Un ancien fond de l'étang de Kergalan sur la plage de Plovan ?

Publié le par DL

Sur la plage de Plovan (Finistère), tout près de l'exutoire de l'étang de Kergalan, par son aspect, un banc de nature indéterminée se distingue du sable qui l'entoure et qui le recouvre en partie. Juillet 2020.

Sous la flèche rouge, une partie de ce banc à l'aspect particulier.

Ce banc à l'aspect particulier apparaît de manière discontinue au pied du cordon de graviers et de galets responsable de la formation de l'étang de Kergalan. 

Une autre partie de ce banc.

En rouge, la localisation approximative du site. Carte topographique IGN. Source: geoportail.gouv.fr

D'autres parties de cette formation affleurent de place en place au milieu du sable de la plage.

La couleur de cette formation est plus sombre que le sable de la plage, en particulier quand elle est mouillée.

Par ailleurs, cette formation comporte des traces qui évoquent des débris végétaux. 

Détail de la photo précédente. 

La présence de débris végétaux inclus dans cette matière est encore plus nette lorsqu'elle est humide.

Détail de la photo précédente. 

Sa consistance est également différente de celle du sable de la plage: elle est plus "grasse", légèrement pâteuse.

C'est, semble-t-il, un mélange de sable et de vase, celle-ci faisant office de "ciment" et assurant à cette formation une relative cohésion.

Il s'agit vraisemblablement d'un ancien fond de l'étang de Kergalan.

Dans la baie d'Audierne, le dépôt par la mer d'un cordon de galets, l'Ero Vili, a fait obstacle à l'écoulement des ruisseaux. En arrière de ce cordon de galets, il s'est formé des marais et des étangs qui s'échelonnent le long de la côte entre Prat Meur en Plozévet et Kermabec en Tréguennec. Plus au Sud, le cordon des dunes de sable qui s'étend jusqu'à la pointe de la Torche en Plomeur et même jusqu'à Toul Gwin en Penmarc'h n'a pas favorisé la formation de tels étangs, mais de simples zones humides. L'étang de Saint-Vio et le marais de Loch ar Stang constituent un cas particulier qu'il n'est pas utile de développer ici.

Derrière le cordon de galets, l'étang de Nérizellec en Plovan.

Les plus étendus de ces étangs sont celui de Kergalan entre Plovan et Tréogat et celui de Trunvel entre Tréogat et Tréguennec.

L'étang de Kergalan est alimenté par le ruisseau du même nom qui prend sa source à Pouldreuzic et par deux affluents principaux prenant leur source respectivement près du village de Ruot Nevez et près de celui de Park Gallo (1). 

Le réseau hydrographique de Kergalan. Photo aérienne IGN. Source: geoportail.gouv.fr

L'étang de Kergalan abrite, comme celui de Trunvel, une grande diversité d'espèces végétales, en particulier d'espèces enracinées: naïade marine (Najas marina), myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum), potamot pectiné (Stuckenia pectinata), nénuphar blanc (Nymphaea alba), etc., et surtout roseau commun (Phragmites australis) (2).

Roselières bordant l'étang de Kergalan.

Par sa nature même, le cordon de galets qui fait barrage à l'écoulement des ruisseaux et des eaux de ruissellement est meuble et peut être mis en mouvement par la mer, en particulier lors des tempêtes.

Des études menées à partir des années 1940 ont démontré le recul considérable du cordon de galets de la baie d'Audierne (Ero Vili) sous l'effet des conditions météorologiques et des activités humaines (3)(4). Ce recul est variable à la fois selon les périodes et selon les secteurs considérés. 

Le retrait de la ligne de rivage depuis 1781 en baie d’Audierne : positions successives et quantification des vitesses de recul par période. Source: Alain Hénaff, Catherine Meur-Férec et Yannick Lageat / Changement climatique et dynamique géomorphologique des côtes bretonnes. Leçons pour une gestion responsable de l’imbrication des échelles spatio-temporelles. Tous droits réservés.

Pour la seule période 1952-2009, le cordon de galets devant les étangs a reculé jusqu'à 160 mètres au niveau de l'étang de Trunvel, et 120 mètres au niveau de l'étang de Kergalan.

Erosion du trait de côte du cordon de l’Ero Vili en baie d’Audierne entre 1952 et 2009. Source: Emmanuel Blaise / Etude des dynamiques du trait de côte de la région Bretagne à différentes échelles spatio-temporelles. Tous droits réservés

Un recul de 120 mètres en 59 ans au niveau de l'étang de Kergalan ! C'est une moyenne annuelle de 2 mètres. Depuis 2009, le recul aurait ralenti sauf lors des tempêtes de l'hiver 2013-2014 (5). Concrètement, cela signifie qu'en 1952 le cordon de galets qui ferme l'étang de Kergalan se trouvait 120 mètres à l'Ouest de sa position de 2009 (et encore au-delà si on remonte plus loin dans le temps). Cela signifie aussi que l'étang lui-même, et en particulier son fond, s'étendaient alors sur une surface aujourd'hui occupée par la plage.

L'ancien fond de l'étang, recouvert par le sable de la plage au fur et à mesure que le recul du cordon de galets le dégageait, s'est trouvé en quelque sorte fossilisé sous la plage. Mis au jour lors de démaigrissements de celle-ci, et attaqué par la houle, il se disloque et on en découvre des morceaux échoués sur le cordon de galets.

 

Publié dans Géologie

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