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geologie

Les roches vertes de l'anse de Pen Hat.

Publié le par DL

A l'extrémité Nord de l'anse de Pen Hat en Camaret (Finistère), parmi des blocs rocheux d'un aspect différent, des roches vertes émergent du sable en haut de la plage.

Contrairement aux blocs rocheux qui les entourent, on voit nettement que ces roches vertes sont usées par le frottement des galets que la mer brasse ici à chaque marée.

Cerclée de rouge, la localisation du site. Carte topographique IGN (Institut Géographique National). Source: geoportail.gouv.fr

Cerclée de rouge, la localisation du site. Carte topographique IGN. Détail. Même source.

Ces blocs rocheux pourraient s'être détachés de la falaise de la pointe du Toulinguet qui borde cette extrémité de l'anse de Pen Hat. Mais dans cette falaise, aucune roche apparente de cette couleur verte, striée par endroits de bandes plus sombres. 

Sur Internet, parmi l'abondante documentation qui traite de la si exceptionnelle géologie de la presqu'île de Crozon, aucune mention n'est faite de ces roches vertes de l'anse de Pen Hat.

Il reste donc à se référer aux cartes géologiques levées et publiées par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), et en particulier à la feuille au 1/50.000 de Brest publiée en 1980, et à la Carte géologique harmonisée du département du Finistère, également au 1/50.000, publiée en 2008.

Carte géologique à 1/50.000. Feuille de Brest. 1980. BRGM. Source: geoportail.gouv.fr

Carte géologique harmonisée du département du Finistère à 1/50.000. 2008. BRGM. Source Internet. (Pour arriver à ce niveau de détail, il a fallu grossir x 6 l'original de la carte)

Dans la notice explicative qui accompagne chacune de ces cartes, aucune mention n'est faite de ce site en particulier et de ces roches vertes. C'est toutefois la carte géologique de 1980 qui ouvre une piste potentiellement intéressante.

Détail de la carte géologique à 1/50.000 qui précède. 

Et si ces roches vertes provenaient de la formation figurée avec une couleur bleutée et mise en évidence ci-dessus par une flèche rouge, et qui semble être un prolongement de la formation plus étendue à son Nord-Est et ici cerclée de rouge ... Cette formation de l'anse de Porz Naye est dénommée "b" dans d'autres partie de la carte géologique de Brest. 

C'est donc par comparaison avec des formations représentées par la même couleur et dénommées par un même symbole qu'on peut espérer approcher d'une identification possible à défaut d'être certaine.

On retrouve une formation géologique de même nature et bien identifiée sur la carte géologique "feuille de Brest" publiée en 1980. 

A l'Est de Brest, une formation géologique de même nature que celle de l'anse de Porz Naye et de l'anse de Pen Hat est ici encadrée de jaune. Carte géologique à 1/50.000. Feuille de Brest. 1980. BRGM. Même source que ci-dessus.

Cette formation est appelée "Briovérien de l'Elorn". Le briovérien est une subdivision de l'échelle des temps géologiques. Il se subdivise lui-même en briovérien inférieur (de -670 Ma à - 590 Ma)* et en briovérien supérieur (de - 590 Ma à -540 Ma)*.

* Ma = millions d'années

Que nous disent les géologues ? Pour simplifier et résumer, cette formation est de même nature que les "phyllades de Douarnenez", c'est-à-dire qu'il s'agit d'une roche métamorphique (ayant subi des transformations sous l'effet de températures et de pressions élevées entraînant une modification de la texture ou de la composition chimique de la roche d'origine).

De fait, les roches vertes de l'anse de Pen Hat rappellent celles que l'on trouve au pied des falaises de Trezmalaouen en Kerlaz (Finistère), au fond de la baie de Douarnenez (1).

Phyllade de Douarnenez au pied de la falaise de Trezmalaouen en Kerlaz (Finistère).

Si l'on veut être plus précis, les roches vertes des anses de Pen Hat de de Porz Naye font partie du briovérien supérieur (de - 590 Ma à -540 Ma), qui est une phase au cours de laquelle des sédiments se sont formés suite au démantèlement d'une chaîne de montagne. La notice explicative de la feuille géologique de Brest précise:

Carte géologique à 1/50.000. Feuille de Brest. 1980. Notice explicative page 13. BRGM.

Les roches vertes de l'anse de Pen Hat (et de celle de Porz Naye) seraient donc ces "termes gréseux (Wackes) gris-vert". La Wacke (ou grauwacke) est "un  grès qui, par métamorphisme, se transforme pour donner ... une roche à grains fins ... cimentés par un liant argileux riche en chlorite, ce qui la colore en vert" (2).

Quant à la notice de la carte géologique harmonisée du Finistère (2008), elle indique pour le Briovérien de l'Elorn:

Carte géologique harmonisée du département du Finistère. 2008. BRGM. page 413

 

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Une formation géologique remarquable à Cléden-Cap-Sizun

Publié le par DL

A l'extrémité Nord de la plage de la Baie des Trépassés, en Cléden-Cap-Sizun, au pied de la falaise, se trouve une formation géologique remarquable.

 Localisation de la formation géologique. Photo aérienne IGN. Source: géoportail.gouv.fr

C'est une masse gris sombre dans laquelle se trouvent inclus des blocs rocheux de toutes tailles.

Son aspect rappelle un peu celui de la tourbe que l'on peut voir dans la partie Sud de la Baie des Trépassés, côté Plogoff, à l'occasion d'épisodes de démaigrissement de la plage (voir l'article qui est consacré à cette tourbe: ici)

Mais il s'agit ici d'une toute autre formation géologique, et beaucoup plus ancienne. Ici, les géologues parlent de conglomérat de la Baie des Trépassés. On retrouve un affleurement de cette formation dans la partie Sud de la même plage, côté Plogoff, mais seul l'affleurement du Nord, côté Cléden, est représenté dans cet article.

La masse sombre est une argile datant du Carbonifère (de -358,9 ± 0,4 millions d'années à -298,9 ± 0,2 millions d'années) et les blocs rocheux qu'elle contient sont des éléments de quartz, de mylonite et de schistes noirs.

Pour être plus précis, ce conglomérat date du Stéphanien, c'est-à-dire la partie la plus récente du Carbonifère, soit autour de 300 millions d'années. Et quand on parle du Carbonifère, on pense ... charbon. 

Dans le Cap-Sizun, la présence de charbon est avérée et bien connue depuis le milieu du 18° siècle. Des demandes de concession pour son exploitation se sont échelonnées de 1759 à 1901 (Daniel Bernard, article sur Cléden-Cap-Sizun dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère. 1951). 

"Plan d'ensemble de la houillère du Cap-Sizun, canton de Pont-Croix" (extrait). Anonyme, non daté. Source: gallica.bnf.fr

Du côté de Cléden-Cap-Sizun, cette formation se poursuit sur l'estran, même si elle n'est pas toujours visible, car le plus souvent recouverte de sable. Ce n'est qu'à l'occasion d'un démaigrissement de la plage que l'on peut apprécier son étendue.

Le 29 novembre 2019, la mer a emporté le sable de la plage. Encadrée de rouge, la formation se prolonge sur l'estran. Sous les flèches rouges, des rochers reconnaissables permettent de se repérer.

Le 26 mai 2020, la formation, couverte de sable, n'est pas visible sur l'estran.

Le conglomérat de la Baie des Trépassés occupe une dépression, le fossé stéphanien, encaissé entre deux formations géologiques distinctes: au Nord la trondhjémite de Douarnenez (± 480 millions d'années) et au Sud le leucogranite de la Pointe du Raz (± 290 millions d'années).

Entre les deux traits rouges, le fossé stéphanien. Cerclé de rouge l'affleurement du conglomérat côté Cléden. Carte géologique de la Pointe du Raz. Source: geoportail.gouv.fr

C'est dans cette dépression que s'est formée l'argile du conglomérat dans laquelle se sont trouvés inclus des blocs rocheux provenant des massifs cristallins qui la bordent. 

Au pied de la falaise, l'argile du conglomérat est friable (voir la vidéo qui suit).

Le conglomérat de la Baie des Trépassés est considéré comme un site d'intérêt géologique et figure à ce titre à l'inventaire national du patrimoine géologique (voir le lien ci-dessous).

Liens:

Site d’intérêt géologique : Conglomérat de la Baie des Trépassés

Conglomérat stéphanien de la Baie des Trépassés

Le Carbonifère

Jacques Garreau: Les reliefs en creux de la zone broyée sud-armoricaine de la Baie des Trépassés à Saint-Yvy.

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De la tourbe à Treffiagat

Publié le par DL

Entre la plage de Léhan et celle de Squividan en Treffiagat (Finistère), de larges plaques sombres apparaissent où une couche de sable a été emportée par la mer. Mars 2019.

C'est de la tourbe, matière organique fossile formée par accumulation de végétaux morts dans un milieu saturé en eau. Quelques "galettes" semblent s'en être détachées sans doute sous l'effet des vagues.

La tourbe se formant dans l'eau douce, on peut se demander pourquoi on trouve celle-ci dans une zone couverte par la mer à chaque marée.

Sur cette photographie aérienne de l'IGN (Institut Géographique National), la zone où la tourbe est apparue en mars 2019 est marquée d'un trait rouge. Sur la gauche, la marque rouge signale la position du menhir de Léhan en bordure de l'étang. Source: geoportal.gouv.fr

En fait, cette tourbe s'est bien formée à cet endroit quand la mer ne l'atteignait pas. A cette époque, la dune qui surplombe la plage se trouvait plus au large, c'est-à-dire au Sud de sa position actuelle. 

L'accumulation de galets et de sable crée des cordons dunaires qui bloquent l'écoulement des ruisseaux et provoquent la formation de marais et d'étangs dont l'eau finit par s'évacuer par filtration sous la dune. C'est dans de tels marais et étangs que se forme la tourbe.

Dans le Finistère, d'autres tourbières sont occasionnellement visibles sur l'estran: dans l'anse de Kervijen, en Plomodiern (1) ou dans la Baie des Trépassés en Plogoff (2).

La côte du pays bigouden compte de nombreux étangs d'arrière dune, dont les plus étendus sont ceux de Kergalan et de Trunvel. A Treffiagat, il subsiste l'étang de Léhan dont l'existence est due au barrage que la dune oppose à l'écoulement des eaux de ruissellement. La lente formation de tourbe se poursuit donc.

L'étang de Léhan avec son menhir et sa roselière.

Actuellement, ce sont sans doute essentiellement les feuilles mortes de la roselière  s'accumulant au fond de l'étang de Léhan qui forment de la tourbe. 

Il y a quelques millénaires, cet étang se trouvait certainement plus au Sud sans être nécessairement plus étendu qu'aujourd'hui. Le vent, les tempêtes et l'élévation du niveau des océans ont progressivement repoussé les cordons dunaires vers l'intérieur des terres et mis à portée des marées des zones jusqu'alors dans les terres.

Toutefois, les bancs de tourbe apparus en mars 2019 ne se trouvent pas à proximité directe de l'étang de Léhan, mais plus à l'Est. L'explication qui précède s'applique aussi à eux: il y a quelques millénaires, un étang ou un marais se trouvait à cet endroit, à l'arrière d'un cordon dunaire qui se trouvait lui-même plus au Sud. 

D'ailleurs, le secteur qui se trouve aujourd'hui derrière la dune au niveau de ces bancs de tourbe est aujourd'hui considéré comme une zone humide.

Le secteur grisâtre cerclé de rouge est une zone humide où s'accumulent les eaux de ruissellement. En bleu, le réseau hydrographique. Source: geoportail.gouv.fr

Sur des cartes anciennes, ce secteur est figuré comme un étang.

Carte dite de Cassini (1783). Cette carte figure 2 étangs derrière le cordon dunaire. La marque rouge indique la position du menhir. Source: gallica.bnf.fr

Carte dite d'Etat major (1820-1866). Deux étangs de part et d'autre du village de Léhan. Source: geoportail.gouv.fr

Carte extraite du "Pilote français" (1822). Source: geoportail.gouv.fr

Comme pour l'étang de Léhan, celui qui n'est plus maintenant qu'une zone humide se situait plus au Sud voici quelques milliers d'années. 

La roselière qui bordait ses rives a déposé au fond de l'eau ses feuilles mortes qui se sont transformées en tourbe noire. 

Avec le temps, les événements météorologiques et la montée du niveau océanique, le cordon dunaire a été repoussé progressivement vers le Nord, recouvrant tout d'abord la tourbe puis la laissant apparaître. 

Cette tourbe est découverte approximativement au milieu de l'estran (le 27 mars 2019, moins d'une heure après une marée basse de coefficient 55). Il en a aussi été observé par un plongeur à 2,40 mètres au dessous des basses mers de coefficient 118, dans un endroit indéterminé de la côte de Treffiagat (3). C'est dire que cette tourbière devait être très étendue.

Liens:

Les zone humides de Treffiagat

Tourbières et marais, des zones humides remarquables

Treffiagat, une richesse archéologique préhistorique

https://www.ouest-france.fr/bretagne/treffiagat-29730/en-images-fausse-alerte-pollution-sur-le-littoral-bigouden-6314817

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Des filons de quartz à Plozévet

Publié le par DL

A Plozévet, quand on circule à marée basse sur l'estran, au pied de la falaise entre Prat Meur et l'anse de Canté, on peut voir des filons de roche claire, parfois presque blanche, comme insérés dans la roche encaissante plus sombre.

Comme on peut le voir sur les photos ci-dessus, ces filons forment des alignements quasi rectilignes sur des mètres, voire des dizaines de mètres.

En orange, localisation des sites entre Prat Meur au N.-O. et l'anse de Canté au S.-E. Carte topographique IGN. Source: géoportail.ign.fr

Ces filons sont du quartz, c'est-à-dire essentiellement de la silice associée à différents éléments chimiques, dont des métaux.

Les roches dans lesquelles ces filons se sont formés sont des micaschistes, c'est-à-dire des roches ayant subi des transformations physiques et chimiques dans des conditions de forte pression et température (roches métamorphiques).

Sur cette photo, on voit que les filons de quartz se trouvent sur toute l'épaisseur des micaschistes encaissants.

Ces micaschistes forment des couches qui se sont redressées sous l'effet des forces tectoniques et présentent un pendage jusqu'à 80°.

Sur la droite de cette photo, on voit nettement un banc de micaschistes redressé presque verticalement.

Extrait de la carte géologique dite de Pont-Croix, du Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM). Source: geoportail.ign.fr

Ces filons de quartz sont des filons hydrothermaux. En profondeur, de l'eau très chaude et sous pression s'est chargée de silice dissoute et s'est infiltrée dans les failles et les fissures de la roche encaissante (micaschistes). Sous l'effet du refroidissement et de la diminution de pression, la silice jusqu'alors dissoute s'est cristallisée et s'est déposée sur les parois des failles qu'elle a fini par combler entièrement. 

Ces filons peuvent avoir une largeur considérable. Sur cette photo, la personne cerclée de rouge donne une indication de l'échelle.

Sur l'estran soumis à l'action de l'océan, la roche encaissante, plus fragile, s'érode plus rapidement que le quartz, jusqu'à disparaître en surface et dégager le filon qui se disloque peu à peu en libérant des blocs.

Sur cette photo, deux filons encore en place dans la roche encaissante, et, sur la gauche, les blocs d'un plus gros filon complètement disloqué. 

La force des vagues est capable se déplacer les blocs de quartz à tel point qu'on ne peut que deviner le tracé du filon qu'ils composaient.

 

Parfois, le tracé initial d'un filon est impossible à déterminer.

Blocs de quartz épars sur la grève.

Liens:

https://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/environnement/4640358-comment-est-fabrique-le-quartz.html

http://temoinsdupasse.free.fr/gitologie.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quartz_(minéral)

https://dossier.univ-st-etienne.fr/dsi/www/tice/geologie/generalites/mineralisation_perimetre/mineralisations_filons.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Micaschiste

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Des traces de cuivre en presqu'île de Crozon ?

Publié le par DL

Au pied de la falaise qui surplombe la plage de Kersiguénou en Crozon (Finistère), un bloc rocheux présente des traces insolites.

Ce n'est pas surtout sa couleur gris-bleu qui surprend, alors que la falaise qui se trouve derrière est plutôt beige. Ce qui surprend, c'est qu'il porte de nombreuses traces qui font penser à du cuivre et à ce qu'on appelle communément du vert-de-gris.

Cerclée de rouge, la localisation du bloc rocheux. Photo aérienne IGN. Source: geoportail.gouv.fr 

Sur ces deux photos, on voit des traces bleu-vert sur la roche. 

Sur ces deux photos, on voit aussi des amas rougeâtres entourés de traces bleu-vert.

Détails des photos qui précèdent.

La présence simultanée d'amas rougeâtres et de traces bleu-vert évoquent le cuivre et le vert-de-gris.

Contrairement à ce qui est communément admis, le vert-de-gris n'est pas le produit de l'oxydation du cuivre, mais celui de sa corrosion (Wikipédia). Il comporte différents composés dans des proportions variables dépendant des conditions extérieures: antlérite (milieu très pollué avec beaucoup de dioxyde de soufre), brochantite (milieu moyennement pollué avec peu de dioxyde de soufre) et atacamite (milieu salin).

Peut-il effectivement s'agir de traces de cuivre et de vert-de-gris ? Pas si l'on en croit la carte géologique de Brest et sa région, ou la carte géologique harmonisée du département du Finistère du Bureau de Recherche géologique et minière (BRGM), qui ne mentionnent pas de roches susceptibles de contenir du cuivre dans ce secteur.

Quoi qu'il en soit, ce bloc rocheux comporte de nombreuses traces de ce genre.

 Détail de la photo précédente.

Ce n'est pas tout. Cette roche présente aussi deux trous presque parfaitement circulaires. Ont-ils une origine naturelle ? On le dirait bien.

Trou n° 1.

Trou n° 2

Lien:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vert-de-gris

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