Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

geologie

A Plozévet, côte à côte, deux roches de natures différentes.

Publié le par DL

A Plozévet, sur l'estran, au niveau du coude à angle droit que fait la rue du Menhir entre Gorréquer et Kerrest, on peut voir, côte à côte, deux massifs rocheux d'aspects radicalement différents.

Le site vu depuis la microfalaise qui domine l'estran. A gauche de ce cliché, une roche sombre, à droite, une roche claire.

Le même site vu depuis l'estran. A gauche, la roche claire, à droite, la roche sombre.

Cerclée de rouge, la localisation du site. Carte topographique I.G.N. Source: geoportail.gouv.fr

D'après les travaux de l'association "Histoire et patrimoine de Plozévet" sur les microtoponymes de la côte (1), cet endroit est appelé "ar c'herreg melen" (les rochers jaunes) (repris par Gilles Goyat dans "Plozévet: la terre et les hommes"; Skol Vreizh. 2022)

Ces massifs rocheux sont non seulement d'aspects différents, mais aussi de natures différentes.

La roche claire est vraisemblablement ce que les géologues appellent un orthogneiss, c'est-à-dire une roche métamorphique d'origine magmatique (Notice explicative de la Carte géologique de la France à 1/50.000, feuille de Pont-Croix. 1987), aussi identifiée comme leucogranite, datant de 340 millions d'années ± 10 millions d'années. (Notice géologique de la Carte géologique harmonisée du département du Finistère. 2008)

La roche sombre est vraisemblablement ce que les géologues appellent un micaschiste, c'est-à-dire une roche métamorphique d'origine sédimentaire (anciens sédiments ayant subi des transformations physiques et chimiques sous l'effet de fortes températures et pressions), datant de l'Ordovicien (de - 488 à -444 millions d'années).

La roche sombre (micaschiste) est donc plus ancienne que la roche claire (leucogranite). Cette dernière (roche intrusive), sous l'effet de la pression et en raison de sa moindre densité, s'est en quelque sorte injectée à l'état fluide dans des failles d'un massif de micaschiste préexistant (roche encaissante) lors de collision de plaques continentales.

Ces identifications sont données sous toute réserve: on est là à la limite de ce qu'un béotien tel que moi peut comprendre du sabir employé en géologie.

Dans leur article "Le relief et les sols de Plozévet", paru en 1967 dans la Revue de géographie de Lyon, Pierre et Monik Le Rhun situent à cet endroit de l'estran des « ... traînées d'amphibolite, roches plus résistantes [que les micaschistes] et qui accidentent l'estran d'une multitude de petites crêtes parallèles orientées Est-Ouest. A l'Ouest ces bancs rocheux s'enfoncent sous la mer, tandis qu'à l'Est ils forment dans la falaise des arêtes inclinées.» (2).

Alors, orthogneiss, leucogranite ou amphibolite ? 

Extraits de la carte "Topographie et géologie de la commune de Plozévet" tirée de l'article "Le relief et les sols de Plozévet" de Pierre et Monik Le Rhun. Revue de géographie de Lyon. 1967. Tous droits réservés.

La carte géologique de la France au 1/50.000 - feuille de Pont-Croix (1987), confirme cette identification d'amphibolites. 

Sur l'extrait de cette carte qui suit, les formations d'amphibolites, mises en évidence par des flèches jaunes, sont notées δ11a, et celle qui se trouve au droit de Kerrest, la plus proche de notre site, est notée fδ11a.

Extrait de la carte géologique de la France à 1/50.000. Feuille de Pont-Croix. 1987. Source: geoportail.gouv.fr

La notice explicative nous dit ceci:

Sauf à être géologue, on n'est pas plus avancé !

Enfin, la Carte géologique harmonisée du département du Finistère (2008) identifie sous le code légende 203 des micaschistes (métagreywackes) amphibolites interstratifiées dans des micaschistes, gneiss fins.

(Les formations notées 2 sur cette carte, ne sont que la grève, le cordon de galets, blocs et galets marins des estrans)

 Vous comprenez mieux ? Moi non plus !

Détail de la Carte géologique harmonisée du département du Finistère (2008). Source: https://infoterre.brgm.fr/

En conclusion, retenons seulement que ce point précis de la côte de Plozévet nous offre l'image (spectaculaire ?) du contact entre deux formations rocheuses de natures différentes, vraisemblablement nées à plus de 100 millions d'années d'écart.

Liens:

Le relief et les roches de Plozévet. Pierre et Monique Le Rhun. 1967

Notice carte géologique de la France; feuille de Pont-Croix 1987

Carte harmonisée du département du Finistère. 2008

https://fr.wikipedia.org/wiki/Leucogranite

https://fr.wikipedia.org/wiki/Orthogneiss

https://fr.wikipedia.org/wiki/Micaschiste

https://fr.wikipedia.org/wiki/Intrusion_(géologie)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordovicien

Publié dans Géologie

Partager cet article
Repost0

Eboulement de falaise à la Baie des Trépassés

Publié le par DL

La falaise qui borde l'extrémité Nord de la Baie des Trépassés en Cléden-Cap-Sizun (Finistère) est en constante évolution. Une partie s'est récemment éboulée. Février 2022.

Toute la partie la partie Nord du Cap Sizun est principalement constituée d'une alternance de deux sortes de roches: la Trondhjémite de Douarnenez et tonalites subordonnées (de couleur brune sur la carte géologique qui suit), et le Micaschiste à deux micas et quartzites micacés (de couleur gris-bleu sur la carte).

Carte géologique de la France à 1/50.000. Feuille Pointe du Raz. Edition 1985. BRGM. Source: geoportail.gouv.fr 

Sur ce détail de la carte précédente, la localisation de l'éboulement de falaise est marquée d'une croix jaune. Même références que ci-dessus.

La portion de falaise qui s'est effondrée est donc composée de Trondhjémite de Douarnenez, roche formée par refroidissement lent du magma (âgée de 472 ± 25 Ma). La Trondhjémite de Douarnenez s'est introduite dans les failles d'un massif de Micaschiste à deux micas pré-existant, qui est une roche métamorphique datant du Briovérien supérieur (-590 Ma à -540 Ma).

A cette heure, cet événement que le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) qualifie de "chute de blocs / éboulement" n'est pas encore répertorié sur son site géorisque.gouv.fr (1)

Lien:

Erosion des côtes

 

Publié dans Géologie

Partager cet article
Repost0

Les diaclases du granite à Kernod

Publié le par DL

Les rochers de l'estran, tout près du lieu-dit Kernod en Esquibien-Audierne (Finistère) présentent des réseaux de fissures plus ou moins larges. 

Cette roche est un granite, c'est-à-dire une "roche magmatique à structure grenue" (formée de grains). Le granite de Kernod est ce que les géologues appellent le "Leucogranite à muscovite et biotite de la pointe du Raz—Quimper" (le préfixe leuco signifie blanc. La muscovite et la biotite sont des silicates, c'est à dire, pour simplifier, des silices combinées à des oxydes métalliques: principalement aluminium et potassium pour la muscovite et potassium et magnésium pour la biotite).

Ce leucogranite constitue le soubassement de la partie Sud du Cap-Sizun et s'étend sous une partie du pays bigouden et jusqu'à Quimper. 

Encadré de jaune, le secteur de l'estran où ont été photographiés les rochers fissurés au Sud de Kernod. Carte géologique de la France au 1/50.000 du BRGM. Feuille de Pont-Croix. Détail. Source: geoportail.gouv.fr

Les fissures que l'on voit sur ces rochers sont des diaclases. Ce terme s'applique lorsqu'une roche se fend sans que les parties disjointes s'éloignent l'une de l'autre (alors que le terme faille s'applique lorsque les parties disjointes se déplacent l'une par rapport à l'autre).  

Le granite est le résultat du refroidissement lent, en profondeur, de grandes masses de magma mélangé à d'autres roches. Roche dure et résistante, le granite manque de souplesse. c'est pourquoi il se fissure lorsqu'il est soumis à certaines contraintes, contrairement à d'autres roches, plus "molles", qui se courbent ou se plient. 

Les diaclases peuvent se former lors du refroidissement du granite, les différents minéraux le composant (mica, feldspath et quartz) réagissant de manières différentes à ce refroidissement. Les diaclases se forment aussi sous l'effet de contraintes tectoniques, dues essentiellement aux mouvements des plaques de l'écorce terrestre. Mais les deux parois des diaclases restent en contact l'une avec l'autre.

Tant que le granite refroidi reste en profondeur, les diaclases n'évoluent pas. Mais par le soulèvement des terres ou l'érosion des couches superficielles, il peut se retrouver en surface ou proche de la surface et être soumis aux effets des agents climatiques (pluie, gel et dégel, vent ...) et biologiques (racines des plantes, des arbres, acide humique). Les diaclases se creusent alors par altération de la couche superficielle de leurs parois. Les débris de granite ainsi produits forment un sable (l'arène granitique) qui est progressivement évacué par l'écoulement des eaux

Si ce granite de l'estran de Kernod se trouve aujourd'hui à découvert, il n'en a pas toujours été ainsi. Pendant la préhistoire, lors des périodes froides, les calottes glacières des pôles retiennent l'eau des océans dont le niveau général diminue. Dans notre région, la mer se retire à 5 ou 10 kilomètres de la ligne de rivage actuelle et la baie d'Audierne est à sec (*).

L'estran au Sud de Kernod se trouve alors sous une couche de sédiments dus à l'érosion continentale, couche dans laquelle croît la végétation qui produit de l'humus. C'est vraisemblablement de ces époques que date l'essentiel de l'élargissement et du creusement de ces diaclases. Le retour de la mer lors des périodes interglaciaires évacue les couches de sédiments et d'humus et remet au jour les masses de granite de Kernod et ses diaclases.

Sur certains granites, ces phénomènes peuvent aboutir à la formations de chaos granitiques, dont le plus spectaculaire en Finistère est celui de Huelgoat.

Les phénomènes climatiques et la mer contribuent alors à l'accentuation du creusement des diaclases, mais dans une mesure moindre que lorsque le granite se trouve recouvert de sédiments et d'humus.

Liens:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Granite

https://fr.wikipedia.org/wiki/Muscovite

https://fr.wikipedia.org/wiki/Biotite

https://fr.wikipedia.org/wiki/Diaclase

Altération du granite

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chaos_(géologie)

Carte géologique de la France / Feuille de Pont-Croix - notice explicative

Publié dans Géologie

Partager cet article
Repost0

Un site géologique remarquable sur la plage des Grands Sables au Pouldu (Clohars Carnoët)

Publié le par DL

A l'extrémité Est de la plage des Grands Sables au Pouldu en Clohars-Carnoët (Finistère), se trouve un site géologique remarquable.

Bien que cette formation soit vraisemblablement remarquable pour ses caractéristiques géologiques ou pétrographiques, ce n'est pas pour celles-ci qu'elle est présentée ici, mais pour son aspect spectaculaire et esthétique. 

En effet, tout à fait incapable d'en déterminer la nature exacte, je ne peux qu'inciter ceux que cette nature intéresserait à consulter la Notice explicative de la Carte géologique de la France à 1/50.000 pour la feuille "Lorient", éditée en 2012 par le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière) (1). Selon ses pages 28 et suivantes, il pourrait s'agir de "micaschistes à épidotites", mais une fois cela dit, on n'en sait pas beaucoup plus.

La série de photographies qui suit ne restitue qu'imparfaitement le caractère surprenant et la beauté de cette formation qu'il est préférable, si possible, d'admirer sur place.

Localisation du site sur le plan IGN du Pouldu en Clohars-Carnoët. Source: geoportail.gouv.fr

Les cartes géologiques ne sont pas d'une plus grande aide que la Notice précitée, bien au contraire. 

Cerclée de rouge, la localisation du site sur la carte géologique en ligne sur le site geoportail.gouv.fr, sans doute de 2012.

Cerclée de rouge, la localisation du site sur la carte géologique harmonisée du département du Finistère de 2008 (2)

 

Publié dans Géologie

Partager cet article
Repost0

Un ancien fond de l'étang de Kergalan sur la plage de Plovan ?

Publié le par DL

Sur la plage de Plovan (Finistère), tout près de l'exutoire de l'étang de Kergalan, par son aspect, un banc de nature indéterminée se distingue du sable qui l'entoure et qui le recouvre en partie. Juillet 2020.

Sous la flèche rouge, une partie de ce banc à l'aspect particulier.

Ce banc à l'aspect particulier apparaît de manière discontinue au pied du cordon de graviers et de galets responsable de la formation de l'étang de Kergalan. 

Une autre partie de ce banc.

En rouge, la localisation approximative du site. Carte topographique IGN. Source: geoportail.gouv.fr

D'autres parties de cette formation affleurent de place en place au milieu du sable de la plage.

La couleur de cette formation est plus sombre que le sable de la plage, en particulier quand elle est mouillée.

Par ailleurs, cette formation comporte des traces qui évoquent des débris végétaux. 

Détail de la photo précédente. 

La présence de débris végétaux inclus dans cette matière est encore plus nette lorsqu'elle est humide.

Détail de la photo précédente. 

Sa consistance est également différente de celle du sable de la plage: elle est plus "grasse", légèrement pâteuse.

C'est, semble-t-il, un mélange de sable et de vase, celle-ci faisant office de "ciment" et assurant à cette formation une relative cohésion.

Il s'agit vraisemblablement d'un ancien fond de l'étang de Kergalan.

Dans la baie d'Audierne, le dépôt par la mer d'un cordon de galets, l'Ero Vili, a fait obstacle à l'écoulement des ruisseaux. En arrière de ce cordon de galets, il s'est formé des marais et des étangs qui s'échelonnent le long de la côte entre Prat Meur en Plozévet et Kermabec en Tréguennec. Plus au Sud, le cordon des dunes de sable qui s'étend jusqu'à la pointe de la Torche en Plomeur et même jusqu'à Toul Gwin en Penmarc'h n'a pas favorisé la formation de tels étangs, mais de simples zones humides. L'étang de Saint-Vio et le marais de Loch ar Stang constituent un cas particulier qu'il n'est pas utile de développer ici.

Derrière le cordon de galets, l'étang de Nérizellec en Plovan.

Les plus étendus de ces étangs sont celui de Kergalan entre Plovan et Tréogat et celui de Trunvel entre Tréogat et Tréguennec.

L'étang de Kergalan est alimenté par le ruisseau du même nom qui prend sa source à Pouldreuzic et par deux affluents principaux prenant leur source respectivement près du village de Ruot Nevez et près de celui de Park Gallo (1). 

Le réseau hydrographique de Kergalan. Photo aérienne IGN. Source: geoportail.gouv.fr

L'étang de Kergalan abrite, comme celui de Trunvel, une grande diversité d'espèces végétales, en particulier d'espèces enracinées: naïade marine (Najas marina), myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum), potamot pectiné (Stuckenia pectinata), nénuphar blanc (Nymphaea alba), etc., et surtout roseau commun (Phragmites australis) (2).

Roselières bordant l'étang de Kergalan.

Par sa nature même, le cordon de galets qui fait barrage à l'écoulement des ruisseaux et des eaux de ruissellement est meuble et peut être mis en mouvement par la mer, en particulier lors des tempêtes.

Des études menées à partir des années 1940 ont démontré le recul considérable du cordon de galets de la baie d'Audierne (Ero Vili) sous l'effet des conditions météorologiques et des activités humaines (3)(4). Ce recul est variable à la fois selon les périodes et selon les secteurs considérés. 

Le retrait de la ligne de rivage depuis 1781 en baie d’Audierne : positions successives et quantification des vitesses de recul par période. Source: Alain Hénaff, Catherine Meur-Férec et Yannick Lageat / Changement climatique et dynamique géomorphologique des côtes bretonnes. Leçons pour une gestion responsable de l’imbrication des échelles spatio-temporelles. Tous droits réservés.

Pour la seule période 1952-2009, le cordon de galets devant les étangs a reculé jusqu'à 160 mètres au niveau de l'étang de Trunvel, et 120 mètres au niveau de l'étang de Kergalan.

Erosion du trait de côte du cordon de l’Ero Vili en baie d’Audierne entre 1952 et 2009. Source: Emmanuel Blaise / Etude des dynamiques du trait de côte de la région Bretagne à différentes échelles spatio-temporelles. Tous droits réservés

Un recul de 120 mètres en 59 ans au niveau de l'étang de Kergalan ! C'est une moyenne annuelle de 2 mètres. Depuis 2009, le recul aurait ralenti sauf lors des tempêtes de l'hiver 2013-2014 (5). Concrètement, cela signifie qu'en 1952 le cordon de galets qui ferme l'étang de Kergalan se trouvait 120 mètres à l'Ouest de sa position de 2009 (et encore au-delà si on remonte plus loin dans le temps). Cela signifie aussi que l'étang lui-même, et en particulier son fond, s'étendaient alors sur une surface aujourd'hui occupée par la plage.

L'ancien fond de l'étang, recouvert par le sable de la plage au fur et à mesure que le recul du cordon de galets le dégageait, s'est trouvé en quelque sorte fossilisé sous la plage. Mis au jour lors de démaigrissements de celle-ci, et attaqué par la houle, il se disloque et on en découvre des morceaux échoués sur le cordon de galets.

 

Publié dans Géologie

Partager cet article
Repost0

1 2 3 4 5 > >>