Sainte-Anne-la-Palud. Il désigne, au Nord du village de Tréfeuntec, une pointe qui protège de la houle d'Ouest une petite anse où coule le ruisseau Le Lapic.

 Carte topographique I.G.N. au 1/25.000. Source: geoportail.gouv.fr

Quel toponyme intriguant ! Non pas pour ce qu'il signifie, parce que son sens est assez clair pour qui possède un minimum de connaissances en breton. Beg, c'est la pointe ... par exemple, Beg ar Raz, c'est  la pointe du Raz. Ty, c'est la maison (pour ty, l'Office de la langue bretonne nous dit "demeure, maison, édifice historiquement isolé, construit en pierres, destiné à servir de logement ou pour toute autre activité"). Et Garde, c'est ... garde, nom commun français, soit masculin, soit féminin, selon le contexte. Autrement dit, Beg an Ty Garde, c'est la pointe de la maison du garde, ou de la garde, comme on veut.

C'est cette forme qui apparaît sur la carte topographique actuelle, mais on trouve parfois ce toponyme écrit Beg an Ty Gard ou Beg Ty Gard, et le sens est le même.

Donc, le sens du toponyme est assez clair. S'il est intriguant, c'est pour son origine, pour la raison qui l'a fait baptiser ainsi.

Il y aurait donc la maison d'un garde sur cette pointe ... ou une maison où l'on monte la garde ? A première vue, aujourd'hui, non, aucune trace de maison ou d'édifice sur cette pointe.

Beg an Ty Garde. mai 2021.

Toutefois, à y regarder de plus près, on dirait bien qu'il y a une forme, pratiquement à l'extrémité de cette pointe, une forme carrée ou rectangulaire qui fait penser à des fondations, ou quelque chose comme ça.

Beg an Ty Garde. mai 2021.

Ce serait des vestiges d'une maison de garde ?

Que nous disent les archives directement accessibles, notamment sur Internet, au sujet de Beg an Ty Garde ? Pas grand chose, pour ne pas dire rien. 

On doit une mention explicite à Roger Garrec, dans son ouvrage "PLONEVEZ-PORZAY un terroir du pays glazik", page 269 (1). A propos du village de Tréfeuntec, il écrit:

« Mentionnons enfin les deux douaniers qui en 1856 sont logés au village ; le nom de Beg-Ty-Garde donné à la pointe rappelle encore le souvenir de leur présence vigilante sur les bords de la baie de Douarnenez. Sise en pleine terre, au haut du plateau, une habitation isolée, "ty ar gonidou", était entourée autrefois par les maisons des gardes-côtes et des douaniers. »

Ty ar Gonidou sur le cadastre de 1851 de Plonévez-Porzay. Source: archives.finistere.fr

D'après le cadastre de 1851, pas d'autre maison autour ou à proximité de Ty ar Gonidou. Retenons cependant que, selon Roger Garrec, il y avait une relation de douaniers et de gardes-côtes avec Beg-ty-Garde

Mais puisqu'il est question du cadastre de 1851, voyons ce qu'il en est de Beg an Ty Garde.

 Le tableau d'assemblage du cadastre de 1851 mentionne un "corps de garde" sur la pointe en question. Source: archives.finistere.fr (2)

Extrait du plan de la "1ère feuille de la section H de Tréfentec" du cadastre de 1851 de Plonévez-Porzay. Source: archives.finistere.fr (3)

Le corps de garde est donc la parcelle n° 2 de cette feuille. On peut remarquer qu'un chemin plus ou moins parallèle au trait de côte semble desservir le corps de garde.

L'état des sections du cadastre confirme que cette parcelle n° 2 est un corps de garde, précise qu'elle relève du Domaine de l'état et qu'elle couvre une superficie de 30 centiares, soit 30 m²(4).

Les parcelles n° 1, 3, 4 et 5 qui entourent le corps de garde sont appelées "terrien an ty gard". Le terme "terrien" semble ignoré de l'Office de la langue bretonne, mais selon Gilles Goyat, dans sa thèse de doctorat sur le parler breton de Plozévet, "terrien" aurait le sens de "terre non cultivée" (5). Il est probable que ce terme avait le même sens à Plonévez-Porzay. "Terrien an ty gard" est donc une "terre non cultivée de la maison du garde" ou "terre non cultivée du corps de garde". Ces parcelles appartiennent alors à des particuliers. 

"An ty gard", c'est donc bien "le corps de garde".

Puisque, par chance, la commune de Plonévez-Porzay dispose d'un cadastre antérieur à 1851, voyons ce qu'il en était en 1810.

Le tableau d'assemblage du cadastre de 1810 mentionne déjà un "corps de garde" sur cette pointe. Source: archives.finistere.fr (6)

Extrait du plan de la "1ère feuille de la section F dite de la Pointe" du cadastre de 1810 de Plonévez-Porzay. Source: archives.finistere.fr (7)

Le corps de garde, qui porte le n° 26 sur l'état des sections, relève alors du "Domaine Impérial" et présente une superficie de 0,00,70 "arpents métriques" (8)(bien que la loi imposant l'utilisation du système métrique décimal date de 1795, les anciennes mesures comme l'arpent continuent d'être utilisées, y compris par l'administration pour être facilement appréhendées par les usagers, et en particulier par les populations rurales et agricoles). 

Outre ce qu'en dit Roger Garrec, on trouve sur Internet une mention dans l'Inventaire en ligne du patrimoine culturel de Bretagne (9): "Batterie de côte, corps de garde et retranchements (détruits: ?), Beg an Ty Garde (Plonévez-Porzay)".

Mais on n'y découvre que la reproduction du tableau d'assemblage du cadastre de 1851, ainsi que des extraits de la feuille de "Tréfentec" de ce même cadastre, documents également reproduits ci-dessus. On y trouve aussi une "description" qui laisse penser que subsisterait un rez-de-chaussée. Il faut sans doute entendre par là qu'il ne reste aucun mur en élévation.

Il faut noter que la parcelle en photo en début d'article porte aussi le n° 0026 sur le cadastre moderne, comme sur celui de 1810, mais c'est sans doute pur hasard.

Sur cette image, le tracé des parcelles du cadastre (en orange) a été superposé à une photographie aérienne (10). Le vestige en photo au début de cet article est ici encadré de rouge. On voit que la superposition du tracé du cadastre avec la photographie aérienne n'est pas parfaite: le tracé du cadastre est décalé à la fois vers le bas et vers la gauche. Source: geoportail.gouv.fr

La comparaison de cette image du cadastre moderne avec les extraits des cadastres de 1810 et 1851, montre clairement que, sur les anciens cadastres, le corps de garde n'est pas localisé à la toute extrémité de la pointe. 

Sur le cadastre moderne, la position du corps de garde pourrait correspondre avec la position de la parcelle n° 0028 du cadastre moderne. Bien évidemment, il faut aussi tenir compte du décalage relevé plus haut entre le tracé des parcelles cadastrales et la photographie aérienne. Source: geoportail.gouv.fr

Que trouve-t-on sur le terrain, à l'emplacement de la parcelle 0028 du cadastre moderne ? Sous la végétation, on devine une forme.

La forme que l'on devine sous la végétation à l'emplacement de la parcelle n° 0028 n'est pas très lisible sur ce cliché.

Sur ce même cliché, les lignes rouges donnent une idée plus nette de la forme qui se trouve sur la parcelle n° 0028.

Le même site, vu d'un autre point.

Il s'agit donc sans doute des vestiges du corps de garde proprement dit, tel qu'il est localisé sur les cadastres de 1810 et 1851. Sur place, on distingue nettement une forme plus ou moins rectangulaire, aux angles arrondis, grossièrement orientée Est-Ouest. Des "talus", correspondant vraisemblablement à des vestiges de murs, entourent une partie en creux.

Sur une photo aérienne, on distingue ces vestiges.

Sur cette photo aérienne, on voit, à gauche, encadré de rouge, le vestige de l'extrême pointe, et à droite, la forme des "talus" entourant un espace en creux. Photo I.G.N. Source: geoportail.gouv.fr

Si, comme c'est probable, le corps de garde se trouvait bien à l'emplacement de la parcelle n° 0028 du cadastre moderne, qu'était donc la construction qui se trouvait à l'extrême pointe (parcelle n° 0026) ? Peut-être une annexe du corps de garde, une position avancée permettant une meilleure surveillance du littoral. 

Les dimensions intérieures du vestige de la pointe sont d'environ 3,15 m X 3,80 m, soit une surface d'environ 12 m². Il est difficile d'estimer les dimensions de ce qui reste du corps de garde lui-même, les anciens murs étant réduits à l'état de talus informes. Mais le cadastre de 1851 nous indiquait une superficie de 30 m².

Une trace au sol, actuellement marquée par le passage des randonneurs, pourrait être l'emplacement de l'entrée de la construction qui se trouvait à la pointe (notée A sur la photo qui précède).

Une autre trace, moins nette (notée B sur la photo qui précède) pourrait marquer l'emplacement d'un autre accès sur le côté de cette construction. Seule une fouille pourrait confirmer ou infirmer ces observations.

Le mur faisant face à l'extrémité de la pointe présente encore une petite élévation de 15 à 20 cm au plus haut.

Un autre reste de maçonnerie subsiste sur le côté opposé, à côté de l'entrée A supposée.

On ne dispose pas d'image du corps de garde proprement dit, mais deux cartes postales nous offrent une vue partielle de la construction qui se trouvait à l'extrême pointe.

Carte postale éditée avant 1928 (11

Détail de la carte postale précédente.

Carte postale éditée vers 1903 (12

Détail de la carte postale précédente.

Tout ce que l'on peut conclure de ces vues, c'est que cette construction avait une forme voutée et que la face tournée vers l'Ouest était munie de deux ouvertures rectangulaires. Celles-ci devaient permettre de surveiller ce côté de la baie de Douarnenez en restant abrité des intempéries.

Le corps de garde de Beg an Ty Garde figurait donc au cadastre de 1810. Mais de quand datait-il ?

L'Inventaire en ligne du patrimoine culturel de Bretagne (13) indique comme périodes principales le 4ème quart du 17° siècle et le 18° siècle et comme période secondaire la 1ère moitié du 19° siècle.

Il nous faut donc tenter de cerner son origine en remontant le temps grâce aux ressources disponibles comme, par exemple, la cartographie et, entre autres, la cartographie marine.

Sur la Carte de l'état major, dont la feuille dite de Quimper a été levée en 1853, le corps de garde est figuré à Beg an Ty Garde sous la forme d'un rectangle rouge.

Carte de l'état major, feuille n° 72 Quimper, levée en 1853. Détail. Source: geoportail.gouv.fr

Carte de l'état major, feuille n° 72 Quimper, levée en 1853. Détail. Source: geoportail.gouv.fr (14)

La Carte particulière des côtes de France (Rade de Brest et baie de Douarnenez), levée en 1816 et 1817 par les Ingénieurs hydrographes de la Marine (recueil intitulé Pilote Français)(15) ne figure pas le corps de garde de Beg an Ty Garde. Ça n'est pas étonnant, ces cartes marines mentionnent essentiellement les édifices susceptibles de servir de repère pour la navigation, et la configuration de cette côte, au fond de la baie de Douarnenez ne justifiait sans doute pas qu'on y représente ce corps de garde.

Carte particulière des côtes de France (Rade de Brest et baie de Douarnenez), (Pilote Français) levée en 1816-1817. Détail. Source: geoportail.gouv.fr

Le corps de garde de Beg an Ty Garde est mentionné sur la feuille "Carhaix" de la Carte dite de Cassini, levée en 1782-1783. 

Carte de Cassini. 1782-1783. Feuille "Carhaix". Détail. Source: gallica.bnf.fr (16)

Il figure aussi sur la Carte topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier (1771-1785) (17).

Carte topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier (1771-1785). Détail. Source: gallica.bnf.fr

On trouve encore le corps de garde sur une Carte des côtes de Bretagne (1750-1800)(18), faisant partie d'une série qui couvre, elle aussi, la côte bretonne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à la baie de Bourgneuf.

Feuille de la baie de Douarnenez de la Carte des côtes de Bretagne (1750-1800). Source: gallica.bnf.fr

Feuille de la baie de Douarnenez de la Carte des côtes de Bretagne (1750-1800). Détail. Source: gallica.bnf.fr

Cette carte est particulièrement intéressante parce qu'en plus d'y figurer les corps de garde comme ceux de Beg an Ty Garde ou Tal ar Grip en Plomodiern, elle figure aussi les batteries de côte, c'est-à-dire les sites équipés de canons comme à Morgat ou Douarnenez.

Sur cet extrait de la feuille de la baie de Douarnenez de la Carte des côtes de Bretagne, on voit les batteries (notées Batt.) qui protègent l'anse de Morgat. Même source que ci-dessus.

Sur cet autre extrait, on voit les batteries de l'île Tristan et du Rosmeur, symbolisées ici par des traits rayonnant représentant des trajectoires de canon, et qui protègent le port de Douarnenez. Même source que ci-dessus.

Cette carte nous apprend donc que le site de Beg an Ty Garde n'était pas une batterie, mais un simple poste de surveillance que la terminologie officielle d'alors appelait un "corps-de-garde d'observation & signaux" .

Les batteries armées de canons et les simples "corps-de-garde d'observation & signaux" sont alors regroupés en capitaineries en charge de la surveillance et de la défense de portions du littoral contre d'éventuelles attaques. Cette institution est héritée des milices garde-côtes, elles-mêmes ayant succédé au guet de la mer, né au moyen-âge. 

Au début du 18° siècle, les côtes de la baie de Douarnenez et celles d'une partie de la rade de Brest relèvent de la capitainerie de Crozon. Ainsi, un règlement du 12 mars 1726 édicte que «Les Costes Maritimes de Bretagne seront divisées en vingt-neuf Capitaineries Garde-Costes», et que Plonévez-Porzay fera partie de la 13° capitainerie (un règlement du 4 juillet 1732 porte à 31 le nombre des capitaineries de Bretagne et Plonévez-Porzay fera alors partie de la 14° capitainerie, toujours de Crozon) (19).

Paroisses relevant de la capitainerie de Crozon selon le règlement du 12 mars 1726 (20). Source: Gallica.bnf.fr

On le voit, des paroisses ne se trouvant pas directement sur le littoral, comme Châteaulin ou Lothey, dépendent aussi de la capitainerie. Elles sont supposées fournir des hommes pour la garde et la surveillance des côtes, et payer des impôts pour subvenir aux besoins de la capitainerie. 

Une ordonnance royale du 27 août 1759 portant imposition pour la dépense annuelle de la Garde-côte de Bretagne décide que Plounévez-Porzay devra fournir 30 hommes et payer 196 livres 17 sous et 6 deniers (21). Source: gallica.bnf.fr

Mais l'organisation de la capitainerie de Crozon est loin d'être satisfaisante. En 1734, on entreprend d'en dresser une carte détaillée en s'appuyant sur des cartes existantes.

Ébauche de la carte de la capitainerie de Crozon. Avril 1734. Source: gallica.bnf.fr (22)

 Lieux qu'on ne trouve point sur les cartes. Ébauche de la carte de la capitainerie de Crozon. Avril 1734. Détail. Source: gallica.bnf.fr

​Une note en 6 points du 15 juillet 1734 (23), accompagnant cette ébauche de carte, indique notamment:

« 1°. Il seroit à souhaiter que des personnes intelligentes de la Province ajoutassent sur cette carte la position des lieux qu'on n'a point trouvés dans les cartes; sçavoir les Paroisses de L'Operhet, Hanvec, Saint Coulit, L'Opérec, Saint Nic, Plounevez-Porzay. [...] 3°. Il conviendroit de fixer le nombre et la situation des corps de garde avec les batteries qui se trouvent le long de la côte en distinguant les corps de garde aussi bien que les batteries qui peuvent être ruinés.» 

Cette note comporte en tête le nom de M. de Moëlien. En est-il l'expéditeur ou le destinataire ? Ce nom est bien connu à Plonévez-Porzay: au 18° siècle, la seigneurie de Moëllien s'étendait alors sur la moitié de la paroisse. De plus, les Moëllien ont un rapport direct avec la capitainerie de Crozon: Nicolas de Moëllien, décédé entre 1643 et 1653, avait été "capitaine garde-côte de Douarnenez", tout comme son fils Sébastien, "capitaine garde-côte de l'évêché de Cornouaille" (site Internet geneanet.org); et dans son ouvrage, Roger Garrec évoque le décès, en 1761, de Guy Guillaume de Moëllien "capitaine général du bataillon de milice garde-côtes de Crozon et Camaret".

Dans le même dossier du Service hydrographique de la marine, se trouve ce qui est probablement la réponse à la correspondance précédente et qui comporte notamment un croquis de la capitainerie de Crozon (24).

Sur ce croquis, on reconnaît à droite la rade de Brest et à gauche la baie de Douarnenez. Pour se conformer aux normes modernes de représentation cartographique, il conviendrait de faire pivoter ce croquis de 90° sur la gauche. Source: gallica.bnf.fr

En réponse à la note du 15 juillet 1734, l'auteur de ce croquis y joint un commentaire (25):

« A l'égard des six paroisses que vous me marquez obmises dans le mémoire que vous m'avez envoyé, elles sont toutes de la capitainerie, étant toutes le long de la coste.
Loperhet est sur le bras de mer ou (illisible) qui conduit de Brest à Landerneau.
Hanvec est à une demi lieue du Faou.
St Coulit est à une demi lieue de Chataulin et du port de Launay où la mer va.
Lopérec est à une lieue du port de Launay
St Nic où il y a un corps de garde donne sur la lieue de grève et n'en est qu'à une demi lieue
Plounevez porzay où il y a un corps de garde donne sur la bay de Douarnenez, et n'est qu'à une demi lieue de cette bay. Voilà les positions (illisible) de tous ces endroits.
Il y a encore quelques paroisses qui sont (illisible) de la capitainerie obmises dans la carte que vous avez envoyé
»

Le corps de garde de "Plounenvez porzay" mentionné ici est celui de Beg an Ty Garde. Suivent quelques précisions concernant d'autres paroisses dépendant de la capitainerie de Crozon, qu'il n'est pas utile de reproduire ici.

On arrive à déchiffrer la plupart des mentions figurant sur ce croquis de la baie de Douarnenez. Source: gallica.bnf.fr

Il faut surtout retenir de cette réponse que, dès 1734, il y avait des corps de garde à Plonévez-Porzay, Plomodiern, Saint-Nic et Telgruc, relevant de la capitainerie de Crozon. 

Si l'on remonte plus avant dans le temps, on ne trouve plus mention d'un corps de garde à Beg an Ty Garde. Une "Carte des environs de Brest depuis Abeurac jusques au Ras", du 4 octobre 1694 et portant la signature de Sébastien Le Prestre de Vauban, mentionne des "retranchements à faire" et des "redoutes à faire" notamment à Sainte-Anne-la-Palud, à l'anse de Kervigen et à la Lieue de grève entre Plomodiern et Saint-Nic (26).

Carte de la coste de Bretagne aux environs de Brest depuis Abeurac jusques au Ras. 4 octobre 1694. Source: gallica.bnf.fr

Cette carte est sans doute établie suite à la tentative anglo-hollandaise de débarquement à Camaret des 17 et 18 juin 1694. La stratégie envisagée par Vauban consiste donc organiser la défense des plages où une autre tentative de débarquement est à craindre, mais elle ne prévoit apparemment pas de corps de garde à Tréfeuntec.

Carte de la coste de Bretagne aux environs de Brest depuis Abeurac jusques au Ras. 4 octobre 1694. Détail. Source: gallica.bnf.fr

Sur cette carte, les seuls corps de garde mentionnés sont ceux de la rade de Brest et celui de Morgat.

Le corps de garde et les batteries (notées Be) de Morgat sur la Carte des environs de Brest de 1694. Détail. Même source que ci-dessus.

Les corps de garde étaient construits et entretenus par les paroisses où ils se trouvaient. Un Règlement pour le service de la Garde-Coste, enregistré au parlement le 28 mai 1716 (27), prescrit:
« Titre VII. Article premier.
Les Corps-de-Garde lorsqu'on en aura besoin, seront construits par corvées des Paroisses de la Capitainerie où ils seront établis.
Article II
Lesdites Paroisses fourniront ce qui sera nécessaire pour la construction desdits Corps-de-Garde, qui seront faits suivant la nature des lieux de planches ou de solives, avec de la terre entre deux, & couverts de chaume ou autre matière commune dans le Pays; fourniront aussi les Tables, Bancs, Chaises, Rateliers & autres choses nécessaires, tant pour lesdits Corps-de-Garde, que pour les Plattes-formes
[…]
Article IV
Lorsque les Corps-de-Garde et les Plattes-formes ne seront plus nécessaires, ils seront démolis par corvées des mesmes paroisses […] A l'égard des Corps-de-Garde qui se trouveront bastis de pierre ou de brique, ils ne seront point démolis, les fenestres et les portes en seront bouchées & les couvertures seront entretenues.
»

A quoi pouvait donc ressembler le corps de garde de Beg an Ty Garde ?

Les archives départementales d'Ille et Vilaine conservent des dessins d'un certain Dubreuil du Marchais, datés de 1744 et représentant des corps de garde et signaux à construire. On peut aussi trouver ces dessins sur le site patrimoine.region-bretagne.fr (28)

Plan, profil et élévation du petit corps de garde et signeaux projeté à faire à la pointe de Rostuder au cap de la Chèvre paroisse de Crozon. Fait à Brest le 8 juin 1744. Source: archives départementales d'Ille et Vilaine.

Faute d'archive le concernant, rien n'indique que le corps de garde de Beg an Ty Garde ait ressemblé à celui dessiné ci-dessus. 

Les dimensions extérieures en longueur et en largeur du corps de garde projeté au Cap de la Chèvre sont d'environ 2 toises et 2 pieds, soit 4,27 m et une surface hors tout de 18 m². On ignore si le corps de garde de Beg an Ty Garde occupait la totalité des 30 m² de la parcelle figurant au cadastre de 1851 de Plonévez-Porzay ou seulement une partie, le reste correspondant à du terrain. 

Profil en travers du corps de garde de Poulhan paroisse de Plouzevet où la voute et la cheminée sont à refaire à neuf. Fait à Brest le 8 juin 1744. Source: archives départementales d'Ille et Vilaine.

Une Ordonnance du roi en date du 23 avril 1780 règle le Service aux batteries et corps de garde d'observation et signaux établis sur les côtes (29):
« Article 3 du Titre Premier
Dans tout département, le service aux batteries, corps-de-garde d'observation & signaux de la côte, sera partagé en service d'été & en service d'hiver; le service d'été commencera au premier jour du mois de Mai, & finira au dernier jour d'Octobre; le service d'hiver commencera au premier Novembre, & finira au dernier Avril.

[On jugeait qu'en hiver, le risque d'attaque était moindre et le service aux corps-de-garde d'observation et aux signaux cessait du 1er novembre au 30 avril (article 6 du Titre Deux), et les batteries pouvaient être désarmées ]
Article 7 du Titre Trois
Il y aura dans chaque corps de garde d'observation, pendant la durée du service à la côte, quatre fusils pour la sûreté des Soldats du Guet qui y feront la garde
Article premier du Titre Huit.
Il sera établi à quelques-uns des corps-de-garde d'observation où doivent se faire les signaux, une pièce de canon & ses pièces d'arme sans affût, & il y aura toujours dans chacun desdits corps-de-garde, pendant la durée du service d'été, trois charges de poudre pour la pièce, dans un coffret ou garde-feu, dont la clef sera entre les mains du Commandant du poste.
Article 2

Le signal d'alarme, soit de jour, soit de nuit, sera marqué par trois coups de canon tirés de la batterie la plus à portée de l'ennemi […]»
Le corps de garde de Beg an Ty Garde devait donc être équipé d'un canon permettant de tirer "à blanc" pour avertir les autres canonniers de la côté et ceux des paroisses de l'intérieur si un vaisseau ennemi était aperçu.

Bien qu'on ne dispose, comme on l'a vu, que de maigres informations sur le corps de garde de Beg an Ty Garde on peut néanmoins tenter d'en imaginer l'histoire.  

Il est vraisemblablement construit après 1694, date à laquelle il ne figure pas sur la "Carte  des environs de Brest etc." qui porte la signature de Vauban, et avant 1734, date à laquelle il est mentionné sur un croquis destiné à renseigner un projet de carte de la capitainerie de Crozon. 

Il est ensuite représenté sur des cartes utilisées en 1750-1800, en 1771-1785, sur une carte levée en 1782-1783, et sur les cadastres de 1810 et 1851.

Sur le cadastre de 1851, aucune autre construction n'est figurée à l'extrême pointe de Beg an Ty Garde. L'abri dont on voit maintenant les vestiges au sol à l'extrême pointe, et que l'on aperçoit sur des cartes postales, n'existe pas encore.

Depuis 1815, la fin des guerres napoléoniennes et des conflits franco-anglais, la nécessité de surveiller les côtes pour se prémunir d'une attaque s'étant dissipée, le service du guet a été abandonné. Corps de garde et batteries côtières deviennent inutiles en tant que tels. Dans le même temps, avec l'instauration du protectionnisme, c'est l'économie du pays qu'on cherche à préserver de la concurrence étrangère. Les produits d'importation doivent acquitter des droits de douane à leur entrée sur le territoire. Des brigades de douaniers sont installées aux frontières et sur le littoral pour surveiller et empêcher les trafics frauduleux. Roger Garrec nous le dit, les douaniers ont succédé aux gardes-côtes. 

Dans la baie de Douarnenez, les douaniers surveillent sans doute avant tout l'arrivée clandestine du tabac anglais, préféré par la population au mauvais tabac français, déjà objet de vives critiques dans certains cahiers de doléances en 1789. Mais d'autres produits en provenance de l'étranger sont peut-être objets de contrebande ou détournés frauduleusement avant leur arrivée dans les ports, et déchargés en haute mer sur de petites embarcations pour être discrètement acheminés sur les plages et dans les criques. Peut-être est-ce le cas de la rogue de Norvège, indispensable aux pêcheurs de sardines et dont le commerce officiel est monopolisé par de riches négociants et industriels. Peut-être est-ce le cas des graines de lin des pays baltes dont la culture est destinée à l'industrie toilière de la région. Peut-être est-ce le cas du goudron de houille anglais servant au calfatage des barques de pêche. Mais ce n'est là que suppositions, de tels trafics n'étant pas documentés.

Barils de rogue de Norvège sur les quais du Port Rhu.

Toutefois, le corps de garde de Beg an Ty Garde, s'il n'a pas été démoli en application du Règlement pour le service de la Garde-Coste de 1716, est probablement plus ou moins laissé à l'abandon et se dégrade lentement, ce qui justifie sans doute que l'on bâtisse un nouveau corps de garde à l'extrême pointe pour abriter les douaniers chargés de surveiller cette portion de la côte. Ailleurs sur le littoral breton, les anciens corps de garde des gardes-côtes sont également attribués à la douane. Grâce aux cartes postales, on en connaît quelques uns qui ont résisté au temps.

Le corps de garde de Kerfissien-Lavillo-Rocher en Cléder (et non en Plouescat comme indiqué à tort sur cette carte postale) construit dans les années 1740, relevait de la capitainerie de Saint-Pol-de-Léon (30).

Avant d'être affecté au service de la douane, le corps de garde d'Argenton en Landunvez faisait partie d'un système de défense comportant également une batterie (31)

Il n'a pas été possible, jusqu'alors, de déterminer quand le corps de garde de l'extrême pointe de Beg an Ty Garde a été désaffecté, puis démoli.

On peut remarquer que la situation de cette pointe a de nouveau été retenue pour y établir un poste de surveillance. Pendant la deuxième guerre mondiale, l'occupant allemand a construit une casemate pratiquement au pied des vestiges du premier corps de garde.

Sur cette photo aérienne, on distingue, à côté des vestiges du corps de garde (cerclés de rouge), la couverture de la casemate allemande (encadrée de rouge). Source: geoportail.gouv.fr

Cette casemate, sans doute destinée à la surveillance, dépendait du Groupe de défense côtier de Quimper (Küsten Vertedigungs Gruppe, noté KV-Gr Quimper, dont tous les éléments sont identifiés par le code Qu), et du Sous-groupe côtier de Douarnenez commençant aux bunkers de Sainte-Anne-la-Palud. Cette casemate était codifiée Qu02 Pointe de Tréfeuntec Nord.

 

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L'ancienne croix du Trez Goarem en Esquibien

Publié le par DL

A Esquibien, lorsqu'on passe devant la croix du Trez, tout près du village de Custrein, on peut apercevoir, dépassant de la végétation rase de la dune de Trez Goarem, une sorte de cube clair, presque blanc.

C'est le socle de l'ancienne croix du Trez. On voit la cavité rectangulaire dans laquelle était enfoncé le fût de la croix.

Aucune inscription ne figure sur ce socle.

Cette croix était en bois. Si elle avait été en pierre ou en métal, nul doute qu'elle aurait été conservée.

Bien qu'elle se soit située sur le territoire de la commune d'Esquibien (avant la fusion de celle-ci avec celle d'Audierne), cette ancienne croix était en lien avec la chapelle Saint-Tugen en Primelin que l'on aperçoit à l'horizon sur la première photo de cet article.

La légende de cette carte postale nous précise: Jour du pardon. La procession quittant les dunes après une courte halte à la croix.

D'ailleurs, dans son ouvrage "Saint-Tujan au Cap-Sizun", le chanoine Henri Pérennès écrit:

« Jadis, le cortège sacré se rendait, à travers tout le Trez-Goarem, jusqu'à la belle fontaine de Saint-Onno, en Esquibien, reconstruite en 1648, aujourd'hui disparue. Tout le long du parcours on chantait, à pleins poumons, les 32 strophes du Cantique des Miracles. Actuellement, la procession se rend à la grève voisine, dénommée Le Trez, où l'on a érigé, il y a quelque 40 ans, une croix de bois ».

Cet ouvrage ayant été publié en 1936, on peut en déduire que cette croix de bois avait été érigée à la fin du 19° siècle ou au début du 20¨siècle.

En 1944, une nouvelle croix est érigée un peu au Nord de l'ancienne croix, et plus proche de la chapelle Saint-Tugen (1) 

Sur cette photo, on aperçoit la chapelle Saint-Tugen (sous la flèche) et la nouvelle croix du Trez (cerclée de rouge).

Liens:

Les croix d'Esquibien

Préparatifs du pardon de Saint-Tugen en 2012

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La chapelle Saint-Michel de Laoual en Plogoff

Publié le par DL

Aujourd'hui, quand on parle de la chapelle Saint-Michel en Plogoff (Finistère), c'est de celle qui se trouve à Lescoff qu'il est question.

La chapelle Saint-Michel de Lescoff. Photo de Naden. Sourcce: https://fr.wikipedia.org/

Il n'en a pas toujours été ainsi. Jusqu'au début du 19° siècle, c'est au village de Laoual que se trouvait une chapelle Saint-Michel.

Cerclée de jaune, la localisation de la chapelle Saint-Michel au village de Laoual (noté Lauval) et cerclée de rouge, la localisation de la chapelle Saint-Collodan (notée St Collandan). Carte de l'Etat major (1820-1866). Source: geoportail.gouv.fr

On ne sait que très peu de choses sur la chapelle Saint-Michel de Laoual, et ce que l'on sait est parfois confus et les sources sont contradictoires.

Curieusement, la plus ancienne mention que l'on ait de cette chapelle n'est pas littéraire, mais iconographique. Il s'agit de sa représentation sur la "Carte particulière des environs du port de Brest du costé de la mer, qui comprend tout le pais qui est entre luy et les passages du Four, de l'Iroise et du Raz, avec tous les dangers et leurs marques", dressée par un sieur Lachainaye, officier de marine, et publiée en 1669.

Carte sur vélin du sieur Lachainaye (98 cm x 69 cm). 1669. Source: gallica.bnf.fr

Détail de la carte ci-dessus.

A partir de cette carte, une reproduction est gravée par Robert Cordier et publiée la même année 1669. On peut imaginer que, grace à ce procédé, l'impression de cette carte en de multiples exemplaires destinés aux marins qui fréquentent nos côtes devient possible.

Détail de la carte gravée par Robert Cordier. Source: gallica.bnf.fr

Toujours en 1669, Robert Cordier publie cette même carte gravée et réhaussée de couleurs. Cela n'apporte pas plus d'informations sur cette chapelle. 

Détail de la carte gravée et réhaussée de couleurs par Robert Cordier. Source: gallica.bnf.fr

Toutefois, il faut retenir que, si la chapelle Saint-Michel figure sur une carte marine, c'est qu'à cette époque elle est considérée comme un repère pour la navigation dans le passage du raz de Sein, autrement dit comme un amer.

D'ailleurs, notre chapelle figure sur d'autres cartes marines publiées ultérieurement, comme la "Carte de la baie de Brest et des environs depuis Porsal jusque a Plemarcq" dressée par Le Bocage Boissaye, hydrographe du roi, et publiée en 1684.

"Carte de la baie de Brest et des environs depuis Porsal jusque a Plemarcq". 1684. Détail Source: gallica.bnf.fr

Il faut reconnaître que certaines des cartes marines ultérieures ne sont que des copies plus ou moins fidèles des précédentes. 

Les anglais eux-mêmes cartographient nos côtes, comme Samuel Thornton qui publie en 1702-1707 un Atlas maritime comportant "A draught of the harbour of BREST"(*).

"A draught of the harbour of BREST". Samuel Thornton. 1702-1707. Source: https://commons.wikimedia.org/wiki

La ressemblance avec la carte française du sieur Lachainaye publiée en 1669 est telle qu'on ne peut voir dans la carte britannique qu'une copie.

"A draught of the harbour of BREST". Samuel Thornton. 1702-1707. Détail

Quoi qu'il en soit, la chapelle Saint-Michel est ici aussi représentée.

Au cours du 18° siècle, si la technique cartographique progresse, les diverses publications de cartes ne nous en disent guère plus sur la chapelle Saint-Michel qui continue d'y être représentée. Seule sa localisation se précise: elle n'est plus représentée sur le "Bec du Raz", mais proche de la baie des Trépassés. Bien évidemment, l'image que ces cartes nous donnent de la chapelle Saint-Michel n'est pas conforme à la réalité. Il ne s'agit que d'un dessin imaginé par celui qui trace la carte pour symboliser un édifice religieux.

"Carte de la baye de Douarnenez et la coste de Bretagne depuis Dinant jusqu'au Bec du Ras", levée par Jacques-Nicolas Bellin et publiée en 1764. Détail. Source: gallica.bnf.fr

Toutefois, la représentation de la chapelle Saint-Michel et du village qui l'entoure varie selon l'imagination du dessinateur.

Sur cette "Carte particulière des costes de Bretagne contenant les environs de la rade de Brest", c'est sans doute tout le village de Laoul qui est symbolisé. Service hydrographique de la marine. Date de publication inconnue (18° siècle). Source: gallica.bnf.fr 

 Sur cette "Carte particulière des costes de Bretagne contenant les environs de la rade de Brest", qui ressemble beaucoup à la précédente, l'image du village de Laoual est légèrement différente. Publication sans doute postérieure à 1777. Même source.

Carte dite "de Cassini", levée en 1783. Source: gallica.bnf.fr

Parfois, selon l'usage qui doit en être fait, la cartographie se fait plus ou moins précise et plus ou moins détaillée.

"Carte topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier". Ici, le souci du détail est flagrant. La chapelle Saint-Michel de Laoul et la chapelle Saint-Collodan de Lescoff sont mentionnées. Service hydrographique de la marine.1771-1785. Détail. Source: Bibliothèque nationale de France.

"Carte de la Bretagne, divisée en ses cinq départements et ses quarante-cinq districts suivant les décrets de l'Assemblée Nationale". Ici, on recourt à une représentation beaucoup plus plus schématique. 1790. Source: gallica.bnf.fr

Sur les cartes ultérieures, qu'elles soient destinées à la marine ou à d'autres usages, la chapelle Saint-Michel de Laoual n'est plus représentée.

Alors, que nous disent les textes ? A vrai dire, très peu de choses.

Tout d'abord, on ignore quand cette chapelle Saint-Michel de Laoual a été fondée, tout comme on ne sait pas exactement à quelle époque et sous l'influence de qui le culte de l'archange s'est répandu dans l'ancien diocèse de Cornouaille. Retenons seulement que, selon différentes études, le Finistère est, des 5 départements de la Bretagne historique, après l'Ille et Vilaine, celui qui compte le moins de lieux de culte dédiés à saint Michel (1 & 2).

Pour la région proche, une chapelle dédiée à saint Michel est mentionnée en 1312 à Douarnenez, et figurait sur les portulans catalans (chapelle distincte de l'actuelle, érigée en 1663 en l'honneur de Michel Le Nobletz). (1). 

Selon Michel Debary, «Le culte de saint Michel apparaît essentiellement comme un culte côtier, placé sur les sommets … » (1). C'est un fait, la chapelle Saint-Michel de Laoual se trouvait près de la côte, au-dessus de la baie des Trépassés, et se dressait sur un "sommet".

C'est sur une butte d'une altitude de 82 mètres dominant la baie des Trépassés que se dressait la chapelle Saint-Michel entre les villages de Laoual et de Lescoff. Carte de l'Etat major (1820-1866). Source: geoportail.gouv.fr

Selon les chanoines Paul Peyron (3) et Henri Pérennes (4), cette chapelle était bâtie sur un tumulus, auprès d'un menhir.

On peut donc avancer l'hypothèse qu'elle a été bâtie sur un lieu antique pour se substituer à un culte païen, et que l'archange a été choisi parce qu'en terrassant le dragon, il symbolise le combat contre le démon et les croyances anciennes. Ce n'est évidemment qu'une hypothèse. 

Selon le chanoine PEYRON, la chapelle abritait une statue qui fut transportée dans la chapelle Saint-Collodan (5). Mais dans son Nouveau Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon, René Couffon ne mentionne aucune statue de saint Michel dans les différents sanctuaires de Plogoff.

Curieusement, dans le tome 2 du Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne publié en 1853, Marteville et Varin, continuateurs de Jean-Baptiste Ogée, nous disent:

Ici, il faut dire que règne une assez grande confusion pour ce qui concerne la titulature de l'église et le patronage de la paroisse selon les sources disponibles et les époques. Si aujourd'hui, l'église paroissiale est le plus souvent connue comme église Saint-Collodan, on lit parfois que saint Fiacre en serait le second titulaire (6), ou que saint Fiacre serait le second patron de la paroisse (7), mais aussi que saint Collodan serait à la fois titulaire de l'église paroissiale et patron de la paroisse et qu'il a aussi été titulaire de l'actuelle chapelle Saint-Michel (8). On peut même lire que l'église paroissiale aurait été dédiée à saint Fiacre à l'origine (9).

Saint Collodan étant assurément titulaire de l'église, il est possible que saint Fiacre ait été patron de la paroisse plutôt que second titulaire de l'église, mais on imagine mal que saint Michel ait pu être assigné à ce rôle. 

Que sait-on de plus ? 

A propos de "la peste de Lescoff", Hyacinthe Le Carguet écrit:

Mais H. Le Carguet extrapole cette histoire en se basant sur une gwerz "Drouk Leskon(10) qui ne fait pas explicitement mention de notre chapelle.

Lorsqu'en juillet 1643, le jésuite Julien Maunoir vient en mission à Plogoff (11), il reproche aux habitants:

La chapelle Saint-Michel de Laoual était bien une des "chapelles de la côte". Mais y dansait-on vraiment la nuit ?

En revanche, ce qui est assuré, c'est qu'en 1788, pour contribuer aux finances du diocèse, à l'instar d'autres chapelles de Plogoff (Saint-Caloudan (sic), Saint-Maudez, Saint-Yves et Saint-André), la chapelle Saint-Michel versait 4 livres en deux fois (février et octobre). Seule la fabrique de l'église paroissiale et la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Voyage payaient davantage, soit respectivement 16,20 et 12,30 livres.

C'est donc que la chapelle Saint-Michel avait elle-même des revenus provenant probablement de quêtes, de dons, de fondations de messe, etc. Elle avait son pardon à l'occasion duquel les fidèles pouvaient se montrer généreux.

La position topographique de la chapelle, en hauteur et à proximité de la baie des Trépassés, devient stratégique à la Révolution, parce que les autorités redoutent un coup de main des anglais. Lorsqu'il inspecte les côtes, le 2 germinal an II (10 avril 1794), le chef de brigade Brutus David note:

Bulletin de la Société archéologique du Finistère de 1967.

Une garnison occupe donc alors la chapelle Saint-Michel comme le confirme, en 1806, le recteur Jean Gloaguen dans sa réponse à une enquête de l'évêque: «... deux de ces chapelles, une dédiée à St Michel et l'autre à St André, ont été occupées par la garnison, et sont dans un état de dégradation.» (12)

Enquête sur la paroisse de Plogoff. 1806. Source: https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/

La présence de cette garnison n'empêchera pas, en 1807, un coup de force des anglais sur le sémaphore du "bec du Raz" (13):

La chapelle a fini par être dans un tel état qu'elle est démolie, vraisemblablement en 1812, et on y a établi à sa place un télégraphe aérien ou sémaphore. 

Ce sémaphore est représenté sur la Carte particulière de la Chaussée de Sein et du passage du Raz de Sein, levée en 1817 par les ingénieurs hydrographes de la Marine et qui fait partie d'un atlas nautique, "Pilote français", publié en 1822 (14) .

Carte particulière de la Chaussée de Sein et du passage du Raz de Sein. 1817. Détail. Source: Gallica.bnf.fr 

Le "sémaphore du Raz" est aussi représenté sous des angles différents, "vu de la mer" sur deux planches de ce même ouvrage "Pilote français". Lui aussi, comme la chapelle Saint-Michel qu'il a remplacée, est donc sans doute considéré comme un repère pour la navigation.

"Basse du Nord-Ouest de la Baie des Trépassés". Extrait. Source: Gallica.bnf.fr 

"Basse du Nord-Ouest de la Baie des Trépassés". Détail. Source: Gallica.bnf.fr 

"Basse Burel". Extrait. Source: Gallica.bnf.fr

La chapelle Saint-Michel de Laoual n'existant plus, son vocable est transféré à la chapelle Saint-Collodan qui se trouve au village de Lescoff. Cette chapelle Saint-Collodan était antérieurement dédiée à saint Cléden. On ignore quand elle avait changé de titulaire. 

Sur le cadastre de 1837, la parcelle où se trouvait l'ancienne chapelle Saint-Michel de Laoual porte le n° 343.

Cadastre de Plogoff. Section A2 de Lescoff. 1837. Extrait. Source: Archives départementales du Finistère.

Cadastre de Plogoff. Section A2 de Lescoff. 1837. Détail. Même source.

Sur la matrice cadastrale, cette parcelle 343, appelée "ar chapel goz" ("la vieille chapelle"), porte la mention "ruine". D'autres parcelles font référence à la chapelle: N° 341 et 342, "parc ar chapel";  343bis, 344 et 345,"parc ar chapel izellan".

Cadastre de Plogoff. Section A2 de Lescoff. 1837. Extrait Source: Archives départementales du Finistère.

Aujourd'hui, sur le terrain, aucune trace n'est visible. La parcelle où se trouvait la chapelle est une sorte de butte en friche. Le "tumulus" des chanoines Peyron et Pérennès ?

Le site de l'ancienne chapelle Saint-Michel de Laoual, vu de la rue des Ajoncs d'or.

Le même site, vu du Nord-Est.

Des constructions se sont élevées dans le village de Laoual qui n'existaient pas à l'époque de la chapelle. Elles masquent en partie la vue sur la baie des Trépassés que l'on pouvait avoir depuis la chapelle. Mais en se déplaçant légèrement, on peut toujours admirer la baie et la pointe du Vorlen. C'est donc qu'effectivement, à l'époque, la chapelle était visible depuis la mer.

Vue prise à quelques mètres au Nord du site de l'ancienne chapelle. Les maisons sur la gauche de la photo masquent en partie la baie des Trépassés.

Vue prise de la rue des Ajoncs d'or, à une vingtaine de mètres du site de l'ancienne chapelle.

 

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Le lavoir de Porz ar Feunteun à Lesconil

Publié le par DL

A Lesconil (commune de Plobannalec-Lesconil, Finistère), pas très loin de la Croix des amoureux (Kroez ar Garantez), une construction sur l'estran intrigue le promeneur.

A l'extrémité d'un enclos presque entièrement ceint de murets maçonnés, bée une sorte de niche couverte d'un toit en bâtière. L'ensemble fait penser à un lavoir.

Mais le sol de l'enclos et la niche elle-même sont couverts de blocs rocheux, dont certains d'une taille impressionnante, visiblement projetés par-dessus les murets par la mer lors de coups de vent ou de tempêtes.

Et pourtant, il s'agit d'un lavoir alimenté par une fontaine: le lavoir de Porz-ar-Feunteun (l'anse ou la crique de la fontaine en breton).

Qu'est-ce qui a bien pu pousser les habitants à construire un lavoir dans un tel endroit ?

Bien sûr, c'est la présence d'une fontaine d'eau douce, mais c'est surtout le fait que les autres lavoirs de Lesconil (lavoirs de Menez Roz, de Kerloch et du Steir Nébilic) se trouvaient très éloignés pour les femmes habitant cette partie Sud de la localité appelée la Palud. 

Le lavoir du Steir Nébilic, construit en 1884. A cette époque, le Steir Nébilic s'étendait presque jusqu'au pied de la chapelle Sainte-Anne (avant que celle-ci ne devienne église Notre-Dame de la mer en 1924). Le muret que l'on voit derrière les lavandières empêchait qu'à marée haute la mer envahisse le lavoir (aujourd'hui comblé).

L'essentiel des informations sur la fontaine et le lavoir de Porz ar Feunteun est tiré de "Hier Plobannalec-Lesconil" de Roland Chatain et Raymond Cariou (1), informations reprises en partie en 1997 dans un article du Télégramme par Patrick Aubé, alors président de l'ODELL, Organisation de défense de l'environnement et du littoral de Lesconil qui s'est chargée de la restauration de l'édifice (2).

La plus ancienne image que l'on ait de ce lavoir est un tableau de Paul Grégoire, exposé au Salon de Paris en 1907 et intitulé "Lavandières près de la mer au pays bigouden".

"Lavandières près de la mer au pays bigouden" de Paul Grégoire. Si le lavoir existe bien, la niche de la fontaine n'est pas représentée sur cette peinture et on n'est donc pas sûr qu'elle existait. Source: artnet.com

Ce tableau de Paul Grégoire a été reproduit sous forme de carte postale, et intitulé cette fois "Un lavoir au bord de mer".

A Porz ar Feunteun, en construisant une niche maçonnée, on a voulu protéger la fontaine des assauts de la mer pour qu'elle ne la recouvre pas de blocs rocheux et ne l'obstrue pas.

On le voit donc, si la fontaine proprement dite était abritée par cette niche, à l'origine, le lavoir n'était en fait qu'un bassin aménagé dans l'estran par enlèvement de roches. Le fond de la "cuve" ainsi agencée a vraisemblablement été étanché et dallé. Sur le pourtour, des pierres plates ont été disposées pour battre et frotter le linge.

La fontaine et le lavoir dans les années 1920. La fontaine est abritée dans sa niche et le lavoir proprement dit n'est encore qu'un trou aménagé au milieu des rochers. 

Sur cette autre carte postale, dans le coin inférieur droit, on devine la niche maçonnée qui abrite la fontaine. 

A côté d'un tas de draps en train de s'égoutter, une civière qui sert ordinairement au transport du goémon permettra à deux lavandières de ramener leur linge à la maison.

Une civière à goémon dans son usage principal.

En mai 1927, une délibération du conseil municipal de Plobannalec insiste sur la nécessité qu'il y aurait de protéger le lavoir de la Palud (Porz ar Feunteun) par un mur de défense contre la mer. Mais à cette date, la mairie ne dispose pas du montant estimé de cette dépense (1.800 francs). 

La fontaine et le lavoir dans les années 1930. Le mur de protection a vraisemblablement été construit en 1928.

Sur cette autre carte postale, on voit une civière à goémon posée sur le mur de protection.

S'il évite la plupart du temps l'envahissement du lavoir par des galets et des rochers, ce mur de protection n'empêche pas la mer d'inonder occasionnellement le bassin en le submergeant ou en pénétrant par le conduit d'évacuation lors des grandes marées.

Photo Henri Moreau. Source: wikipedia.org. Sous licence Creative Commons 

Le conduit d'évacuation.

Pour réutiliser le lavoir, il fallait alors attendre que l'eau douce de la fontaine ait remplacé l'eau de mer.

Mais pire que cela, lors des tempêtes, les vagues projetaient jusqu'à l'intérieur du lavoir des roches qu'il fallait ensuite évacuer (aujourd'hui, quand cela arrive, il n'y a plus nécessité de rendre le lavoir opérationnel et les roches restent).

A Lesconil, à partir du milieu des années 1930, l'installation de pompes publiques dans le village a marqué le début du changement des habitudes. Les femmes s'y approvisionnaient en eau qu'elles ramenaient à la maison pour remplir leur lessiveuse et laver leur linge sur des lavoirs individuels. Sans doute quelques unes ont-elles continué à se retrouver à Porz-ar-Feunteun pendant quelques années.

Inutilisés, le lavoir et la fontaine se sont dégradés surtout sous les effets des coups de mer. En 1997, ils ont été restaurés par l'ODELL, Organisation de défense de l'environnement et du littoral de Lesconil.

Liens:

Le lavoir de Porz ar Feunteun sur le site petit-patrimoine.com

Le rocher du Goudoul et le lavoir de Porz ar Feunteun sur le site lesphotosdecaty.blogspot.com

Mai 1997: inauguration du lavoir rénové dans Le Télégramme

"Pierres et paysages", le site de l’association « Lire à Plobannalec-Lesconil » sur le patrimoine de Plobannalec-Lesconil.

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La casemate de Karreg Léon

Publié le par DL

A Plouhinec (Finistère), près de la pointe de Karreg Léon, un vestige du Mur de l'Atlantique continue de monter la garde dans l'attente d'une attaque qui n'est jamais venue.

Localisation de la casemate de Karreg Léon, cerclée de rouge sur cette carte topographique de l'Institut géographique nationale. Source: geoportail.gouv.fr

Qu'on la désigne sous le nom de casemate, de bunker ou de blockhaus, il s'agit d'une fortification destinée à s'opposer à un débarquement allié lors de la 2ème guerre mondiale. C'est ce que les allemands appellent un "nid de résistance".

Comme beaucoup d'autres casemates, celle-ci n'est pas dirigée vers le large, mais elle prend en enfilade les plages de Kersiny et de Mesperleuc où l'occupant allemand imagine que pourrait intervenir un coup de force visant à prendre à revers ses installations de Beg ar Grougn qui contrôlent l'entrée du port d'Audierne. Elle est construite à l'automne 1942 (1).

La casemate de Karreg Léon peut prendre sous son feu les plages de Kersiny et de Mesperleuc. Même source que ci-dessus.

Vues depuis le sommet de la casemate, les plages de Kersiny et de Mesperleuc. A l'époque de sa construction, aucune maison, aucune végétation ne gênait la vue.

La casemate de Karreg Léon vue de la plage de Kersiny. 

Cette casemate, comme toutes les installations similaires du Mur de l'Atlantique, est construite par l'Organisation Todt, entreprise de génie civil et militaire du Troisième Reich. Un détachement de cette Organisation Todt (ou OT) est établi au château de Locquéran à Plouhinec au printemps 1942. Sur les chantiers, si l'encadrement est allemand ou belge, la main d'œuvre est française et généralement locale: réquisitionnés, astreints au Service du travail obligatoire (STO) affectés sur place, chômeurs, marins-pêcheurs débarqués, ouvriers intéressés par des salaires importants.

Par souci de rationalisation, les différents types de bunkers sont normalisés de façon à répondre aux besoins des militaires des différentes armes et à s'adapter à leur environnement. 

D'après les plans du modèle reproduits plus loin, cette ouverture dans la face avant de la casemate devait être obturée par une maçonnerie ne laissant passer que la gueule du canon.

Selon Jean-Jacques Doaré, la position de défense de Karreg Léon "comprend une casemate blindée pour canon de 47 mm, un encuvement pour canon de 75 mm et des Tobrouk" (Plouhinec autrefois, Tome I, page 320). Cette description des armements qui auraient équipé cette casemate correspond en fait à deux types distincts de bunkers: le modèle 676 (petite casemate pour (canon de) 47 mm Pak K 36(t)), et le modèle 680 (casemate pour (canon de) 75 mm Pak 40 sans locaux annexes).

Intérieur de la casemate. C'est la chambre de tir où se trouvait le canon.

Compte tenu de son aspect général et surtout de la forme rectangulaire de sa chambre de tir, cette casemate est sans aucun doute du modèle 676 et abritait certainement un canon anti-char de 47 mm. Par ailleurs, lors de sa visite, il n'a été trouvé aucune trace de l'encuvement pour canon de 75 mm mentionné par Jean-Jacques Doaré, ni de plusieurs Tobrouks, mais d'un seul, au sommet de la casemate.

Modèle de casemate 676. Source: https://www.regelbau.dk/ (tous droits réservés)

Les dimensions de ce type de casemate sont: longueur 9,40m / largeur 6,60m / hauteur 4,60m. Sa construction nécessite d'excaver 250m3 et de couler 355m3 de béton, armé par 16 tonnes de fer rond et 2,20 tonnes d'acier profilé (2).

Le tobrouk est un petit bunker circulaire en béton armé, conçu pour accueillir un soldat, en général armé d'une mitrailleuse. C'est un abri ouvert sur l'extérieur dans la partie haute. Cette ouverture permet au soldat d'être en partie protégé et de pouvoir balayer sa zone à défendre d'un simple mouvement circulaire (3). 

Tobrouk au sommet de la casemate de Karreg Léon.

La casemate de Karreg Léon faisait partie du Groupe de défense côtier de Quimper (Küsten Vertedigungs Gruppe, noté KV-Gr Quimper), dont tous les éléments sont identifiés par le code Qu. Cette casemate est codifiée Qu20.  Le Groupe de défense côtier de Quimper comprenait 3 sous-groupes:

- le sous-groupe côtier de Douarnenez allant de la plage de Sainte-Anne-la-Palud (Qu01, en Plonévez-Porzay) à "Audierne Lezarouan" (Qu19, en fait sur Plouhinec);

- le sous-groupe côtier de Plogastel-Saint-Germain allant de la Pointe de Karreg Léon (Qu20) à l'Ile-Tudy (Qu53);

- le sous-groupe côtier de Fouesnant allant de la Pointe de Combrit (Qu54) à  Quimperlé (Qu87).

Baie d'Audierne: localisation d'une partie des casemates des sous-groupes de défense côtiers de Douarnenez (Qu12 à Qu19) et de Plogastel-Saint-Germain (Qu20 à Qu26).

C'est le 894° régiment d'infanterie qui est tout d'abord en charge du sous-groupe côtier de Plogastel-Saint-Germain, et donc de la casemate Qu20 de Karreg Léon. Mais en octobre 1943, ce secteur passe au 800° bataillon nord-caucasien, constitué de 897 anciens soldats de l'Armée rouge ralliés aux allemands par anti-bolchevisme, et commandés par 67 officiers allemands.

Les 1ère, 2ème et 3ème compagnies de ce bataillon (total de 600 hommes) prennent en charge le littoral entre Qu20 Karreg Léon et Qu53 Ile-Tudy Le Treustel. La 1ère compagnie commandée par le lieutenant Kouchakanov a en charge le secteur Qu20 Karreg Léon - Qu25 Penhors.

Les soldats affectés à la casemate de Karreg Léon (une dizaine d'hommes), qu'ils relèvent du 894° régiment d'infanterie ou du 800° bataillon nord-caucasien, logent dans la maison Le Pagne qui a été réquisitionnée, seule habitation dans le secteur de Korn Ero (Jean-Jacques Doaré; Plouhinec autrefois, Tome I, page 320).

Sur cette photographie aérienne du 16 avril 1948, le site de la casemate est cerclé de rouge et la maison Le Pagne est encadrée de rouge. Source: remonterletemps.ign.fr

Les rapports de la population locale avec les soldats allemands restent relativement corrects, mais les soldats caucasiens sèment la peur dans les communes où ils sont affectés par leur brutalité et les exactions qu'ils y commettent. On n'en a pas de témoignages pour Plouhinec, mais Saint-Jean-Trolimon et Pouldreuzic ont eu à subir ceux que la population appelle alors des "sauvages" (4).

Liens:

L'Organisation Todt à Tréguennec

La normalisation des bunkers: Regelbau

La typologie des bunkers

Le modèle de casemate 676 pour canon de 47 mm (site en néerlandais)

Le modèle de casemate 680 pour canon de 75 mm (site en néerlandais)

Le mur de l'Atlantique en Sud Bretagne (magazine 39-45)

Le Groupe de défense côtier de Quimper

Les troupes allemandes dans le Finistère Sud

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