La batterie de Pors Poulhan

Publié le par DL

Le corps de garde de la pointe du Souc'h à Plouhinec (Finistère) est bien connu.

Mais non loin de là, une installation plus importante, la batterie de Pors Poulhan en Plozévet, servait également à la surveillance et à la défense de cette partie de la côte. Pourtant, il n'en reste aucune trace sur place. 

A Plouhinec il s'agissait d'un simple corps de garde d'observation, c'est-à-dire servant à surveiller les mouvements d'éventuels navires étrangers et à les signaler aux autorités. D'ailleurs, sur une carte des côtes de Bretagne (1750-1800), il est seulement qualifié de guérite, c'est-à-dire servant à abriter les hommes chargés de la surveillance. En revanche, le site de Plozévet devait être pourvu de pièces d'artillerie, au moins de manière intermittente, permettant d'engager le combat en cas de tentative de débarquement ennemi. Il comprenait aussi un corps de garde, mais également une guérite d'observation et un magasin à poudre.

Le guet de la mer, qui existe dès le Moyen Age, impose aux habitants des paroisses littorales une surveillance des bateaux de passage. Les conflits avec l'Angleterre et la Hollande et les attaques sur Saint Malo (1693 et 1695) et Camaret (1694) vont amener le royaume à organiser la défense des côtes. En 1716, des capitaineries sont créées dans les diocèses ayant une façade maritime, et regroupent des paroisses littorales ou proches de la côte (1).  

En 1726, un Règlement pour la division et l'estendue des Capitaineries Garde-Costes de Bretagne crée 29 capitaineries en Bretagne et désigne les paroisses relevant de chacune d'entre elles (2). Plozévet fait alors partie de la 14° capitainerie d'Audierne.

Règlement pour la division et l'estendue des Capitaineries Garde-Costes de Bretagne. Source: gallica.bnf.fr

En 1732, un nouveau Règlement porte à 31 le nombre des capitaineries de Bretagne (3). Plozévet fait alors partie de la 15° capitainerie d'Audierne. 

Règlement en interprétation de celui du 12 mars 1726 concernant la division et l'estendue des Capitaineries Garde-Coste de Bretagne. Source: gallica.bnf.fr

En 1734, une carte de la capitainerie d'Audierne est publiée (4). On y voit qu'un corps de garde est établi à "Plouzevet". Il s'agit sans doute de celui de Poulhan.

Capitainerie d'Audierne la 15° de la Province de Bretagne 1734. Source: gallica.bnf.fr

Capitainerie d'Audierne la 15° de la Province de Bretagne 1734. Détail. Un dessin symbolisant un corps de garde se trouve devant "Plouzevet". Source: gallica.bnf.fr

Les archives départementales d'Ille et Vilaine conservent des dessins réalisés en 1744 par Dominique-Alexis du Breuil du Marchais, ingénieur ordinaire du roi, et qui  représentent des corps de garde et signaux à construire ou à remettre en état. Parmi ces dessins, se trouve celui du "Profil en travers du corps de garde de Poulhan paroisse de Plouzevet ou la voute et la cheminée sont à refaire à neuf".

Profil en travers du corps de garde de Poulhan etc. fait à Brest ce 8 juin 1744. Source: Archives départementales d'Ille et Vilaine.

D'après ce dessin, le corps de garde avait une largeur intérieure d'environ une toise et demie, c'est-à-dire 3 mètres. On ne sait malheureusement pas quelle était sa longueur. Si de tels travaux de réparation sont à entreprendre en 1744, c'est que ce corps de garde est déjà relativement ancien.

Sur une carte des côtes de Bretagne publiée entre 1750 et 1800, le corps de garde est représenté (5).

Carte des côtes de Bretagne (1750 - 1800). Extrait. Source: gallica.bnf.fr

Cette source nous apprend qu'à cette date, il ne s'agit que d'un corps de garde et non pas d'une batterie. En effet, il est noté C.G. de Poulhan (Corps de Garde de Poulhan), alors que sur les pointes d'Audierne et de Créménec (notée Tremenec sur cette carte), qui défendent l'entrée du port d'Audierne, se trouvent bien des batteries notées Batt.

Carte des côtes de Bretagne (1750 - 1800). Détail. Source: gallica.bnf.fr

Les corps de garde et batteries des pointes d'Audierne et de Tremenec sur la Carte des côtes de Bretagne (1750 - 1800). Détail. Source: gallica.bnf.fr

Toutefois, selon une archive ultérieure, ce corps de garde était bien doté d'un magasin à poudre. Ce magasin avait sans doute été prévu lors de la construction du corps de garde, mais compte tenu du peu d'intérêt stratégique du site, peut-être n'a-t-il pas été équipé de canons. D'une manière générale, les batteries elles-mêmes n'étaient pas armées en permanence de pièces d'artillerie, mais seulement quand les conflits avec l'Angleterre s'intensifiaient. Quand le calme revenait, les canons étaient enlevés et entreposés dans des arsenaux comme ceux de Brest et Lorient.

Quoi qu'il en soit, une ordonnance royale de 1759 précise, pour chaque paroisse de la province de Bretagne, à la fois le nombre d'hommes qu'elle devra fournir pour le service de la garde des côtes et le montant de sa contribution aux dépenses annuelles de la milice (6). Plouzevet devra fournir 38 hommes et verser 249 livres 7 sols et 6 deniers.

Ordonnance du Roi portant imposition pour la dépense annuelle de la Garde-côtes de Bretagne du 27 août 1759. Source: gallica.bnf.fr

Les corps de garde sont construits et entretenus par les habitants des paroisses du littoral. Tous les hommes de 18 à 60 ans sont appelés à servir dans la milice garde-côtes, à l'exception des matelots susceptibles d'être enrôlés dans la marine royale. Les miliciens sont astreints à des exercices mensuels. Selon leurs aptitudes militaires et leur formation, ils sont affectés soit dans des compagnies du guet dans leur propre paroisse, soit dans des compagnies détachées dans des batteries ou des corps de garde d'autres paroisses, soit encore dans des compagnies de canonniers. 

Selon une "Carte topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier", publiée entre 1771 et 1785, le site de Poulhan n'est plus désigné que comme "Corps de garde de Poulhant" (7). Ce n'est donc probablement pas (ou plus) une batterie équipée de canons.

Carte topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier" (1771-1785). Source: gallica.bnf.fr

Selon un Etat des Compagnies détachées et des batteries de 1777-1778, la Compagnie détachée de Plouzevet est affectée aux batteries de Loctudy et du Guilvinec (8).

La feuille [Quimperlé - Ile de Groix - Quimper] de la Carte dite de Cassini, levée en 1783, ne mentionne pas explicitement le corps de garde de Poulhan. Mais un symbole au Sud de l'anse de Pors Poulhan, similaire à celui de la pointe du Souc'h à Plouhinec, pourrait bien le représenter (9).  

Cerclé de rouge, ce symbole représente peut-être le corps de garde de Poulhan. Encadré de rouge, le même symbole représente celui de la pointe du Souc'h en Plouhinec. Feuille [Quimperlé- Ile de Groix - Quimper] de la Carte dite de Cassini. 1783. Source: gallica.bnf.fr

Sur la Carte particulière des côtes de France (Baie d'Audierne), levée en 1818 par les Ingénieurs hydrographes de la Marine, ni le corps de garde de Poulhan en Plozévet; ni celui de la pointe du Souc'h en Plouhinec ne sont représentés (10). A la place de ce dernier, un sémaphore est mentionné.

Pilote français. Carte particulière des côtes de France (Baie d'Audierne). 1818. Source: gallica.bnf.fr

Sur la carte dite de l'Etat major (1820-1866), seul le corps de garde de la pointe du Souc'h est mentionné (11).

Carte de l'Etat major (1820-1866). Source: geoportail.gouv.fr

Le temps passe, les conflits s'apaisent, la nécessité de surveiller et de défendre la côte disparaît, les corps de garde et les batteries sont désarmés, désaffectés et tombent peu à peu dans l'oubli pour les cartographes. 

Les archives municipales de Plozévet nous apprennent que Charles Le Guellec,  qui fut maire de la commune de 1800 à 1821, avait également «été pendant cinq ans sergent de la compagnie des garde cod dans le temps du Roy. Et en outtre avoir été Capitaine de la compaignie des guett 28 ans» (12)

Cependant, on retrouve trace de la "batterie" de Poulhan sur le cadastre de 1828 de Plozévet (13).

Cadastre de Plozévet. Section E1 de Keringard. 1828. Extrait. Source: archives.finistere.fr

Cadastre de Plozévet. Section E1 de Keringard. 1828. Détail. Source: archives.finistere.fr

On voit, sur cet extrait du cadastre, que dans la parcelle 299, la "batterie" de Poulhan comporte deux constructions. La plus grande est certainement le corps de garde proprement dit, à usage de logement pour les garde-côtes, la plus petite pourrait être la poudrière. L'Etat des sections des propriétés bâties et non bâties indique que la parcelle 299 est "au Gouvernement" et qu'il s'agit d'un "corps de garde et fortifications"

Etat des sections des propriétés bâties et non bâties. Cadastre de Plozévet. 1828. Source: archives.finistere.fr

La "batterie" de Poulhan n'a plus d'utilité militaire et, avant 1860, le Département de la Guerre la remet au Domaine de l'Etat qui cherche à la vendre (14). Un échange de correspondances entre le receveur de l'Enregistrement et le maire de Plozévet nous fournit quelques précisions la concernant. Localement, elle est appelée "la batterie du Loch" et elle se compose de 3 parties:

- une maison principale qui a servi de logement (sous-entendu à la troupe), son toit en pierres est en mauvais état et laisse passer la pluie; elle est occupée par 2 veuves ayant respectivement 1 et 3 enfants.

- une autre, au nord, qui a dû être une poudrière, et qui n'a plus de porte;

- à l'ouest, contigüe à la maison principale, une guérite en ruine.

Le terrain autour sert à étaler et à brûler du goémon.

Pour les autorités militaires, la "batterie" de Poulhan est tellement tombée dans l'oubli que lorsqu'il est décidé de déclasser des batteries côtières, en 1889, celle-ci n'est même pas mentionnée entre celle de Cremenec'h en Plouhinec et celle de l'Île Tudy (15)!

Journal officiel de la République française. Lois et décrets. 30 mai 1889. Source: gallica.bnf.fr
En plus du dessin réalisé en 1744 par Dominique-Alexis du Breuil du Marchais, on connaît une image moderne où la "batterie" de Poulhan apparaît. Il s'agit d'une carte postale du début du 20° siècle. On y voit le corps de garde.

On ne sait pas précisément quand le corps de garde a été démoli. Aujourd'hui, on n'en trouve plus aucune trace.

La batterie de Poulhan se trouvait sur cette parcelle.

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