Deux ports à Kersiny ?

Publié le par DL

Y aurait-il eu deux ports, jadis, à Kersiny en Plouhinec (Finistère) ? 

La question peut sembler incongrue à ceux qui habitent ou qui connaissent Plouhinec. Pourtant, elle mérite d'être posée.

Aujourd'hui, on connaît ce qui est appelé "le port de Kersiny". Il s'agit, devant le lieu-dit Korn Ero, d'un aménagement consistant en un enrochement qui fait brise-lames et délimite un espace abrité où, à la belle saison, sont amarrées quelques barques de pêcheurs amateurs.

Le "port de Kersiny", de nos jours, devant Korn Ero.

Mais un premier indice laisse penser qu'il a certainement existé un autre "port de Kersiny". En effet, le 2 décembre 2019, des ouvriers viennent d'enlever un vieux treuil de la dune qui borde la plage de Kersiny (d'ailleurs, on devrait plutôt parler de la plage de Trez Perros). Ce treuil, encore fixé à son massif de maçonnerie, se trouvait sur le côté gauche du chemin d'accès à la plage depuis le parking qui jouxte les courts de tennis.

Quelques jours auparavant, un coup de houle avait attaqué le pied de la dune et commencé à dégager ce treuil qui s'y trouvait enfoui jusqu'alors, et qui, dorénavant, présentait un danger pour les promeneurs. 

Dans notre secteur, qui dit "treuil sur le littoral", dit" barques à haler au sec pour les mettre à l'abri". On connaît notamment d'anciens treuils qui ont été conservés comme celui de Pors Poulhan en Plouhinec ou celui de Pors Tarz en Primelin qui servaient aux pêcheurs professionnels à remonter leurs bateaux sur des terre-pleins. A Kersiny, on ne connaît pas de terre-plein à cet endroit, le sable du haut de la plage devait paraître suffisant aux usagers.

Faute de témoignage direct sur l'existence d'un port à cet endroit de la plage de Kersiny (ou de Trez Perros), il reste à explorer les archives. En premier lieu, ce sont celles de l'Institut Géographique National (IGN) qui nous apportent un début de confirmation. Sur une photographie aérienne du 26 septembre 1929, on distingue ce qui devait être des barques de pêcheurs, à la fois près de Korn Ero, et devant ce qui est encore aujourd'hui le chemin d'accès à la plage de Kersiny.

Sur cette photo aérienne du 26 septembre 1929, on distingue, cerclés de rouge, deux groupes de barques. Source: remonterletemps.ign.fr

Détail de la photo, précédente.

Des pêcheurs auraient donc choisi la plage de Kersiny comme site d'échouage et comme abri (d'après cette photo de 1929, 4 barques à Korn Ero et 3 plus à l'Est).

La presse ancienne nous apprend par ailleurs que la petite anse qui se trouve devant la plage de Kersiny sert de mouillage et d'abri à des marins.

Article de l'Union agricole et maritime du 1er février 189. Source: archives départementales du Finistère.

Dans cet article de l'Union agricole et maritime du 1er février 1891 relatant un naufrage, il ne fait pas de doute que "la petite baie située à l'est de la pointe de Crémenec ... à un mille dans l'E.S.E. de l'entrée du port" est celle qui se trouve devant la plage de Kersiny. L'article nous précise que cette baie est un "mouillage assez fréquenté par les marins qui, par les vents d'est, de sud-est et même de nord-est, sont retenus en baie". Si rien n'assure qu'il existait déjà un treuil à cette époque, on voit que des marins venaient s'y mettre à l'abri dans certaines conditions météo.

Ces marins étaient-ils des pêcheurs locaux ? Il a été possible de retrouver un seul nom, mentionné à propos d'un incident survenu à Audierne 30 ans avant la photo aérienne ci-dessus: Clet Poulhazan, "pêcheur à Kersiny", qui comptait Jean Jaffry dans son équipage.  

Article paru dans le Courrier du Finistère du 2 décembre 1899.

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