L'îlot Coulinec à Tréboul.

Publié le par DL

A Tréboul (Finistère), l'îlot Coulinec fait face à la plage des Sables Blancs.

La plage Saint-Jean, la plage des Sables Blancs et l'îlot Coulinec vus de l'île Tristan.

L'îlot Coulinec vu de l'île Tristan.

L'îlot Coulinec vu du sentier côtier au pied du cimetière de Tréboul.

Tout comme le Flimiou fait partie de l'histoire et de l'identité de Douarnenez (1), l'îlot Coulinec fait partie de l'histoire et de l'identité de Tréboul.

Les plus anciennes archives le concernant découvertes jusqu'ici sont des cartes marines. La première, publiée en 1669, le représente sans le nommer.

 Robert Cordier. Carte particulière des environs du port de Brest. 1669. Source: gallica.bnf.fr

Une carte publiée en 1680-1700 par Denis de La Voye le nomme "I Colinet".

Denis de La Voye. Carte de la côte de Bretagne en 4 feuilles. 1680-1700. Source: gallica.bnf.fr

Sur une carte marine publiée en 1693, il est appelé "Isle Colinet".

5° carte particulière des costes de Bretagne contenant les environs de la rade de Brest. 1693. Source: gallica.bnf.fr

Sur les cartes suivantes, on retrouve ce nom de Colinet.

Carte des côtes de Bretagne. 1750-1800. Source: gallica.bnf.fr

Amédée-François Frezier. Carte d'une partie de la côte de Bretagne depuis l'isle d'Ouessant jusqu'à la rivière de Benaudet ou de Quimper. 1754. Source: gallica.bnf.fr

Jacques-Nicolas Bellin. Carte de la baye de Douarnenez et la coste de Bretagne depuis Dinant jusqu'au Bec du Ras. 1764. Source: gallica.bnf.fr

Sur une carte du service hydrographique de la marine, publiée de 1771 à 1785, il apparaît sous le nom tronqué de "Ile Couli".

Carte topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier. Pointe du Leydé. 1771-1785. Source: gallica.bnf.fr

A la fin du 19° siècle, l'îlot Coulinec n'est plus seulement représenté sur des cartes marines, mais aussi sur des cartes topographiques. Sur la feuille Carhaix-Plouguer-Brest de la carte dite de Cassini, levée en 1784, il est appelé "I. de Coulinoc".

Carte générale de la France, dite de Cassini. Feuille de Carhaix-Plouguer-Brest. 1784. Source: gallica.bnf.fr

Sur la Carte de la côte du département du Finistère, publiée vers 1794-1795, il est de nouveau appelé "I. Colinet".

Carte de la côte du département du Finistère. 1794-1795. Source: gallica.bnf.fr

C'est à partir de 1816 que les ingénieurs hydrographes de la Marine, sous les ordres de Charles-François Beautemps-Beaupré, établissent un Atlas des côtes françaises en 6 volumes sous le titre général de "Pilote français". Leurs relevés sont si précis qu'ils seront utilisés comme fonds de cartes marines jusqu'au début du 20° siècle par le SHOM (Service Hydrographique et Océanique de la Marine).

Notre îlot y est appelé "R. Coulinet" (R pour rocher).

Pilote français. Carte particulière des côtes de France (rade de Brest et baie de Douarnenez). 1816-1817. Source: gallica.bnf.fr

Pilote français. Plan des environs de Douarnenez. 1817. Source: gallica.bnf.fr

Pilote français. Plan des environs de Douarnenez. Détail. 1817. Source: gallica.bnf.fr

Mieux encore, Pilote français nous fournit des vues du Rocher Coulinet depuis la mer.

Pilote français. Le Rocher Coulinet vu depuis la Basse Meur (haut fond). 1817. Source: gallica.bnf.fr

Pilote français. Le Rocher Coulinet vu depuis la Basse Neuve (haut fond). 1817. Source: gallica.bnf.fr

Une autre représentation cartographique se trouve sur la carte dite de l'Etat major levée en 1848.

Carte de l'Etat major. Feuille Quimper. 1848. Source: gallica.bnf.fr

L'Office public de la langue bretonne avance une explication sur l'origine du nom:

Commune de Douarnenez. Etude normative des toponymes. Source: Office de la langue bretonne.

Mais curieusement, le site Internet de l'Office public de la langue bretonne ne connaît pas le terme Koulin sur lequel, selon lui, le nom de notre îlot serait formé ! Et selon le même site, ce que l'on appelle lapin en français, se dit aussi ... lapin en breton ! Faut-il alors se référer à conil, l'ancien nom du lapin en français ? Il paraît douteux qu'en 1680-1700, date d'édition de la première carte marine nommant cet îlot "Colinet", on ait eu recours à l'ancien nom français du lapin pour ce faire. 

Cela dit, compte tenu de la relative proximité de cet îlot avec la terre ferme, il n'est pas impossible qu'il ait été colonisé par des lapins qui peuvent s'avérer excellents nageurs. 

Exception faite des cartes, marines ou non, l'îlot Coulinec n'apparaît dans les archives qu'en 1794, par une mention qu'en fait Jacques Cambry dans son "Voyage dans le Finistère":

Jacques Cambry. Voyage dans le Finistère. District de Pont-Croix. 1794.

Si Cambry, en 1794, y voit un îlot inhabité, en 1843, dans le tome I de la réédition, par ses continuateurs, du Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne de Jean-Baptiste Ogée, l'îlot est dit habité:

Continuateurs d'Ogée. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Nouvelle édition. Tome I. 1843. Page 258. Source: books.google.fr

Par qui et comment cet îlot pourrait-il être habité dans les années 1840 ? Les représentations que l'on en a, par les ingénieurs hydrographes de la Marine en 1816 et 1817, font penser qu'il n'y a sur l'îlot aucune construction qui permettrait d'y abriter quelqu'un. En 1841 et 1846, les recensements de population de la commune de Poullan dont relevait alors administrativement le village de Tréboul et géographiquement l'îlot Coulinec, ne font état d'aucun occupant sur ce dernier.

De plus, l'îlot Coulinec ne figure pas sur le premier cadastre de Poullan, levé en 1829.

Cadastre de Poullan-sur-Mer. Tableau d'assemblage. 1829. Source: archives.finistere.fr

En 1829, si l'îlot Coulinec n'est pas cadastré, c'est qu'il fait alors partie du domaine public maritime (2) (3).

En 1898, il est mis en vente:

La Dépêche de Brest. 25 août 1898. Source: yroise.biblio.brest.fr

C'est un industriel de Tréboul, Joseph Lemarchand, qui achète l'îlot.

Alors que se développe dans la région un tourisme profitant à des milieux aisés, La Sardine, publication mensuelle traitant de l'industrie de la conserverie, imagine un projet pour ce rocher:

La Sardine, revue mensuelle. Avril 1899. Source: gallica.bnf.fr

Joseph (André) Lemarchand, qui achète l'îlot Coulinec en 1898, est le fils de Jules (André) Lemarchand, ferblantier nantais qui installe une usine de conserve de sardines à l'huile à Tréboul en 1853 et exploite un brevet déposé en 1855 portant sur la conserve de sardines sans arêtes.

Joseph Lemarchand et ses frères Jules-François et Camille-Pierre-Marie, après le décès de leur père le 18 avril 1879, et celui de leur mère (née Mélanie Gabrielle Allay) le 19 novembre 1888, s'associent le 20 décembre 1888 pour reprendre l'affaire sous la raison sociale de "Lemarchand Frères".

Joseph Lemarchand fait alors édifier sur son île une construction avec belvédère ainsi qu'un mur de clôture qui fait le tour du rocher.

Détail de la carte postale ci-dessus.

C'est surmonté de ce belvédère que l'îlot Coulinec figure désormais sur de nombreuses cartes postales.

Joseph Lemarchand décède en mars 1908.

La Dépêche de Brest. Mars 1908. Source: Archives départementales du Finistère.

A une date indéterminée, l'îlot est mis en vente et c'est René (Pierre) Béziers, autre conserveur de Douarnenez qui l'achète.

Quand il décède à son tour en septembre 1922, c'est sans doute son fils aîné, René (Louis, Marie, Pierre) Béziers qui en prend possession.

 

En août 1929, l'îlot Coulinec est à nouveau mis en vente.

L'Ouest Eclair. 30 août 1929. Source: gallica.bnf.fr

Il est vraisemblable que les trois villas mises en vente appartenaient, comme l'îlot Coulinec, à la famille Béziers. Mais il n'a pas été possible de le vérifier.

En raison d'un prix sans doute élevé, et de la difficulté de trouver un ou plusieurs acquéreurs, la vente de ces biens tarde à se dénouer. En 1932, c'est la ville du Mans qui achète les villas Ker Huel et Josanom pour y accueillir ses colonies de vacances. Toutefois, en août 1932, c'est toujours René Béziers fils qui est propriétaire de l'îlot Coulinec, lorsque, dans la nuit du 5 au 6, le pavillon surmonté du belvédère est démoli par des vandales.

La Dépêche de Brest. 16 août 1932. Source: gallica.bnf.fr

Le kiosque ou belvédère ne sera pas reconstruit et c'est la nouvelle silhouette de l'îlot Coulinec que l'on verra sur les cartes postales ultérieures.

Sur cette carte postale datant des premières années de la colonie de vacances de la ville du Mans, il ne reste que des vestiges du belvédère de Joseph Lemarchand.

Détail de la carte postale précédente.

Sur cette photo aérienne du 9 août 1947, la localisation de l'ancien belvédère est cerclée de rouge. On distingue le mur de clôture qui entoure l'îlot. Source: remonterletemps.ign.fr 

Détail de la carte postale précédente.

Détail de la carte postale précédente.

L'îlot Coulinec a inspiré les peintres.

Etienne Descargues

Gaston Pottier

Emmanuel Lansier

Il n'a pas été possible de déterminer entre les mains de qui l'îlot Coulinec passe après 1932. Rien n'indique que la ville du Mans l'ait acheté avec les villas Ker Huel et Josanom.

L'îlot Coulinec aurait été récemment acquis par le centre de thalasso de Tréboul.

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