De la tourbe à Treffiagat

Publié le par DL

Entre la plage de Léhan et celle de Squividan en Treffiagat (Finistère), de larges plaques sombres apparaissent où une couche de sable a été emportée par la mer. Mars 2019.

C'est de la tourbe, matière organique fossile formée par accumulation de végétaux morts dans un milieu saturé en eau. Quelques "galettes" semblent s'en être détachées sans doute sous l'effet des vagues.

La tourbe se formant dans l'eau douce, on peut se demander pourquoi on trouve celle-ci dans une zone couverte par la mer à chaque marée.

Sur cette photographie aérienne de l'IGN (Institut Géographique National), la zone où la tourbe est apparue en mars 2019 est marquée d'un trait rouge. Sur la gauche, la marque rouge signale la position du menhir de Léhan en bordure de l'étang. Source: geoportal.gouv.fr

En fait, cette tourbe s'est bien formée à cet endroit quand la mer ne l'atteignait pas. A cette époque, la dune qui surplombe la plage se trouvait plus au large, c'est-à-dire au Sud de sa position actuelle. 

L'accumulation de galets et de sable crée des cordons dunaires qui bloquent l'écoulement des ruisseaux et provoquent la formation de marais et d'étangs dont l'eau finit par s'évacuer par filtration sous la dune. C'est dans de tels marais et étangs que se forme la tourbe.

Dans le Finistère, d'autres tourbières sont occasionnellement visibles sur l'estran: dans l'anse de Kervijen, en Plomodiern (1) ou dans la Baie des Trépassés en Plogoff (2).

La côte du pays bigouden compte de nombreux étangs d'arrière dune, dont les plus étendus sont ceux de Kergalan et de Trunvel. A Treffiagat, il subsiste l'étang de Léhan dont l'existence est due au barrage que la dune oppose à l'écoulement des eaux de ruissellement. La lente formation de tourbe se poursuit donc.

L'étang de Léhan avec son menhir et sa roselière.

Actuellement, ce sont sans doute essentiellement les feuilles mortes de la roselière  s'accumulant au fond de l'étang de Léhan qui forment de la tourbe. 

Il y a quelques millénaires, cet étang se trouvait certainement plus au Sud sans être nécessairement plus étendu qu'aujourd'hui. Le vent, les tempêtes et l'élévation du niveau des océans ont progressivement repoussé les cordons dunaires vers l'intérieur des terres et mis à portée des marées des zones jusqu'alors dans les terres.

Toutefois, les bancs de tourbe apparus en mars 2019 ne se trouvent pas à proximité directe de l'étang de Léhan, mais plus à l'Est. L'explication qui précède s'applique aussi à eux: il y a quelques millénaires, un étang ou un marais se trouvait à cet endroit, à l'arrière d'un cordon dunaire qui se trouvait lui-même plus au Sud. 

D'ailleurs, le secteur qui se trouve aujourd'hui derrière la dune au niveau de ces bancs de tourbe est aujourd'hui considéré comme une zone humide.

Le secteur grisâtre cerclé de rouge est une zone humide où s'accumulent les eaux de ruissellement. En bleu, le réseau hydrographique. Source: geoportail.gouv.fr

Sur des cartes anciennes, ce secteur est figuré comme un étang.

Carte dite de Cassini (1783). Cette carte figure 2 étangs derrière le cordon dunaire. La marque rouge indique la position du menhir. Source: gallica.bnf.fr

Carte dite d'Etat major (1820-1866). Deux étangs de part et d'autre du village de Léhan. Source: geoportail.gouv.fr

Carte extraite du "Pilote français" (1822). Source: geoportail.gouv.fr

Comme pour l'étang de Léhan, celui qui n'est plus maintenant qu'une zone humide se situait plus au Sud voici quelques milliers d'années. 

La roselière qui bordait ses rives a déposé au fond de l'eau ses feuilles mortes qui se sont transformées en tourbe noire. 

Avec le temps, les événements météorologiques et la montée du niveau océanique, le cordon dunaire a été repoussé progressivement vers le Nord, recouvrant tout d'abord la tourbe puis la laissant apparaître. 

Cette tourbe est découverte approximativement au milieu de l'estran (le 27 mars 2019, moins d'une heure après une marée basse de coefficient 55). Il en a aussi été observé par un plongeur à 2,40 mètres au dessous des basses mers de coefficient 118, dans un endroit indéterminé de la côte de Treffiagat (3). C'est dire que cette tourbière devait être très étendue.

Liens:

Les zone humides de Treffiagat

Tourbières et marais, des zones humides remarquables

Treffiagat, une richesse archéologique préhistorique

https://www.ouest-france.fr/bretagne/treffiagat-29730/en-images-fausse-alerte-pollution-sur-le-littoral-bigouden-6314817

Publié dans Géologie

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