Le lavoir de Poulgoazec

Publié le par DL

A Plouhinec (Finistère), caché derrière l'ancienne usine "Pêcheurs de France" (familièrement appelée "l'usine à poissons" par les habitants du cru), se trouve le lavoir de Poulgoazec, aussi parfois appelé lavoir de Loquéran bihan ou lavoir de Saint-Jérôme.

Il comporte aujourd'hui deux bassins: un petit immédiatement en aval de la fontaine qui l'alimente, suivi d'un plus grand dont l'eau se déverse dans un canal avant de disparaître sous terre.

Aussi curieux que cela puisse paraître, jadis, ce lavoir se trouvait sur la grève ! Ce n'est pas le lavoir qui a été déplacé, c'est la grève.

En effet, si certains l'appellent lavoir de Saint-Jérôme, c'est parce qu'il se trouvait dans l'anse de ce nom avant qu'elle ne soit comblée.

Sur cette photo aérienne de 2012, le tracé rouge marque la position de l'anse de Saint-Jérôme avant son comblement. Cerclé de jaune, le lavoir de Saint-Jérôme. Source: geoportail.gouv.fr

On connaît quelques images de ce lavoir avant les travaux qui ont donné au port de Poulgoazec l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui.

Comme on le voit sur cette carte postale, à cette époque, le lavoir comporte trois bassins. On remarquera que pour l'éditeur de cette carte postale, le lavoir de Loquéran se trouve à ... Audierne !

Cette autre carte postale est une variante de la précédente, la photo étant prise à peu de temps d'intervalle. On retrouve les mêmes personnes ayant à peine bougé.

Sur cette photo aérienne de 1929, l'anse de Saint-Jérôme avant son comblement. Cerclée de jaune, la localisation du lavoir. (Source: remonterletemps.ign.fr)

Une vue sur l'anse de Saint-Jérôme. Le lavoir, invisible sur cette carte postale, se trouve au fond de l'anse, tout à fait à gauche, hors du cadre de la photo.

En fait, à l'origine, à l'emplacement de ce lavoir, il n'y a que deux mares, sommairement aménagées, ce que localement on appelle des douets. Bien qu'il existe d'autres lavoirs dans les environs (le Scluz (?), plage de Saint-Julien, Prad ar maner),  les douets de Saint-Jérôme ont la faveur de nombreuses femmes de Poulgoazec en raison de la qualité et de l'abondance de leur eau. 

Sur cette carte postale, un des deux douets, appelé le petit lavoir de Loquéran. Ce n'est qu'une mare, grossièrement creusée dans l'estran. Son pourtour n'est pas maçonné, et les femmes, à genoux dans une caisse à laver, brossent et manipulent le linge sur de grosses roches plates.

Détail de la carte postale précédente. On voit nettement les pierres plates sur lesquelles travaillent les lavandières en coiffe penn sardin. Au premier plan, une caisse garnie de chiffon pour s'agenouiller confortablement.

Ce lavoir initialement aménagé à même la grève n'est pas un cas unique dans la région. On connaît celui de Pors ar Feunteun à Lesconil en Plobannalec (1) et celui qui se trouvait au pied de la falaise des Plomarc'h en Douarnenez.

C'est en 1905 que la municipalité de Plouhinec décide d'aménager un des deux douets de Saint-Jérôme en récupérant les matériaux d'un lavoir précédemment construit au Scluz, mais qui se trouve régulièrement à sec (l'essentiel des informations relatives à l'histoire du lavoir de Poulgoazec est tiré du 1er volume de "Plouhinec autrefois" de Jean-Jacques Doaré).

Cette carte postale nous montre, à gauche, le lavoir aménagé, et à droite, le douet demeuré en l'état, mais toujours utilisé. On voit que l'anse de Saint-Jérôme sert d'échouage aux barques des pêcheurs de Poulgoazec.

En décembre 1918, la municipalité décide de la réfection du lavoir qui s'est délabré et de travaux sur le douet annexe.

Sur cette autre carte postale, on retrouve à gauche le lavoir réaménagé par la municipalité. Ses abords semblent avoir été aplanis par rapport à la carte postale précédente où ils paraissaient quelque peu chaotiques. On ne distingue ici qu'un seul grand bassin. Sur la droite, l'extrémité du douet annexe qui semble avoir été, lui aussi, aménagé. Il paraît maintenant être bordé de pierres plates. A côté du lavoir principal, deux femmes portent un baquet. Du linge a été mis à égoutter sur des fils au pied des arbres.

Sur cette photo aérienne du 16 avril 1948, encadrés de jaune, les deux lavoirs de Saint-Jérôme (on distingue la trace sombre de l'écoulement de chaque lavoir). Cerclées de jaune, ces taches blanches sont probablement du linge, des draps, mis à sécher sur l'herbe à proximité des lavoirs. (Source: remonterletemps.ign.fr)

Sur cette carte postale, on ne voit que trois femmes qui lavent leur linge à l'extrémité du lavoir.

Photo aérienne du 24 mai 1952. Encore du linge mis à sécher sur l'herbe à côté des lavoirs. On retrouve de telles taches claires sur d'autres photos aériennes ultérieures. (Source: remonterletemps.ign.fr)

Sur les deux versions de cette carte postale intitulée "La jolie petite crique Saint-Jérôme", on ne voit pas les lavoirs, mais sur la gauche, on voit du linge suspendu à un fil, et sur la droite des draps étalés sur l'herbe.

Sur cette photo aérienne particulièrement nette (7 mai 1965), du linge est encore étalé sur l'herbe. L'anse de Saint-Jérôme est devenue un cimetière à bateaux. (Source: remonterletemps.ign.fr).

Une fois encore localisé à Audierne, on devine le lavoir de Loquéran en bas à droite de cette carte postale. Du linge a été étalé en bordure du pré voisin.

1965: à cette date, la fin de l'anse de Saint-Jérôme est actée. En effet, dès 1963, il est décidé de la combler pour en faire une place publique à l'usage des pêcheurs pour y déposer filets, casiers et autres engins. En 1964, l'anse est fermée par une digue d'enrochement, et courant 1965, une drague-suceuse la comble en prélevant le sable dans le Goyen ("Plouhinec autrefois" Tome II).

Photo aérienne du 12 août 1966. L'anse Saint-Jérôme est comblée, mais le lavoir est toujours là. (Source: remonterletemps.ign.fr). Selon le témoignage de personnes qui, enfants, y ont accompagné leur grand-mère, il servira jusqu'en 1970. 

En 1969-1970, sur ce qui devait demeurer une "place publique réservée à l'usage des pêcheurs" est construite l'usine "Pêcheurs de France" ainsi que les bureaux de "l'Armement coopératif artisanal du Finistère".

Photo aérienne du 26 juillet 2012 (Source: remonterletemps.ign.fr). On ne sait pas précisément quand l'ancien douet annexe a été comblé. .

Aujourd'hui, l'usine, fermée, sert à entreposer du matériel et les anciens bureaux de l'ACAF abritent l'administration du Centre nautique de Plouhinec. Mais le lavoir est toujours là, et c'est aujourd'hui le paradis des grenouilles. 

 

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