Des viviers à Pors Poulhan

Publié le par DL

Lorsqu'on parcourt le chemin de grande randonnée GR34 entre la Pointe du Souc'h et Pors Poulhan en Plouhinec (Finistère), on peut remarquer, au pied du feu, des vestiges de maçonnerie depuis le haut de la falaise jusqu'à l'estran où elles sont noyées à chaque marée.

C'est ce qu'il reste d'anciens viviers, ou plus exactement de "réservoirs à crustacés" comme ils étaient appelés au tournant des 19° et 20° siècles.

Il faut reconnaître qu'on ne sait pas grand chose sur ces viviers de Pors Poulhan. C'est Jean-Jacques Doaré, dans son ouvrage "Plouhinec Autrefois", qui nous en dit le plus. 

C'est un certain Eugène Courtois, négociant-industriel à Audierne, qui fait une demande d'occupation du domaine maritime en 1896 pour construire un "réservoir à crustacés", demande accordée en mars 1897. 

Le choix de ce site ne doit rien au hasard. En effet, à cette époque, l'anse de Pors Poulhan sert d'abri à de petits bateaux dont les équipages se livrent à la pêche aux crustacés, principalement homards et langoustes.

Sous l'influence de pêcheurs paimpolais et camarétois, cette pêche aux crustacés s'était tout d'abord développée à l'île de Sein à partir des années 1850, avant de se répandre dans le Cap Sizun où des viviers sont construits en 1883 dans la crique de Porz Tarz en Primelin.

A Pors Poulhan, les viviers sont établis dans deux grottes marines contigües que l'on ferme par d'épaisses maçonneries.

Extrait de "La pêche maritime: son évolution en France et à l'étranger". J. Kerzoncuf. 1917

Vue depuis le haut de la falaise, l'épaisse maçonnerie qui ferme la grotte principale de Pors Poulhan.

Sur cette carte postale, on distingue la maçonnerie qui ferme la grotte principale transformée en "réservoir à crustacés". 

Détail de la carte postale précédente.

A quoi servaient les autres maçonneries que l'on voit encore aujourd'hui sur l'estran ? Il est bien difficile de l'imaginer.

Qui était donc cet Eugène Courtois qui a fait construire ces viviers ? Il est bien difficile à cerner. Notamment, il n'existe pas de généalogie le concernant personnellement sur le site Internet geneanet.org. On trouve seulement, dans les actes d'état civil d'Audierne de 1881, la mention d'un Eugène Courtois, industriel âgé de trente ans, résidant "sur le Grand quai", qui est témoin lors de la déclaration de naissance d'une petite Adélaïde Guillou, fille de François Marie Guillou, soudeur, et de Gracieuse Maillu, sans profession.

Lors du recensement de 1881 à Audierne, une famille Courtois (Athanase, 33 ans, douanier et Marie Quillivic, 29 ans ménagère et leurs enfants), réside Grande rue, mais rien ne permet de la relier à "notre" Eugène Courtois. 

Jean-Jacques Doaré, dans son ouvrage "Plouhinec Autrefois", qui nous dit que, par ailleurs, en 1881, Eugène Courtois créée des parcs à huîtres dans le lit du Goyen aux lieux-dits Roz ar Garrec, anse Rivet et anse du Stum. En outre, toujours en 1881, avec il se propose, avec Antoine Batifoulier, hôtelier à Audierne, de faire construire une fontaine et un lavoir entre le château de Locquéran et le pont d'Audierne.

Un commerçant de Pors Poulhan, Henri (Frédéric Charles) Colin obtient la concession de ces viviers qui seront en service jusqu'en 1920.

Henri Colin, déclaré matelot au registre matricule de recrutement (classe 1898), est cultivateur lorsqu'il épouse Anne-Marie Goyat en 1903, puis il se déclare successivement boulanger et commerçant. 

On ne sait pas précisément à quoi est dû l'abandon de ces viviers. La raréfaction de la ressource locale en crustacés (qui poussera certains pêcheurs à partir sur les côtes anglaises, et plus tard sur celles du Maroc et de Mauritanie), la difficulté d'accès aux grottes, la motorisation des déplacements qui permettra d'envoyer rapidement les crustacés à Audierne ... peut-être tout cela à la fois.

Sur cette photo aérienne du 7 mai 1963, les deux grottes contigües qui servirent de "réservoirs à crustacés". Source: remonterletemps.ign.fr

 

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